‹ La race PrussienneChapitre 2 sur 16 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Je me suis toujours élevé contre les applications de l’anthropologie à la politique : ces applications reposent presque toujours sur des erreurs. Sans doute la différence de races est évidente quand il s’agit du Blanc et du Nègre. Sans doute aussi l’Anglais et l’Hindou, dont le sang âryen s’est plus ou moins mélangé de sang emprunté à des sources fort différentes, séparés d’ailleurs depuis des siècles, modifiés tous deux par des conditions d’existence presque opposées, isolés par le fond même de leurs civilisations, de leurs croyances, ne sauraient être confondus. Ils sont bien excu-

sables d’oublier leur parenté, quoiqu’elle soit aujourd’hui hors de doute. Lorsqu’ils se traitent réciproquement en étrangers, tous deux peuvent à la rigueur en appeler à l’anthropologie.

Il n’en est pas de môme entre peuples européens.

Ici les éléments ethniques appartiennent tous aux mêmes rameaux des mêmes branches du tronc Blanc (1). Agités et comme brassés par les événements, ils se sont juxtaposés, mêlés et fondus les uns dans les autres, si bien qu’il est resté bien peu de groupes à peu près purs. Toute répartition politique fondée sur l’ethnologie conduit immédiatement à l’ahsurde. Aussi, lorsqu’on a tenté d’invoquer des considérations de cette nature, a-t-on été inévitahlement entraîné à fausser les faits anthropologiques les plus évidents, à mentir aux notions historiques les plus certaines.

(1) Considérée dans son ensemble, l’immanité ne présente que trois types réellement distincts : le Blanc, le Jaune et le Noir. Ce sont les troncs fondamentaux sortis de la souche humaine. Le premier seul, on le sait, a peuplé UEnrope. Luimême se partage en trois types secondaires ou branches, savoir : la branche âryenne ou âryane, la branche sémitique et la branche allophyle. Les Sémites ont à peine pris pied en Europe, et l’on regardait naguère toutes nos populations comme ayant une origine exclusivement âryenne. Il faut aujourd’hui reconnaître de pins en plus que les Allophylcs leur ont fourni à peu près partout nn élément d’une importance incontestable, .le reviendrai plus loin sur cette question.

L’application de l’anthropologie à la politique n’est pas seulement une source d’erreurs; elle est surtout grosse de périls à peu près inévitables. Bien loin de préparer la paix universelle qu’on nous promet en son nom, elle ne peut qu’engendrer l’esprit de haine, qu’éterniser la guerre.

Yiniva peuples , entre nations^ entre Etats, les ambitions peuvent être refrénées par l’esprit de générosité ou tout au moins de justice qu’engendre une estime réciproque ; la lutte, pacifique ou ar- • mée, peut rester courtoise, permettre une réconciliation sincère et préparer une paix durable.

Il ne saurait en être de même entre ?'aces. On attache généralement à ce mot l’idée de quelque chose de primordial et de fatal, pour ainsi dire. Que deux races, d’ailleurs égales, mais quelque peu dissemblables, en viennent aux mains, chacune d’elles se regardera comme ayant un droit de naissance à la supériorité. Triomphante, elle écrasera sans pitié des populations qu’elle méprise; vaincue, elle gardera au fond du cœur d’indélébiles ressentiments, toujours prêts à faire explosion. L’histoire entière, celle de nos jours, celle de l’Europe elle-même, ne montrent que trop ce que sont les guei'res de races.

Voilà ce que je disais, ce que j’ai bien souvent répété ; et, lorsque je tenais ce langage, j’étais loin de penser que les événements allaient lui apporter

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bientôt une terrible confirmation. Grâce à l’idée de V antagonisme des races ^ mise en jeu et exploitée avec une machiavélique habileté, l’Allemagne entière s’est levée. Au nom du pangermanisme^ elle a déclaré vouloir régner sur les races latines; et, xoyant dans la France l’expression la plus élevée de ces races, elle s’est ruée sur notre patrie avec l’intention hautement proclamée de la réduire à une impuissance irrémédiable. Servie par un concours inouï de circonstances, tout autant que par des forces lentement et habilement amassées, elle a vaincu. On sait comment elle a fait la guerre et usé de la victoire.

Certes, lorsque, sous peine de mort, ils forçaient les paysans français à creuser la tranchée sous le feu de nos places assiégées; lorsque, réglementairement^ ils incendiaient nos villages pour quelques coups de fusil que n’avaient pas tirés les habitants; lorsqu’ils prenaient pour but de leurs obus nos édifices publics, nos églises, nos bibliothèques (1), nos établissements scienti-

(1) Pour justilîcr ce (jui procède, il suffit de rappeler ce qui s’est passe à Strasbourg. Quicouque connaît cette ville sait ([ue les bâtiments consacres à 1a bibliotbcquc, à l’église protestante duTeinple-Ncuf et au Séminaire protestant, formaient un grand îlot isolé, auquel se rattacbaient seulement un fort petit nombre de maisons particulières. Ces dispositions, qui figurent snr tons les plans, étaient connues certainement des Allemands, des Badois surtout. Ils ont bien su où avait éclaté l’in-

figues (l) ; lorsqu’ils faisaient revivre la loi barbare des otages; lorsque, non contents du butin

ccndie, el c’est bien volontairement qu’ils ont fait pleuvoir les obus avec un redoublement d’activité sur ces trésors scientiliques, sur cette église et ce collège consacrés à leurs propres croyances.

Au reste, les Allemands obéissaient aux ordres des Prussiens; eg s’en prendre aux monuments d’une ville assiégée pour frapper les esprits et terrifier l'ennemi, est une tradition toute prussienne. Voici, à ce sujet, un document bon à rappeler. Je l’emprunte à un autour anglais dont le travail a été traduit dans la Revue Britannique, en ISiS [Prague et la Bohême, Rohl’s Austria) :

« Lorsqu’il assiégea Prague en 1757, Frédéric le Grand » semblait avoir résolu de détruire Saint-Vit de fond en com- » ble, car il dirigea sur ses tours tout le feu de son artillerie, » comme si une armée de cinquante mille bommes eût dû » capituler immédiatement pour sauver une cathédrale d’une » ruine complète. L’historien impartial de la Bohème, Pelzel, » a donné le chiffre exact des boulets et des bombes qui furent » lancés contre cet admirable chef-d’œuvre de rarcliitecture » gothique, par l’ordre impitoyable de Frédéric. Le 5 Juin, on » compta 537 bombes, 989 boulets et 17 carcasses; les G, 7, » 8 et 9, lihli bombes, 14 821 boulets et 111 carcasses. Pen- » dant ces quatre jours, le feu se déclara trente et une fois, » et trente fois le chanoine Jean Keiser parvint à l’éteindre. » 215 boulets avaient transpercé la voûte; et, quand le siège » levé, on enleva tous les décombres qui remplissaient une » partie de l’église, on y trouva 770 boulets. — Napoléon, à J) son entrée à Moscou, envoya un détachement de sa garde » à l’hôpital des Enfants trouvés. Pourquoi Frédéric le Grand, » le patron et l’ami des artistes, ordonna-t-il à ses artilleurs de » prendre pour point de mire un monument d’art qui en con- » tenait tant d’autres encore plus précieux? »

(1) Je mettrai ce dernier fait hors de doute un peu plus loin.

systématiquement recueilli et hiérarchiquement réparti, ils exigeaient une rançon telle que le chiffre a d’abord effrayé le monde financier; lorsque, foulant aux pieds tous leurs prétendus principes, ils nous enlevaient avec les pays de langue allemande une ville exclusivement française et notre unique défense en face de leurs frontières si formidablement armées, les Germains n’espéraient pas préparer un avenir de bienveillance internationale et de paix.

La victoire assure-t-elle du moins la suprématie à leur race? Pas davantage. Appelés à cette croisade par la Prusse, ils ont accepté la domination de cette puissance et relevé pour elle V Empire germanique. La Prusse ne se laissera pas déposséder.

Or les éléments ethnologiques de cette nation sont tout autres que ceux qui ont donné naissance aux populations vraiment allemandes. Des conditions climatériques spéciales ont maintenu et accentué les différences originelles. En réalité, au point de vue anthropologique, la Prusse est presque entièrement étrangère à l’Allemagne.

Voilà ce que j’ai voulu montrer dans cet opuscule; et, pour atteindre ce but, je n’ai eu à faire aucune hypothèse, pas même à invoquer des faits nouveaux ou peu connus. En réalité, je n’ai guère eu qu’à rappeler des notions presque vul-

gaires, des faits depuis longtemps acceptés par les hommes d’étude de toute nation, et qui, pour avoir été oubliés sous l’empire des passions du moment, n’en restent pas moins vrais.

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