I. Ces noms seront expliqués plus loin
LES CROATES ET LES SERBES
maintenant impossible de donner un chiffre rigoureusement exact. J'ai accepté celui de 300.000, en me basant sur les dernières informations que nous avons sur les Serbes (y compris les Serbes mahométans) dans la région de Novipazar, Kosovo Pole, Metokhia et Tévêché de Skoplie. Un calendrier serbe porte ce chiffre à un million. L'évaluation de Hilmi Pacha (1905)» qui comptait en Macédoine 600.000 Serbes, et 170.000 Bulgares sur tout l'ensemble de la population, est évidemment erronée.
Pour le vilayet de Scutari, Bianchi comptait, il y a vingt ans, 70.000 Serbes.
Pour ce qui concerne la délimitation des Serbes et des Croates, la statistique hongroise pour igoo a relevé en Hongrie 188.552 Croates, 434.641 Serbes; en Croatie-Slavonie, 1.478.000 Croates et 610.909 Serbes, soit au total î. 667. 377 Croates, 1.045- 550 Serbes, en laissant de côté les Sokci, les Bunievci et les Krasovani que le calendrier serbe dont nous avons parlé tout à l'heure attribuait aux Serbes. Ce même calendrier adjuge aux Serbes les catholiques de Bosnie-Herzégovine (334.000). Il trouve encore 100.000 Serbes dans la Dalmatie autrichienne.
D'après cette statistique serbe, il y aurait au maximum en Europe 2.300.000 Croates. Mais les Croates comptent autrement, et en s'adjugeant les catholiques bosniaques, bunievci et krasovani, ils arrivent à un chiffre de 2.700.000 pour l'Europe. Tant que la statistique en Croatie et
en Cisleithanie ne distinguera pas les deux nations, on ne pourra rien dire de positif.
L'académicien Jagic ^ a obtenu du patriarcat de Karlovtsi des données officielles d'où il résulte que le nombre des Serbes orthodoxes de Hongrie et de Croatie est de 1.149. 314. Ce chiffre approche, à 100.000 près, de celui qu'avait indiqué la statistique hongroise.
L'accroissement des Serbes et des Croates en Hongrie, autant que nous pouvons en juger par les statistiques, se fait de façon très inégale. C'est en Istrie que les Croates ont le moins de natalité; ils reculent devant les Italiens ^ En 1851, ils constituaient 57,36 p. 100 de la population; en 1906, ce chiffre est tombé à 42,58 p. 100. En revanche, les Croates de Dalmatie, qui étaient au nombre de 378.676 en 1851, sont montés au chiffre de 562.000 en 1900. Ils représentaient, il y a un demi-siècle, 96,1 p. 100 de la population totale. Ils représentent maintenant 96,6 p. 100.
Pour la période 1890, l'accroissement a été en Istrie de 8,64 p. 100; en Dalmatie, de 12,58. Si nous ne tenons compte que de la nationalité, nous constatons chez les Serbo-Croates d'Au-
1. Ancien professeur à l'Université de Vienne, correspondant de TAcadémie des Inscriptions. Voir sur ses travaux le Journal des savants, année 1908.
2. Il ne faut pas toutefois oublier que les recensements officiels sont faits au profit des Italiens et par conséquent défavorables aux Croates.
LES CROATES ET LES SERBES
triche un accroissement de 10,30 p. 100 pour dix ans, soit 1,03 p. 100 par an. C'est, après les Polonais, le coefficient le plus considérable de l'empire. En Croatie et en Slavonie, l'accroissement brut a été de 1,04 p. 100; Taccroissement net de 0,98 p. 100.
Dans le royaume de Serbie, la proportion, pour une période de dix ans, a été plus considérable : chiffre brut, 14,8 p. 100, chiffre net, 14,2, autrement dit, la natalité a dépassé de 1,48 p. 100 la mortalité. Pendant ces dernières années, on constate un accroissement beaucoup plus considérable, mais il tient aux nombreuses immigrations des sujets qui fuient le territoire turc. On peut en dire autant de la Bosnie et de l'Herzégovine où, par suite de l'immigration, il s'est produit vers la fin du siècle dernier un accroissement anormal (de 1879 a 1895, 2,15 p. 100 en moyenne). De 1901 à 1904, l'accroissement n'a été que de 0,95 par an.
Au nord, les Croates et les Serbes sont menacés par les Magyares en Hongrie et par les Allemands en Croatie. Les Magyares et les Allemands se multiplient beaucoup en Croatie. Dans l'espace de dix années, de 1880 à 1890, les Serbo- Croates, dans cette province, ont augmenté de 12,23 p. 100, les Allemands de 41,3 p. 100, les Magyares de 66,1 p. 100. Dans les années 1890 a 1900, les Slaves ont augmenté de 8,96 p. 100, les Allemands de 13,12 p. 100, les Magyares de 30,3 p. 100. Ainsi, entre 1880 et 1900, le nombre
des Slaves a baissé de 90,48 p. 100 à 87,22 p. 100; celui des Allemands a monté de 4,4 p. 100 à 5,53 p. ioo,celuidesMagyaresde 2,19 à 3,74p. 100.
Cet état de choses n'est pas encore très grave, mais néanmoins il donne à réfléchir pour l'avenir.
Les Serbes et les Croates doivent s'entendre pour résister d'un commun accord, d'autant mieux que leur natalité est faible, plus faible dans les régions uniquement occupées par eux que dans les régions mixtes et qu'ils sont sans cesse diminués par l'émiigration. De 1880 à 1900 elle leur a enlevé plus de 100.000 âmes et dans ces derniers temps les Croates ont émigré en assez grand nombre dans les deux parties de l'Amérique.
Nous avons déjà signalé la diminution des Serbes dans la région de Novipazar et de Kosovo. A côté des Serbes orthodoxes on trouve aujourd'hui dans ce rayon beaucoup de Serbes mahométans albanisés — notamment des tribus des Gach et des Berich. puis 6.000 Tcherkesses qui ont été établis dans les années 1858-1862. Il n'y a point dans ce rayon d'Osmanlis proprement dits.
D'après la statistique turque, dans la plaine de Kosovo, c'est-à-dire dans les kazas de Prichtina, Voutchitra et Mitrovitsa il y a 80.000 mahométans et 22.000 orthodoxes ; d'après une statistique serbe privée il n'y a que 1.956 maisons serbes avec 14.000 âmes. Kantchov comptait en 1901 à Novipazar, Kosovo et Metokhia, 250.000 Albanais, 100.000 Serbes et 90.000 Bosniaques
LES CROATES ET LES SEIÎBES
qui parlaient serbe, tout en étant musulmans et ennemis des Serbes.
En ce qui concerne la densité de la population, les pays occupés par les Croates et les Serbes sont particulièrement bien partagés. Au Monténégro, on suppose environ i8 âmes par kilomètre carré, en Bosnie-Herzégovine 30,7^ en Dalmatie 46, en Serbie 51,6, en Croatie-Slavonie 56,8, en Istrie 69, à Goriça (Goritz) 80, sur le littoral 95. Le rapport des deux sexes est particulièrement intéressant. Par rapport aux autres pays autrichiens le sexe masculin est beaucoup plus considérable ; mais les proportions sont variables suivant les pays. Ainsi sur i.ooo on compte en Dalmatie 976 femmes, en Istrie 933, à Goriça 970, dans le littoral 973, en Serbie 945,6, en Bosnie 893,4, au Monténégro, 882. En moyenne, dans les pays autrichiens, il y a pour i.ooo hommes, 974 femmes. En Croatie-Slavonie le nombre est de 988 et si nous ne tenons compte que des hommes — sans l'armée, — le chiffre monte à i.oii. Vrbanic donne pour i.ooo hommes, 963 femmes, et il explique les raisons de cette proportion. Il naît ici beaucoup plus d'hommes que de femmes et dans la première partie de la vie il en meurt moins que dans le reste de l'Europe. Au cours de la première année le nombre des décès est de 8,3 p. 100 pour la Bulgarie, de 21,2 p. 100 pour la Croatie, de 16,3 p. 100 pour la Serbie.
Vrbanic a recueilli en 1896 des données fort
intéressantes sur la natalité des Slaves méridionaux, notamment des Serbo-Croates. Elles reposent, il est vrai, sur des faits antérieurs mais qui ont encore leur intérêt.
Il trouve chez les Serbo-Croates 40 p. 100 de gens mariés. La Serbie offre surtout des chiffres remarquables.
D'après la statistique de 1900 elle compte seulement 25,4 p. 100 de célibataires, et 67,7 p. 100 de gens mariés ; 36 p. 100 des hommes et 57 p. 100 des femmes sont mariés avant l'âge de vingt ans. Chez les Serbo-Croates de l'Autriche, les célibataires sont au nombre de 58,6 p. 100 et les gens mariés de seulement 35,4 p. 100. En Croatie-Slavonie, en 1900, à partir de V^gt de quinze ans il y avait 30 p. 100 d'hommes célibataires, 22,7 p. 100 de femmes célibataires et 63,7 p. 100 et 64,5 p. 100 de mariés. En Serbie, le nombre des naissances est de 44,45 p. i.ooo ; en Croatie de 44,18; en Dalmatie de 38,39; en Istrie de 37,43. En Bulgarie la proportion n'est que de 36,36. Mais si nous ne prenons en considération que les mariages légitimes, nous constatons que sur i.ooo femmes il y a eu 290 naissances à Goriça, 273 en Istrie, 257 en Dalmatie, 240 en Dalmatie, 215 en Serbie (même chiffre en Bulgarie). C'est une natalité relativement faible, et, pour la Serbie et la Croatie, la plus faible de l'Europe. Ainsi donc le grand nombre des naissances ne tient qu'au nombre des mariages et non pas de la fécondité.
LES CROATES ET LES SERBES
D'après Vrbanic la mortalité est de 30,24 p. i.ooo en Croatie, de 27,79 ^^ Istrie, de 27,16 à Goriça, de 25,67 en Serbie, de 24,38 en Dalmatie. (^Elie n'est que de 18,00 en Bulgarie.) La mortalité est donc plus forte en Serbie qu'en Bulgarie. En Bulgarie, en effet, il meurt beaucoup moins d'enfants la première année (8,3 p. 100 seulement, 16,3 p. 100 en Serbie, 15,4 p. 100 en Dalmatie et 21,2 p. 100 en Croatie.) Le coefficient d'accroissement par les naissances est donc pour la Bulgarie de 1,83, pour la Serbie de 1,87, pour la Dalmatie de 1,4, pour la Croatie de 1,39, pour Goriça de 0,98, pour l'Istrie de 0,96, soit en moyenne pour les Slaves méridionaux de 1,57 p. 100.
La religion est Tun des signes principaux qui différencient les Croates des Serbes : les Croates sont catholiques, les Serbes orthodoxes et musulmans. Mais ce signe n'est pas absolu. Il y a des orthodoxes qui se considèrent comme Croates. Ainsi la dernière statistique croate donne 2.075 orthodoxes de plus qu'il n'a été recensé de Serbes (616.518 orthodoxes contre 614.543 Serbes). Et il y a aussi de nombreux catholiques qui se considèrent comme Serbes ou qui sont revendiqués par les Serbes. Tels sont, par exemple, les catholiques de Raguse et des Bouches de Cattaro, ou les Sokci, les Bunievci et les Krasovani de Hongrie.
Dans le royaume de Serbie, qui dit Serbe dit orthodoxe. On compte 98,7 p. 100 d'orthodoxes,
0,40, de catholiques, 0,60 de mahométans. En 1895 il y avait en Bosnie-Herzégovine 548.632 Serbes musulmans (soit 34,9 p. 100 de la population). Mais il faut constater qu'ils diminuent par l'émigration. La statistique officielle a relevé de 1883 à 1905 32.625 émigrants dont 30.434 musulmans. En Bosnie et en Herzégovine on a compté 637.246 orthodoxes (soit 42,9 p. 100 de la population intégrale, et 334-142 (21,3 p. 100) catholiques \ Dans la Dalmatie il y avait en 1900 96.279 orthodoxes, 496.778 catholiques, soit d'une part 16,2 p. 100, 83,6 p. 100. Les autres pays autrichiens sont catholiques (Istrie 99,6 p. 100, Littoral, 98,5 p. 100). En Croatie et en Slavonie il y a i. 721. 416 catholiques, et 616.518 orthodoxes, soit 71,2 p. 100 et 25,5 p. 100. Les chiffres absolus des recensements de Budapest et d'Agram ne sont pas absolument d'accord mais la proportion reste la même. Au Monténégro, ďapres Vrbanic, il y a 87,5 p. 100 d'orthodoxes, 3,1 p. 100 de catholiques, et 9,3 p. 100 de musulmans que Vrbanic considère comme des Slaves.
Au point de vue de l'éducation les Serbo-
I. En Bosnie-Herzégovine les Musulmans sont en majorité à Saraïevo et dans 12 districts, les ortliodoxes dans 25, les catholiques dans 12. Pendant les premières années qui ont suivi l'occupation autrichienne, l'émigration a été très nombreuse ; elle dure encore, mais elle se ralentit. Les chiffres officiels pour 1906 donnent 50)0.900 musulmans, -ýóo.ooo orthodoxes, et 560.000 catholiques. M Florinsky compte pour tout le Balkán environ 820.000 Serbes musulmans.
LES CROATES ET LES SERBES
Croates sont fort en retard. Dans les pays autrichiens le nombre des illettrés atteint 74,14 p. 100, en Croatie 54,4 p. 100 et même 56 p. 100, si l'on en croit la statistique hongroise. C'est surtout la Dalmatie qui est en retard. En 1900, 64,8 p. 100 des hommes et 86,6 p. 100 des femmes ne savaient ni lire ni écrire. L'instruction est aussi fort négligée en Istrie et plus encore dans les pays balkaniques sur lesquels nous n'avons de documents que dans les statistiques serbes. Il n'y a en Serbie que 21,3 p. 100 de lettrés (55 p. 100 dans les villes et 15 p. 100 dans les campagnes). En ce qui touche les occupations, les Serbes et les Croates sont surtout un peuple agricole. En Istrie et en Dalmatie il y a 86,9 p. 100 d'agriculteurs (industrie 4,6 p. 100, commerce 3,8 p. 100, services publics 4,7 p. 100). En Bosnie-Hezégovine 88,34 P- loo- Dans le royaume de Serbie 85,23 p. 100 de la population se livrent à l'agriculture et à l'élève du bétail.
§ 32. Différenciation intérieure. — Les Serbes et les Croates ne diffèrent sérieusement ni au point de vue physique, ni au point de vue linguistique, ni au point de vue de la manière de vivre. Les différences ont été créées uniquement par la politique, la religion et la littérature. Il y a cependant certaines nuances et certains groupes dont nous parlerons tout à l'heure.
Au point de vue anthropologique il y a, d'après ce que l'on sait jusqu'ici, beaucoup plus
de différence entre les Serbo-Croates et les autres Slaves qu'entre les Serbes et les Croates. Les deux groupes se rencontrent par exemple dans la '{adrou^a (communauté de propriété rurale) et là où l'on constate des différences considérables, par exemple dans l'arrangement des maisons, la frontière de ces différences ne coïncide pas avec la frontière serbo-croate. Le type roman à un seul foyer domine au Monténégro, en Dalmatie, en Herzégovine, et dans les autres pays le type haut allemand à deux foyers.
D'après Weissbach les Serbo-Croates offrent les traits suivants : haute taille, forte prépondérance du type brun, surtout en Bosnie-Herzégovine, forte brachycéphalie et vaste capacité crânienne. L'indice céphalique est en moyenne de 84 (85,7 chez les Bosniaques et les Croates d'aujourd'hui). La capacité crânienne est de 1.524. On compte 93,5 p. 100 de brachycéphales et 6 p. 100 de mésocéphales. Weissbach conclut que les Serbes et les Croates doivent être considérés comme formant un seul et même peuple. Tout récemment AL Zupanic a déclaré qu'il existait des différences physiques entre les deux nations ; mais nous ignorons, dans l'état actuel de la science, s'il pourra justifier son assertion. Au point de vue de la langue, le groupe sud slave de l'ouest se décomposait ainsi : les Tchakavtsi ^ étaient
I. Ces différents groupes sont ainsi dénommés d'après la façon dont ils disent ou prononcent le pronom relatif.
LES CROATES ET LES SERBES
identifiés aux Croates, les Chtokavtsi aux Serbes, et les Kajkavtsi aux Slovènes. Miklosich distinguait encore une langue serbe et une langue croate. Mais il est aujourd'hui démontré que cette distinction n'est pas fondée.
Nous devons néanmoins signaler quelques nuances dialectiques qui ne sont pas en rapport avec les distinctions politiques. A côté des deux grands dialectes chtokavski et tchakapski, il y a d'autres dialectes de transition : le kaïkavski à l'ouest, du côté des Slovènes, le dialecte de Prizren ou du Timok, autrement dit vieux-serbe, et le dialecte svrlizski à l'est du côté des Bulgares. Quelques philologues éminents , notamment Belitch, rattachent la kaïkavstina à la langue slovené. D'après les récents travaux de M. Resetar le domaine kaïkav est séparé des deux autres par une ligne qui part de Turnovac, sur la Drave, atteint Virovitica, contourne Bielovar, atteint Trnovitica, Jasanovac sur la Save, longe la Save jusqu'à Belaj, pais gagne Trzic, Plaski, Brlog, Nin et Zara.
Dans la direction du sud, les Kaïkavtsi ont pénétré dans certaines localités du domaine du Tchakavtsi. Autrefois sur le littoral on parlait tchakavski ainsi que l'attestent les anciens documents. Voici comment s'explique le changement de dialecte : au moment des invasions turques les habitants ont émigré en masse vers le nord et quand ils sont revenus plus tard ils avaient appris à parler kaïkavski. Ceux qui parlent le
kaïkavski le plus pur vivent entre Zagreb (Agram), Varazdin et Krizevac.
Le domaine des Tchakavtsi comprend aujourd'hui la plus grande partie des îles de l'Adriatique, quelques villages dalmates et le littoral croate jusqu'à la rivière Kulpa.
Le dialecte le plus considérable est le chtokavski : dans la région située entre Vidin, Sofia et Kustendil, il se modifie sous l'influence des dialectes bulgares, et au sud-ouest, entre Vrania et Prizren, sous l'influence des dialectes macédoniens. Il y a là tout un groupe de parlers encore mal étudiés se rattachant par certains signes au groupe serbe, par d'autres au groupe bulgare, qui ont été le sujet de nombreuses discussions entre les philologues et entre les politiciens. Cette région transitoire du dialecte que Belic appelle dialecte du Timok et de Prizren, part du Danube à l'embouchure du Timok, remonte vers les districts de Nich et de Vrania, Krouchevats et Prizren ; il se subdivise en sous-dialectes qui portent les noms de ces localités. D'après Belic et Resetar la frontière orientale de ce dialecte part d'Ulcigno, passe par Prizren, Janievo, Prokuple, Stalatch, Zaïtchar et rejoint l'embouchure du Timok dans le Danube.
Des groupes secondaires sont constitués par les Bunjevci, les Sokci dans la Batchka notamment. Nous savons fort peu de chose sur leurs origines et pas grand'chose de plus sur leur caractère politique. Ils sont également revendi-
LES CROATES ET LES SERBES
qués par les Croates et les Serbes. Les Bunievci parlent chtokavski. Une autre colonie est celle qui est établie dans le comitat de Krasso sur le cours supérieur du Karas (environ 7.500 âmes). Les ethnographes antérieurs, Czoernig, Schwicker, Hunfalvy, Dobrovský, Miklosich, Drinov, les prenaient pour des Bulgares. L. Miletich a de'montré récemment que leur langue et leur origine sont également serbes, que leur langue appartient au dialecte chtokavski, mais qu'elle est assez différente de celle des Serbes du Banat. Syrku s'est trompé en voulant voir chez eux une tribu absolument indépendante. Tous sont catholiques. On ne sait quand ils sont venus. Mais ils étaient ici probablement dès le xv^ siècle. La dernière statistique les donne en partie comme Serbes, en partie comme Croates, et les Croates les revendiquent aussi.
Voici encore quelques groupes. Les habitants purement kaïkaves de la joupanie^ de Zagreb dans la région ouest, entre Samobor et Zumberk, s'appellent Prigorci (montagnards), ceux qui vivent auprès des sources de la Kulpa, Brajci ; on rencontre encore aux environs de Zagreb les noms de Berzjaci, Puhovci.
L'Istrie est particulièrement intéressante au point de vue des groupes. Au nord on rencontre d'abord les Fuczkove qui parlent kaïkavski et qui sont ainsi nommés à cause de la manière