DU DIMANCHE 8 AU LUNDI
« 1® Le premier obus tombé sur le Muséum a éclaté pen- » daiit la nuit dans la sarrc des Orchidées, où il a fait beau- » coup de dégâts. Trois tuyaux du calorifère, un côté de la » biicbe, les dalles, les plantes et tous les carreaux ont été » bi •isés. La collection des Orchidées comprise dans cette serre » était d’une grande valeur pour la science.
j) 2® Dans la serre des boidures un obus est tombé presque )) en môme temps que le premier. Il est entré par le devant » de la serre et a éclaté au milieu. Plantes coupées, châssis et » tous les carreaux cassés. L’autre serre, qui est parallèle et à » peu de distance, n’a eu que quelques carreaux cassés.
» 3® Dans la même nuit, au bout de la serre des Fougères, » sur la dalle du petit perron, un obus a éclaté, cassé la pierre, » brisé le garde- fou de fer. L’un des éclats a rompu deux » montants de fer du grand pavillon de la serre chaude des » Palmiers, Presque tous les carreaux de la devanture ont été » brisés.
» A® Un obus est tombé entre les deux pavillons des serres, » près de la grille du pavillon tempéré, et s’y est enfoncé à » plus de 2 mètres. N’ayant pas éclaté, il a été noyé, retiré » entier, et remis chez M. le directeur, le mardi à onze heures. » 11 pesait 30 kilogrammes et était intact.
» 5® Un obus est tombé devant le pavillon tempéré, en bas « du talus, s’est enfoncé dans le sol et a éclaté en terre.
» 6“ Un obus est tombé dans la cour du cabinet {de zoologie), » dans l’angle, près du mur de terrasse des serres. 11 s’est en- » foncé dans le sol en brisant les pavés et a éclaté en terre à » l'“,50 de profondeur.
» 7® Un obus est tombé dans la même cour, presque en face » de l’horloge, sur le bord du ruisseau. Il s’est enfoncé profon- » dément et n’a pas éclaté. On doit le retirer après l’avoir » noyé.
APPENDICE
» 8“ Un obus est tombé dans le Labyrinthe^ au couchant, en » face de l’hôpital de la Pitié, au pied d’un jeune if, sur le pre- » mier rang du massif du limaçon. Il a éclaté dans le sol.
» 90 Un obus est tombé dans le massif du Labyrinthe, au » couchant, derrière le réservoir. Il a éclaté en terre et a été » retiré par morceaux. Il a coupé sur son passage plusieurs » branches de bourgène.
» 10° et 11° Deux obus sont tombés dans le terrain du labo- » ratoire de la physique végétale, rue de Buffon. Us ont éclaté » en terre et n’ont causé aucun dégât (1). »
Non content de consulter les notes dont je viens de donner un extrait, j’ai eu recours aux souvenirs de M. Pépin. Un premier plan a été en entier pointé sous ses yeux et d’après ses indications.
Mais on comprend que, malgré son zèle et son activité, M. Pépin ne pouvait recueillir â lui seul tous les documents nécessaires pour un relevé complet. J’ai donc cru devoir me livrer à une sorte d’enquête, et consulter mon collègue M. Decaisne, ainsi que plusieurs employés du Muséum. J’ai pu ainsi compléter mon premier travail et le corriger à certains égards.
Le relevé graphique placé sous les yeux du lecteur et les nombres donnés dans le texte indi(iuent le chiffre minimum des obus tombés dans le Muséum.
Lorsque les témoignages m’ont paru prêter tant soit peu au doute, je n’ai pas hésité à négliger des indications peut-être fondées, â effacer un point déjà maniué. Qix’importent quatre
(1) Les détails de cette première nuit sont à eux seuls des plus significatifs. On sait que pendant les trois premiers jours l’artillerie prussienne n’a tiré que de nuit. 11 fallait bien laisser le jour aux espions pour parcourir la ville et s’assurer que les projectiles tombaient sur les points voulus. L’ennemi ne pouvait abandonner au hasard une opération aussi décisive, à ses yeux, que celle du bombardement. Il a su que les obus tombaient sur nos serres, à côté de nos collections, à quelques mètres de la Pitié. — 11 a continué pendant dix-sept jours !
APPENDICE
ou cinq «bus de plus ou de moins ? Ce que j’ai tenu à montrer, c’est la destination donnée à ces projectiles par ceux qui les lançaient. A cet égard, le plan ne laissera, je pense, de doute à personne, surtout si l’on ajoute par la pensée les obus tombés dans les dépendances de la Pitié et que je ne pouvais marquer ici.
J’ai indiqué par une flèche la direction approximative de la grande majorité des obus. Il est évident qu’ils venaient des batteries de Bagneux. Vers la tin du bombardement, il nous en est arrivé un certain nombre d’un tout autre point, probablement du plateau de Gbâtillon.