‹ La race slaveChapitre 14 sur 43 · I. Sur ce nom, voyez le deuxième chapitre. Tr, ^ II · texte numérisé non relu

I. Sur ce nom, voyez le deuxième chapitre. Tr, ^ II

Nous voyons les Dregovitches établis sur un territoire primitivement lithuanien. La colonisation s'opéra plus rapidement encore et avec plus de succès vers le nord et l'est du côté des Finnois. Ainsi, par exemple, les Slaves de l'Ilmen n'étaient que des colons établis en territoire finnois. De même les Krivitches, les Radimitches, les Viatitches (et peut-être une partie des Siévériens) avaient repoussé de leur territoire primitif les Tchoudes, les Mouromiens, les Mordvines, les Mestchériens et d'autres tribus finnoises.

Vers l'Orient les Slaves siévériens s'avancèrent de bonne heure et avec énergie et refoulèrent les tribus turco-tatares. C'est ce que nous attestent les textes qui, dès le vť siècle, signalent les Antes comme fort nombreux sur la mer d'Azov et qui mentionnent au ix*^ et au x^ siècle de nombreuses colonies slaves sur le Don et le Volga, et. à l'embouchure du Kouban, la colonie de Tmoutorakan.

Ce n'est que vers le sud que le développement de la colonisation slave fut longtemps retardé. Il était cependant favorisé par la nature du sol; tous les fleuves descendent vers le sud, vers la Mer Noire.

Le grand obstacle ce fut l'invasion des peuples étrangers qui, h dater du iiť siècle de l'ère chrétienne, commencèrent à occuper pour un temps plus ou moins long le bassin de la Mer Noire. Au m" et au iv^ siècle ce furent d'abord les Goths et les Hérules, puis en 376 les Huns,

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puis vers 482 les Bulgares*, puis vers 557 les Avares. Vers la moitié du viť siècle les Khazares passèrent le Don et enfin au cours du ix^ siècle les Magyares de l'Oural se dirigeaient du Volga vers le Danube.

Ces invasions n'arrêtèrent pas absolument la marche des Slaves vers le sud ; il est même probable que certaines d'entre elles, par exemple celles des Huns et des Avares, entraînèrent après elles des tribus slaves. Mais pendant cette période on ne peut parler d'une véritable colonisation, d'un établissement des Slaves sur la Mer Noire.

Ce n'est vraisemblablement qu'après l'invasion avare que les tribus russes réussirent à s'établir en grandes masses (les Tivertisiens, les Oulitches) sur le cours inférieur du Dnieper, du Dniester et du Danube.

Le mouvement vers le sud s'accentua. Sviatoslav (957-972) établit tout à fait sa résidence à Preslav (dans la Bulgarie actuelle). Puis survint un nouvel obstacle. Ce fut l'arrivée des Petchénègues, des Turcs (les Ouzes), des Polovtses ou Kumans. Les tribus et les princes russes eurent à soutenir de longues luttes contre ces nouveaux venus dans le bassin inférieur du Don et du Dnieper. Enfin survint l'invasion des Tatares. Victorieux en 1224 ils ravagèrent et dépeuplèrent

I. Il s'agit ici des Bulgares du Volga qui devaient plus tard donner leur nom à une partie de la péninsule balkanique. Tr.

la plus grande partie de la Russie méridionale de la Kalka jusqu'à Kiev, à la A^olynie, la Galicie, la Transylvanie et menacèrent même les pays russes du nord-est*.

Tous ces envahissements exercèrent une action forte et durable sur les destinées de la nation russe. Ils lui barrèrent pour longtemps l'accès du sud et de l'ouest. D'autre part, la pression qu'eurent à subir les Tivertsiens, les Volyniens, les Polianes, les Siévériens obligèrent ces peuples à reculer jusqu'aux Karpathes, au delà du Pripet, de la Soula, de la Desna en chassant devant eux d'autres tribus; et la nation russe dut s'ébranler dans la direction du nord et du nordest contre les Finnois. Morceau par morceau la terre finnoise fut occupée par les Russes et colonisée.

A côté des Viatitches, des Krivitches, des Siévériens, les principaux agents de cette colonisation furent les Slaves de Novgorod, particulièrement dans le bassin de l'Onega, de la Dvina, de la Vytchegda, de la Petchora, de la Kama, et de la Viatka. Tels sont les principaux épisodes du développement du peuple russe jusqu'à la fin de

I . On a prétendu que la région kiévienne avait perdu entièrement sa population russe primitive et qu'elle avait été seulement repeuplée aux xiv« et xv^ siècles par des colons venus de Galicie. Mais on n'a pas démontré le bien-fondé de cette hypothèse. Cependant il est certain, ainsi que Tatteste Plan Carpin à la date de 1546. que le pays fut très dépeuplé et que les seigneurs polonais y introduisirent à dater du xv-^ siècle beaucoup de nouveaux colons dans les vastes domaines qu'ils avaient acquis.

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la domination tatare, c'est-à-dire jusqu'au xv^ siècle.

3Iais à côté de ces modifications extérieures, de grands changements s'opérèrent dans la vie intérieure du peuple russe ; à la vie de la tribu se substitua la vie de la province. Les anciennes unités de tribu se disloquèrent et disparurent peu à peu dans les nouvelles organisations provinciales qui se formèrent autour des princes et peu à peu on vit s'établir une nouvelle répartition du peuple russe qui remplaça les anciennes unités des tribus par trois grands groupes différents au point de vue de la langue, de la vie intérieure, parfois aussi de la vie politique. M. Schakhmatov, dans un remarquable Essai publié en 1899 par la Revue russe de V Instruction publique^ n'a pas encore dit le dernier mot de la science. Bornons-nous à cette simple constatation. Déjà au temps de la domination tatare lesanciennes unitésde tribus se sont groupées, soit par suite de leur développement intérieur, soit par suite de causes extérieures en trois groupes : Au sud (entre le San, le Pripet et le Dnieper) le groupe petit russe où entrèrent évidemment les anciens Polianes, Drevlianes, Volyniens, : Doulièbes, Tivertsiens, Oulitches, une partie des " Siévériens et les débris des Croates et des Serbes des Karpathes ;

Au nord les Grands Russes composés principalement des slaves Novgordiens, desViatitches, des Krivitches, d'une partie des Siévériens ;

A l'ouest les Biélorusses ou Russes Blancs (comprenant principalement les anciens Dregovitches, les Radimitches, une partie des Drevlianes, des Krivitches, et les débris des Lithuaniens).

A cette époque apparurent les termes Grande- Russie, Petite-Russie et Russie Blanche (on ne sait ce que veut dire cette dernière épithète).

Le groupe petit russe est celui qui est resté le plus pur au point de vue de la langue ; le groupe russe blanc l'est moins ; il a été influencé par l'union politique avec la Lithuanie à partir de la fin du xiii^ siècle et plus tard, à partir du xvi% par une forte influence polonaise. Les éléments fondamentaux du groupe grand russe ont été très variés ; mais celui qui a été le plus puissant, c'est la cité qui devait devenir le centre du monde russe, c'est Moscou.

Malgré cette division les trois groupes sont restés les trois branches d'une même nation. Les langues étaient voisines; des liens étroits les rattachaient au point de vue politique (d'abord la lutte commune contre les Tatares, ensuite l'union sous le sceptre moscovite.)

Ils ont eu pendant trop longtemps Tunité religieuse pour qu'on puisse hésiter, malgré les nuances déjà signalées, à en former un seul ensemble, la nation russe.

En ce qui concerne le développement extérieur, nous y notons les étapes suivantes :

La nation russe n'a pas réussi à s'étendre à

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roccident ; entre l'espace qu'elle occupait et la mer étaient concentrées les tribus lithuaniennes (lotyches) et plus loin vers le sud la forte race polonaise. De ce côté-là les Russes n'avancèrent pas; bien au contraire, leur race subit une période de déclin très sérieux ; elle faillit même périr, d'un côté sous la pression de la Lithuanie, de Tautre sous celle des Polonais qui étaient forcés de s'étendre vers l'orient, se trouvant repoussés de l'ouest par les Allemands. Ceci nous explique pourquoi sur les cartes de Bielenstein* la frontière russo-lotyche du xiiť siècle est à peu près la même qu'aujourd'hui et pourquoi le domaine russe occidental est pénétré par l'élément polonais.

L'expansion vers le nord continua, mais avec moins de succès qu'autrefois. Plus on avançait dans ces régions, plus elles étaient inhospitalières. Mais, à dater du xv^ siècle, surtout à partir du règne de Pierre le Grand, l'expansion coloniale de Télément russe se tourna peu à peu vers le nord où elle envoya des colonies de moines et de raskolniks -. Ces colonies étaient peu importantes et disséminées. Puis les conditions changèrent. L'expansion vers le nord diminua, le mouvement se détourna vers le sud et sur l'est.

L'invasion tatare avait créé un solide mur d'en-

1. Savant allemand du xix« siècle qui s'est particulièrement occupé de la langue lette. Tr.

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