CARACTÈRES INTELLECTUELS ET MORAUX
Il est une sorte de caractères moins faciles à préciser que ceux dont il a été question jusqu’ici, et qui n’en sont pas moins réels. Je veux parler des instincts, des aptitudes, des qualités et des défauts qui donnent à chaque civilisation, à chaque société humaine, sa physionomie, sa signilication historique. En cas de croisement, il en est de ces caractères comme des autres. Chaque race apporte sa part au fonds commun, et la race métisse ne saurait récuser quoi que ce soit dans cet héritage. Il est donc important de rechercher ce qu’étaient à ce point de vue les éléments aujourd’hui plus ou moins fusionnés en Prusse.
Le Finnois de la Baltique, tel que le peint
riiistoire et qu’il se montre de nos jours encore là où il s’est conservé, est assez laborieux, médiocrement industrieux, patient, obstiné même, hospitalier, quoique se livrant difficilement aux étrangers. Doué d’instincts poétiques, surtout d’instincts musicaux, il était, il est encore trèsattaché à ses traditions, à ses croyances religieuses ou superstitieuses. Amoureux de l’indépendance, il a résisté courageusement à la conquête, s’est révolté souvent, et, bien que réduit presque partout au plus dur servage, a conservé généralement une certaine fierté personnelle. Malheureusement ce qu’il y a de bon dans ce tableau est gâté par un trait qui semble être vraiment national. 'Le Finnois ne pardonne jamais une offense vraie ou supposée, se venge à la première occasion, et n’est pas difficile sur le choix des moyens. On explique ainsi la fréquence des assassinats en Finlande, chez les paysans appartenant à cette race (1).
Rien n’indique que l’esprit de conquête ait jamais animé les populations finnoises dont nous parlons. Cet esprit se montre, au contraire.
(1) Voyez Prichard et Malte-Rriin, ainsi que l’article de M. Getfroy : /fl Finlande et le Kalevala {Revue des deux mondes, 15 janvier 1871). La plupart de ces traits de caractère répondent parfaitement au peu que nous savons des Prnczi on Prussiens priinilifs.
LA UACE PRUSSIENNE.
chez le Slave, comme chez tous les Aryens qui ont abordé l’Europe. Comme ses frères, il y est arrivé en barbare ; il en avait les qualités et les défauts, fort bien résumés parM.A. Thierry (1). Toutefois il se distinguait par sa manière de combattre. Sa guerre était celle des embuscades. Il excellait à se tapir derrière une pierre, à ramper parmi les herbes, à se cacher des journées entières, attendant l’ennemi pour le frapper à l’improviste d’un javelot empoisonné.
Je ne veux parler ici ni des races germaniques, ni des races françaises. Dans les circonstances actuelles, je serais trop facilement accusé d’injustice ou de partialité. Je me borne à signaler la différence des rôles joués par chacune d’elles dans la contrée qui nous occupe. Les Germains arrivèrent en Prusse en conquérants sans pitié, et imposèrent aux populations une domination qui suscita de nombreuses et terribles révoltes. C’est parle fer et le sang qu’ils assirent leur domination. Les Français apportèrent avec eux une civilisation incontestablement supérieure, les arts, l’industrie, une foule d’éléments de progrès pacifiques. La différence des temps et des circonstances est évidemment pour la plus grande part dans ce
(1) Voyez les Fils et successeurs iV Attila {Revue des deux mondes, novembre 1854).
contraste. Je suis le premier à reconnaître que des croisés français ne se seraient guère conduits autrement que les chevaliers Teutoniques. Toutefois, quelles qu’en aient été les causes, le fait est indiscutable, et il n’est pas sans intérêt de le constater.