Hérétiques (de raskol, schisme). Tr
ceinte à travers lequel la colonisation russe ne pouvait passer tant que les khanats tatares ne seraient point soumis. Cela ne tarda point. A partir de i486 la Russie fut délivrée. Le de'sir de la revanche, l'augmentation de la population, d'autres circonstances encore, poussèrent très énergiquement les Russes dans la direction de Test, du sud-est et du sud. Ils ne cessèrent plus d'avancer. Leur première ligne quiétaiťsur l'Oka fat remplacée dès la moitié du xvi" siècle par la ligne dite de Toula, de Poutivl sur la Seïm par Briansk et Toula, vers TOuna, affluent de la Âlokcha. Dans la première moitié du xvn^ siècle les Moscovites occupent la ligne Bielgorod, Voronéje-Kozlov, la ligne Tambov-Simbirsk, la ligne de la Transkama (Sengileï-Menzelinsk)' D'autre part, ils colonisent en grandes masses la région de Poltava*. A la fin du xvii® siècle s'établit la ligne du Don, puis, sous le règne de l'impératrice Anne, la ligne de l'Ukraine (1731-1735) remplacée, quarante ans plus tard, par la ligne du Dnieper entre le Dnieper et la mer d'Azov.
I. Les Petits-Russes des régions entre le Boug et le Dniester dès le xiv» siècle commencèrent, sous la protection des princes de Kiev et de Lithuanie. à pénétrer dans la région de Poltava. Mais ce n'est qu'à dater du xvi» siècle que, sous la protection de Moscou, ils émigrèrent en masse. Au xvii» siècle, ils occupaient déjà les gouvernements de Kharkov, la partie occidentale du gouvernement de Voronéje et la partie méridionale du gouvernement de Koursk. Cette immigration s'explique par le développement des Cosaques, la nécessité de fuir la domination polonaise, et raffaiblisscment des Tatares, notamment de la Horde de Crimée.
LES RUSSES
La marche en avant s'acheva par la conquête du Khanat de Crimée en 1783. Avec ces lignes militaires s'avançait la colonisation des Allemands et des Serbes émigrés en Russie. Le littoral de la Mer Noire fut colonisé en partie dès le xvni^ siècle, en partie, — par exemple entre le Boug et le Dniester (gouvernement actuel de Tauride) — seulement au xix^ siècle. Vers la même époque la colonisation russe gagna le Caucase (ligne du Caucase sur le Kouban et le Terek de 1779 à 1799), mais elle ne devint définitive que dans la seconde moitié du xix^ siècle après la soumission complète du Caucase (1864).
Les Russes pénétrèrent plus tôt dans les régions d'outre-Volga, surtout à dater du règne de Pierre le Grand.
A cette époque ils atteignirent jusqu'à Samara et dans les années 1734-1744 jusqu'à la ligne d'Orenbourg. Dans l'intérieur de TAsie la colonisation s'opéra tout d'abord par les conquêtes des frères Strogonov et d'Ermak (1558-1582), en Sibérie jusqu'aux cours de l'Obi et de Tlrtych. Elle a été achevée au xix^ siècle par la conquête de toute la Sibérie jusqu'à Sakhaline et à la Mandjourie, au sud par la soumission des steppes Kirghiz et enfin du Turkestan (Tachkent, 1864, Samarkande 1868, Khiva 1873, Kokand i876,Aschabad i88i,Merv i884,Mourghab 1885). Partout les troupes furent suivies de colons, particulièrement d'habitants de la Grande Russie.
LA HÁCE SLAVE
I 4. Domaine et frontières de la nationalité. — On voit par cette esquisse du développement de la nation russe — surtout de la colonisation intensive des dernières années — qu'il est impossible de limiter le domaine russe par une ligne continue. Car la population russe en Asie et en Europe ne présente pas une masse compacte, mais un ensemble plus ou moins homogène de groupes coloniaux, parfois même complètement isolés, au milieu de populations allogènes. Les Russes sont établis en masse compacte dans l'Europe orientale, pour la plus grande partie dans l'Empire russe, pour une petite fraction dans l'Empire austro-hongrois. Mais il n'y a guère que les frontières occidentale et méridionale qui soient bien déterminées ; à Test et au nord elles poussent des pointes, elles forment des îlots, le long de fleuves navigables, au milieu d'éléments allogènes, finnois ou turco-tatares. Voici quelle est exactement la frontière du territoire habité d'une façon compacte — sauf quelques îlots allogènes — par le peuple russe, à partir de l'embouchure de la Neva qui à l'ouest touche au domaine finnois \
De Pétersbourg la frontière court d'abord le long du golfe de Finlande jusqu'à l'embouchure de la Narova; elle suit cette rivière, longe le lac Peïpous et celui de Pskov vers Izborsk, descend
I. Je n'entre pas ici dans tous les détails topographiques parce quils n'ont point d'intérêt et que d'ailleurs les auteurs ne sont pas toujours d'accord.
LES RUSSES
vers Loutsyn (Ludsen) jusqu'à Dvinsk, elle contourne à l'ouest Vilna, passe le Niémen au nord de Grodno, atteint Bielostok (Bialystok), Souraj sur la Narev, Bielsk, Drohytchine sur le Boug, longe dans le pays russe de Kholm — d'après les travaux de Frantsev — la ligne de Biela, Partchevo, Krasnostav vers Tomachev, puis elle entre en Galicie en contournant Tarnograd, gagne la rivière San au-dessus d'Iaroslaw, se dirige vers Sanok et atteint dans les Karpathes Pivnitchna sur la frontière hongroises
A Pivnitchna la frontière s'avance un peu à l'ouest, fait quelques détours, pénètre dans les comitats de Spies et Sarys (en hongrois Saros), le long de la Poprad jusqu'à Spiska Sobota.
D'après les derniers travaux de Czambel et de Tomachivsky % dont les résultats n'offrent que très peu de différences, en Hongrie la frontière russe commence à Lipnik, non loin de l'embouchure du Dunajec, passe à Kaminka aux environs de Stara Lubovna (en magyare O Lublé), de Iakoubiani (Iakobpol), vers Hodermark et Stelbach, Kisgeben, latkiotsi (Zseltek). Puis elle fait un grand demi-cercle vers le nord, atteint Bardiov (Bartfaj, descend vers le sud le long de la Topla jusqu'à Petkovtsi (Petkocz), franchit
1. Nous avons passé dans cette énumération quelques noms de lieux que le lecteur ne trouverait pas sur les cartes françaises. Tr.
2. La différence entre la frontière de Czambel et celle de Tomachivsky consiste en ceci que Tomachivsky compte comme russes dans les comtats de Spies et de Sarys quelques communes de plus.
LA BACE SLA VE
rOndavka à Valkov (Válko) Beresliv (Breszlo), Porauba (Orosz porubá *), Hliviscze, Komouch, jusqu'à Oujgorod (Ungvar). Là elle rencontre les Magyares. La frontière longe leur territoire, jusqu'à la ville de Visso sur la rivière du même nom. Mais les Petits-Russes sont ici en minorité. De là la frontière suit la rive droite du Vasir jusqu'à la Bukovině, puis elle traverse la rivière Suczava, laisse aux Russes le cours supérieur du Seret, traverse Kaminka, Negotin, la ville de Sereth et longe la frontière jusqu'à l'endroit où le Prut sort de la Bukovině. Les villes de Czernowitz et de Sereth forment ici des villes allemandes. On trouve d'autre part des îles russes en Galicie, particulièrement entre Lutcza et Korczyn au sud de Rzeszow, auprès de Rymanow, de Dynow, aux environs de Jaroslaw, dans le bassin de la Wysloka, en Hongrie autour de Spiess et de Krempach. Notons encore en Bukovině une grande île entre le Seret et la Suczava.
Au delà de la frontière autrich ^nne on considère généralement le Prut comme formant la limite entre les Russes et les Roumains. Mais à la pointe nord de la Bessarabie entre le Prut et le Dniester il y a une région russe, notamment dans l'arrondissement de Khotin, dans ce qu'on appelle la Bukovině bessarabienne. En dehors de
I. Dans ce mot magyare Orosz veut dire russe. Nous suppri^ mons ici quelques noms de localités sans intérêt. Tr.
LES RUSSES
cette région les Russes sont disséminés et fortement soumis à la roumanisation.
D'après Nestorovsky,la frontière de la nationalité russe passe en Bessarabie par Balamoutovka, Rjavinets, Grozintsi, Sankoutsi, Reugatch, Dinouci, Doljok, Bielovtsi, Gijdev, Kichlo-Salievo, Kichlo-Zamjievo, Bielavintsi, Titskany et Fitesti. Dans les districts de Sorok et de Bielets les colonies russes sont déjà très disséminées ; mais elles ont pénétré jusqu'au sud du gouvernement. Les évaluations ne sont pas d'accord. Tchoubinsky en 1872 comptait en tout pour la Bessarabie 100.000 Petits-Russes. Nestorovsky en 1905 en conjecture 250.000. La dernière statistique a évalué les Russes à 27,8 p. 100 de la population totale, soit 540.000 (dont 380.000 Petits-Russes).
Au delà du Dniester, à l'est, il n'est pas facile de tracer exactement la frontière. On manque de cartes détaillées. Les cartes ethnographiques que j'ai eues sous la main prolongent le domaine russe jusqu'à la Mer Noire. Mais au sud de la ligne lampol, Balta, Olviopol, Elisavetgrad, Slavianoserbsk, Novotcherkassk, ce domaine est pénétré de tant d'îlots étrangers (Allemands, Bulgares, Roumains, Tatares, Grecs, Juifs, Arméniens) que Tonne considère pas les Russes comme formant au sud une population compacte. Et on ne pourra délimiter leur domaine qu'après des relevés ethnographiques très minutieux. Jusqu'ici il nous manque un travail détaillé. Suivant
Derjavine la dernière statistique a compté dans le gouvernement de Kherson 57 groupes linguistiques, en Bessarabie 41 , et dans le gouvernement de Tauride 39. L'élément dominant est néanmoins le Petit Russe.
Nous arrivons aux mêmes conclusions pour les provinces au delà du Dnieper, du Don et du Volga. Là aussi il y a beaucoup d'éléments non russes et là les données exactes, les bonnes cartes ethnographiques nous font défaut. Sur les cartes russes — qui sont généralement à une petite échelle — le domaine russe comprend le pays entre le Dnieper et le Don et s'arrête au Kouban (la Crimée est tatare). Dans son ensemble la frontière commence au bord de la Mer Noire, au bourg de Gagri sous le Caucase, traverse les montagnes, fait un arc de cercle autour de Piatigorsk et de Stavropol, se rapproche de la rive gauche du Don (il y a 33,7 p. 100 de Russes dans la province duTerek), puis elle contourne la steppe des Kirghiz et des Kalmouks, gagne le Volga inférieur, les bords de la mer Caspienne et du Terek. Le long du Volga, depuis son embouchure, s'élèvent de nombreuses villes ou villages russes coupés par des localités allemandes, finnoises et tatares.
Le domaine russe du Volga ne peut être délimité par une ligne ; il est plein d'ilôts allogènes qui souvent s'entrecoupent. Ces groupes allogènes occupent vers l'endroit où le Volga fléchit vers le sud un territoire qui va de Saratov par
LES RUSSES
Serdobsk, Morchansk et Mourom à Nijny Novgorod. Au nord du Volga la population russe est compacte; elle s'étend jusqu'aux rives inférieures de rOnega et du Ladoga, et plus au nord il y a de nombreuses colonies russes sur les rives des fleuves et des lacs ; elles sont disséminées au milieu de populations allogènes.
En dehors de ce territoire sommairement délimité, les Russes se rencontrent en groupes dans quelques villes du royaume de Pologne, dans l'intérieur de la Hongrie et de la Slavonie et en Bulgarie dans la colonie de Tataritsa auprès de Silistie. Ils sont établis là depuis le commencement du xvnť siècle. A cette époque l'ataman vieux croyant Nekrasov vint s'établir dans cette contrée avec ses compagnons. On les appela les Nekrasovtsy. Les Russes établis dans la Dobroudja sous la pression des autorités roumaines commencent à émigrer en Bulgarie. Dans le delta du Danube il existe encore cependant quelques colonies russes. Ce sont celles de Saint- Georges, de Leta, de Svistovka, de Periprava, et de Karaorman aux environs de Sulina. On rencontre encore un groupe russe considérable à Tultcha (5.621 Russes, 4.372 Roumains, 4.018 Bulgares).
En Asie les Russes occupent avant tout la Sibérie. Leurs villages et leurs villes sont situés sur les rivières navigables et sur la nouvelle ligne du transsibérien. Au point de vue de la statistique la Sibérie est presque entièrement russe ;
mais en réalité elle possède d'immenses espaces inhabités, ou occupés par les indigènes. En ce qui concerne les diverses régions, la Sibérie occidentale (région de l'Obi et de l'Irtych) est presque entièrement russe. La population russe est concentrée au sud, sur l'Obi supérieur, l'Irtych et ses affluents.
La Sibérie centrale (bassins de l'Ieniseï et de l'Angara) a déjà moins de Russes. Ils sont particulièrement concentrés dans les provinces méridionales, aux environs de Minousinsk, de Krasnoiarsk et d'Irkoutsk. La Sibérie de la Lena ou des Iakoutes n'en compte que ii p. loo. En revanche, les provinces de l'Amour et du Littoral et la partie russe de Sakhaline sont russes. On compte dans les gouvernements de Tobolsk etdeTomskgi p. loo de russes; dans le gouvernement de l'Eniseï et la province de l'Amour