Philologue russe du xix« siècle. Tr
grand-russe, tchèque, polonais, haut lusacien, bas lusacien); Dm. Florinsk}' en 1907, neuf langues (russe, bulgare, serbo-croate, slovène, tchèque-morave, slovaque, lusacien, polonais, kachoube): V. Jagic en 1898, huit langues (polonais, lusacien, tchèque, grand russe, petit russe, slovène, serbo-croate, bulgare). Mais, si nous tenons compte aujourd'hui de certains publicistes et de nombreuses tendances séparatistes, le nombre des langues slaves s'élève de onze à quatorze, sans tenir compte de celles qui sont mortes.
I 2. — Nous n'avons pas l'intention d'intervenir dans ces polémiques inspirées le plus souvent par des raisons étrangères à la science. Aiais, comme il faut dans une étude ethnographique établir d'abord un cadre, un plan général, nous allons procéder d'après le suivant, sans prétendre condamner les autres. Voici dans quel ordre nous allons étudier l'ethnographie slave :
i*" Groupe russe dans lequel on rem.arque aujourd'hui une forte tendance à reconnaître deux nations : les Grands-Russes et les Petits- Russes (Russes méridionaux. Ukrainiens, Rousines ou Ruthènes).
2" Groupe polonais dans son ensemble, en faisant remarquer pour ce qui concerne les Kachoubes, que les uns y voient des Polonais, les autres les derniers restes des Slaves baltiques disparus.
3° Le groupe lusacien serbe, divisé en deux
INTRODUCriO?^
branches bien distinctes : le haut lusacien et le bas lusacien.
4° Le groupe tchèque qui forme une unité compacte en Bohème et en Moravie, mais dont les Slovaques de Hongrie s'affranchissent de plus en plus, surtout au point de vue politique.
s'' Le groupe slovène qui ne connaît point de tendances séparatistes.
6° Le groupe serbo-croate dans lequel les divisions politiques et les nuances de culture — notamment en matière religieuse — sont tellement tranchées que l'on est obligé de reconnaître aujourd'hui deux nations : des Serbes et des Croates.
7° Le groupe bulgare très homogène. Seulement, en ce qui concerne les Slaves de Macédoine, on n'est pas d'accord. Les uns les rattachent aux Bulgares, les autres aux Serbes ; d'autres prétendent reconnaître une nationalité particulière, la nationalité macédonienne.
Nous resterons, dans la suite de cet ouvrage, fidèles à ce cadre des sept groupes fondamentaux. On verra en temps et lieu à quel point sont justifiées les tendances de ceux qui veulent en détacher des groupes indépendants.
LES RUSSES
I 3. Développement historique. — Dans la région orientale qui s'est constituée par suite du partage du peuple primitif en trois groupes, s'est développé le grand peuple russe, aujourd'hui divisé.
Quels ont été les commencements de ce peuple durant l'ère préchrétienne et les premiers siècles après J.-C. ? Nous n'en savons à peu près rien. Nous connaissons à la vérité quelques noms cités par Ptolémée, qui lui appartiennent évidemment, mais nous ne savons pas sur lesquels nous arrêtera Au iv^ siècle de l'ère chrétienne apparaissent des indications vagues sur un grand peuple des Antes, dont le nom désigne les tribus russes du sud entre le Danube inférieur et le Don, mais ce nom disparaît plus tard. Les renseignements que nous fournissent les Arabes sur les Russes du x^ siècle ne sont pas moins énigmatiques. Ce n'est qu'à partir de Constantin
I. Ces questions ont été étudiées par Tauteur dans un vaste ouvrage en langue tchèque : Les antiquités slaves, qui mériterait, lui aussi, d'être traduit en français. Tr.
Porphyrogénète et, plus nettement, de la première chronique kiévienne * conservée dans un m. s. du xii*" siècle, que nous avons des détails un peu précis. Ces textes nous apprennent que sur le territoire de la Russie actuelle vivaient une foule de tribus qui constituaient des unités indépendantes. L'annaliste en compte douze :
Les Slaves sur le lac Ilmen avec pour centre Novgorod la Grande.
Les Krivitches auprès des sources du Dnieper, de la Dvina et du Volga (ceux qui vivaient sur la rivière Polot s'appelaient Polotchanes).
Les Dregovitches entre le Pripet et la Dvina.
Les Drevlianes au sud-ouest des précédents.
Les Polianes de Teterevo à Kiev qui devint 'eur centre.
Les Doulièbes et Boujanes (ou Volyniens) sur e Boug.
Les Tivertsiens et les Oulitches sur le Dniester et sur le Boug.
Les Radimitches sur la Soja.
Les Viatitches sur TOka.
Les Siévériens sur la Desna, la Séim et la Soula.
L'annaliste qui énumère ces différents peuples les réunit sous le nom collectif de Rous. Comment ce nom de Rous s'est-il produit chez ces peuple? C'est encore une énigme -. Mais quelle
I. Chronique dite de Nestor; voir ma traduction (Leroux, 1SS4) et l'Index qui raccompagne. Tr.
a. Sur cette énigme, voir notre édition de Nestor. Tr.
LES RUSSES
que soit son origine, il est certain qu'il appartenait d'abord au centre kiévien où fut fondé par les princes varègues le premier état russe et que de là il s'est rapidement répandu vers l'Orient chez les Slaves comme dénomination politique puis ethnique, et qu'il s'est appliqué à des peuples qui, d'après le chroniqueur, étaient d'origine léchite ^
Le domaine slave vers l'Orient, tel que l'indique au xii^ siècle le chroniqueur russe, n'est pas un territoire primitivement slave, mais naguère habité par des allogènes et colonisé par les Slaves. La preuve de cette assertion nous est fournie par les noms antérieurs, noms lithuaniens et finnois, dans la région située au nord du Pripet et aux environs des sources du Dnieper, dans les bassins de l'Oka et du Vo]ga. Nous rencontrons sur ce sol la première colonisation slave attestée par les textes et non pas le peuple primitif. C'est là que les Slaves orientaux, avant la fin du x^ siècle, après avoir quitté les régions du moyen Dnieper, ont accompli la première étape de leur extension. Si l'on en croit la chronique, ils ne se dirigèrent pas du côté des pays polonais. Au contraire, ce furent les Lechs qui envoyèrent de fortes colonies vers l'Orient, à travers les tribus russes. En revanche, dès la période primitive, la colonisation russe poussa vers les tribus baltiques.