‹ La race slaveChapitre 12 sur 43 · XV · texte numérisé non relu

XV

INTRODUCTION

I I. — Les Slaves primitifs ont apparu naguère dans l'Europe centrale où, peu à peu, ils se sont, au point de vue de la langue et en partie de la civilisation, distingués des autres peuples indoeuropéens. Dès les origines ils diffèrent entre eux au point de vue physique ; ils offrent des types différents dans la forme du crâne et la couleur des cheveux et des yeux. Dans les régions où les Slaves primitifs ont évidemment résidé de toute antiquité, nous rencontrons dès la période préhistorique différents types de crânes et des nuances difîérentes.

Au moment de leur entrée dans l'histoire, une partie des Slaves nous sont représentés comme des hommes aux yeux clairs et aux cheveux blonds ou roux, d'autres avec des cheveux bruns ; les débris de cheveux trouvés dans les tombes confirment ces deux types.

La vie domestique présentait aussi des types différents durant la période pré-chrétienne. Par exemple à Touest, entre l'Elbe et la Vistule,

nous trouvons un certain t\pc de tombeaux et un matériel spécial adriatico-danubien et un autre à l'est de la Vistule où domine Tinfluence de la Mer Noire. Dès le moment où les Slaves se sont séparés des autres Aryens, la différenciation des langues a commencé à se produire dans le sein de la race; cette différenciation a été renforcée par divers facteurs, par exemple par la formation de centres isolés de culture intensive; ou de vie politique, par les mouvements des divers groupes et leur mélange avec des éléments étrangers (par exemple la migration des Slaves vers le sud et leur destinée ultérieure dans la péninsule balkanique). Cette différenciation s'est tellement accusée que le peuple primitif, qui ne formait qu'un seul corps, s'est dissous en un ensemble de groupes absolument distincts les uns des autres. Aujourd'hui encore, on n'est pas complètement d'accord sur la question de savoir jusqu'où a été poussée cette désagrégation et quels sont les groupes qu'on peut considérer comme absolument indépendants ; mais tout le monde reconnaît qu'il n'y a plus une nationalité slave unique. Il n'y a plus qu'une série de nations individuelles. Aujourd'hui, l'unité slave n'est qu'une conception théorique sur laquelle s'exercent les idées ou les sentiments, mais dans la vie des Slaves ils sont bien rares les moments oiiTon constate quelque ressouvenance de l'unité disparue.

Comment s'est opéré ce démembrement?

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Quelles circonstances ont déterminé l'apparition des groupes? Comment s'est opérée l'individualisation, quel est aujourd'hui l'état de la race, combien faut-il compter de nations ? Ce sont là des questions qui ne sont pas encore toutes résolues par la science slave.

Voici ce qui paraît le plus vraisemblable. Le peuple slave primitif avait son noyau entre l'Oder et le Dnieper; dès les temps préhistoriques il avait par endroits atteint l'Elbe, la Sale, le Danube, la Desna, le Niémen et la Baltique. Il s'est désagrégé sur ce vaste territoire, en partie sous l'influence de certaines conditions territoriales — telles sont par exemple les influences des grands cours d'eau et des montagnes, — en partie sous l'action de courants civilisateurs qui n'étaient pas les mêmes en Orient et en Occident, enfin sous l'influence du développement linguistique. Trois fractions se sont d'abord constituées. La première, à l'ouest de la Vistule et des Karpates, s'est étendue vers l'Occident au delà de l'Elbe, de la Sale, de la Šumava (Bœhmerwald) et a produit les branches des Slaves polabes, pomoriens (poméraniens), polonais et tchécoslovaques ; la seconde, dont le siège primitif était entre la haute Vistule, le Dniester et le moyen Danube, descendit peu à peu — sauf quelques tribus au sud des Karpathes — s'établir d'une part sur la Drave, de l'autre, après avoir passé la Save et ie Diinube, dans la région du

Balkan et forma les groupes slovène, serbo-croate et bulgare; la troisième fraction, du bassin du Dnieper ra3^onna en un vaste cercle au nord jusqu'au golfe de Finlande, sur le haut Dnieper, le Volga, rOka, à l'est vers le Don, au sud vers la Mer Noire et le Danube inférieur, et constitua la nation russe; sous l'influence de diverses conditions, cette nation se différencia en elle-même et se modifia suivant les localités.

Les diverses branches de la famille slave ne sont pas toutes également éloignées les unes des autres. Entre le Tchèque et le Polonais la différence est plus considérable qu'entre le Tchèque et le Slovaque. Entre le Grand-Russe et le Polonais elle est plus grande qu'entre le Grand- Russe et le Petit-Russe. Aussi, dans la vie politique et dans la littérature se produisent sans cesse des conflits sur la question de savoir si telle fraction doit être considéré comme une tribu ou une nation indépendante. On n'est point d'accord sur l'emploi des termes nation, nationalité, tribu, branche, pas plus que sur le total actuel des Slaves.

Tout dépend des points de vue en matière philologique, ethnographique, historique ou politique. Même en partant du même point de vue on arrive à des conclusions différentes. Tel philologue voit deux langues là ou tel autre ne voit que des dialectes d'une même langue. Les uns tiennent plus de compte de leurs aspirations vers la renaissance, l'individualité politique^

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rautonomie nationale, que des données scientifiques; les autres, obéissant à des considérations politiques, imaginent de nouvelles nations dont leurs rivaux ne veulent même pas entendre parler. Ainsi le nombre des nations slaves, et par suite le système de la Slavie tout entière est très différent suivant les auteurs.

Ainsi Dobrowsky \ — pour ne pas remonter trop haut, ni entrer dans trop de détails, — admettait en 1822 neuf langues vivantes et nations (russe, illyrienne ou serbe, croate, Slovène, korutane ", slovaque, tchèque, lusacienne, polonaise); Schaffarik^ dans son Ethnographie slave en 1842, six langues avec treize dialectes (russe, bulgare, illyrien, léchitepolonaise, tchèque, lusacienne) ; J. Sreznevsky* en 1843, neuf langues : grand russe, petit russe, bulgare, serbo-croate, koroutane, polonais, lusacien, tchèque, slovaque ; Auguste Schleicher en 1865, huit langues : polonais, lusacien, tchèque, grand-russe, petit-russe, slovené, serbe, bulgare ; Fr. Miklosich, neuf langues (slovène, bulgare, serbo-croate, petit-russe,

1. Joseph Dobrowsky, né en 1753, mort en 1829, savant tchèque, le véritable créateur de la philologie slave. Voir ma notice sur lui dans la Grande Encyclopédie, Tr.

2. Korutanes, nom donné par certains ethnographes aux Slaves de la Carniole (latin Carantania). Tr.

3. Sur Schaifarik, voir notre notice au Journal des Savants (marsavril 19 10). (Tr.).

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