‹ La race slaveChapitre 32 sur 43 · I. loug veut dire sud. Tr · texte numérisé non relu

I. loug veut dire sud. Tr

Karpates, s'avance vers le Danube, puis la Drave, la Save et la péninsule balkanique : les diverses tribus s'établissent sur une étendue considérable, sans unité géographique ; elles sont séparées par des montagnes; elles communiquent difficilement entre elles. Elles s'isolent les unes des autres, elles se concentrent en différents groupes politiques, elles s'assimilent les débris des nations autochtones. Au nord-ouest se forme la région croate — au sens le plus large du mot — bornée au x^ siècle par la mer jusqu'à l'emibouchure delà Tsetinia, établie sur la Kulpa et la Drave — on ne sait pas très bien où était la frontière du côté de la Bosnie — et de l'autre le domaine serbe au sens le plus large du mot, comprenant tout ce qui était à l'est de la Croatie jusqu'aux monts Char (Charplanina) et la région de la Morava. A cette région serbe Constantin Porphyrogénète ajoute les tribus maritimes du sud entre la Tsetinia et la Piva, Skadar et Dracz (Scutari et Durazzo). Mais primitivement ces régions n'appartenaient pas aux Serbes. A quelle époque les Serbo-Croates occupèrent-ils ce territoire? Nous ne le savons pas exactement.

Certaines familles, peut-être même des tribus, passèrent le Danube avant le v^ siècle, mais l'immigration totale n'eut pas lieu avant le v' ou le vi^ siècle. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'ils ne vinrent pas au vn^ siècle sous le règne d'Héraclius (vers 630-640), comme le raconte Cons-

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tantin Porphyrogénète d'après la tradition; c'est qu'ils prirent part au mouvement général d'immigration des Slaves, vers la péninsule balkanique au v^ et au yť siècle.

Dès les origines l'histoire de ces Slaves, obéissant aux influences géographiques, suit deux courants différents. Les tribus du nord-ouest établies dans des conditions avantageuses auprès de la mer constituèrent les premières un état considérable (peut-être dès le viť siècle, mais surtout au cours du ix^ et du x^j. Ils lui donnèrent le nom de Croatie, dont on ignore d'ailleurs l'origine et dont il n'existe point d'explication satisfaisante.

Les tribus du sud et de l'est étaient éloignées de la mer; elles habitaient une région montagneuse et pauvre; elles n'arrivèrent à la vie politique que plus tard, vers le x^ ou xť siècle. Elles se groupèrent autour de la tribu des Serbes qui était établie primitivement sur les rivières Tara, Lim et Ibar. C'est dans l'ancienne Rascie qu'on rencontre pour la première fois le mot Srbia. Ce nom se répandit dans la région du sud-ouest détachée de l'unité croate. Désormais deux destinées politiques se développèrent parallèlement, souvent même en lutte l'une contre l'autre ; et le divorce politique s'opéra définitivement lorsque la Croatie en 1102 se trouva rattachée à la couronne de Hongrie. En 1526 elle passa avec cette couronne sous le sceptre des Habsbourg.

De leur côté au xii' siècle les Serbes se prépa-

raient à la période la plus brillante de leur histoire, période inaugurée par le grand joupan Etienne Nemania (1168-1196). L'abîme s'élargit encore lorsque les deux groupes se trouvèrent séparés au point de vue religieux. Les Croates, par suite de leurs rapports politiques avec le pape, avaient reçu de Rome la couronne royale, la liturgie et la hiérarchie catholique. Les Serbes, eux, avaient reçu le christianisme de Byzance et reçurent aussi de Byzance une église autocéphale, du temps de l'archevêque Sava frère du tsar Etienne, le premier couronné. Cette double influence ecclésiastique pénétra profondément toute la vie nationale et se manifesta dans la littérature.

Tandis que les Croates se servaient de l'alphabet latin, les Serbes employaient l'alphabet cyrillique. Les premiers se rattachaient à la culture latine ; les seconds à la culture byzantine.

La puissance serbe fut détruite par les Turcs à la bataille de Kosovo i'isSg; ; mais ils ne se rapprochèrent plus des Croates. Soumis aux Osmanlis, ils conservèrent leur caractère national, ils retrempèrent leur énergie et au début du xix® siècle, après les insurrections du 1804 et de 181 5, ils reconquirent peu à peu leur autonomie politique.

La principauté de Serbie apparut comme un noyau sérieux apte à concentrer tous les éléments serbes du Balkán dans une nouvelle unité nationale.

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Pendant ce temps les Croates épuisaient malheureusement leurs forces dans des luttes perpétuelles contre les Turcs et dans des luttes pour l'autonomie intérieure ou pour la dynastie. Dans ces derniers temps le gouvernement serbe et le gouvernement autrichien ont également trompé les espérances de la nation croate-serbe.

Récemment l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine à l'Autriche a réduit à néant tous les rêves de la Grande Serbie.

Cette situation politique a exercé une profonde influence, non seulement sur la situation intérieure des deux parties primitivement unifiées, mais aussi sur leurs rapports réciproques.

Il s'est bien produit de 1830 à 1840 un mouvement dit illyrien qui visait à les réunir, mais il n'a point eu d'autres résultats que d'unifier la langue littéraire pour laquelle le dialecte dit chtokavski a été adopté ; mais au point de vue politique, chacune des deux parties malgré l'unité primitive du langage, différenciée seulement par des nuances dialectiques, a suivi sa voie propre.

Leur développement a été singulièrement entravé par les circonstances extérieures. Ce furent ďabord les invasions turques et la servitude qui les suivit. Beaucoup de groupes durent émigrer de leurs anciennes résidences pour chercher un asile plus sur. Au début, la colonisation serbe remonta d'abord vers le sud le cours de la Morava. Les premiers centres, les premières

capitales furent Novipazar, Prichtina, Prizren et Skoplie.

Mais l'arrivée des Turcs déplaça complètement le mouvement. A dater du xvť siècle, les Croates se reportent vers le nord, et plus encore les Serbes. Pour échapper à l'oppression turque, des colonies croates s'établissent en Hongrie, dans la région située entre le cours moyen du Raab, le lac de Fcrto-Tava (Neusiedel), Pressbourg et Vienne. Quelques-unes poussèrent même jusqu'en Moravie et dans la Hongrie intérieure.

Ces émigrations ont beaucoup modifié le type primitif des populations serbes. Des régions où était naguère le fo}'er et le cœur de la nation, de Kosovo Polé, de la Vieille-Serbie, des centaines de mille hommes vinrent s'établir dans les régions relativement paisibles de l'Autriche- Hongrie.

Ce mouvement débuta dès la fin du xiv^ siècle, après la bataille de Kosovo (1389) et la prise de Skoplie par les Turcs (1391), alors que les Turcs commençaient à marcher sur la région du Lom, la Bosnie et le pays de Khoum, et ensuite vers le nord. Les Serbes durent alors reculer vers le Danube et reporter leur centre vers Krouchevats et ensuite vers Semendria. En 1459, les Turcs anéantirent définitivement la Serbie, et, en 1463, la Bosnie. Les Serbes se mirent alors à passer en grandes masses de l'autre côté du Danube et de la Save. Vers 1481, 50.000 d'entre eux émi-

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grèrent de la région de Krouchevats, et ces émigrations se répétèrent plusieurs fois du xvi^ au xviii*' siècle, notamment après la défaite des Turcs devant Vienne, en 1683, et après le traité de Karlovci (Karlowitz) en 1699, à la suite duquel les Turcs durent renoncer définitivement à la Hongrie et à la Transylvanie. La colonisation serbe était bien vue par l'Autriche, et la Cour de Vienne n'hésita pas à promettre des libertés et des privilèges, dont bien peu furent plus tard réalisés. Aussi, à diverses reprises, notamrnent en 1750 et 1752, les Serbes quittèrent l'Etat autrichien et allèrent s'établir en Russie, dans la Nouvelle-Serbie, dont nous parlerons plus loin. Dès le début du xv^ siècle, nous trouvons des colonies serbes dans l'île de Czeplo, puis ensuite dans la S3Tmie, la Baczka, le pays de Torontal et de Temesvar. La grande migration dans ces contrées eut lieu en 1690, sous la conduite d'Arsène III Tsernoïevitch, patriarche d'Ipek (Petch), qui emmena, dit-on, 80.000 hommes; une autre eut lieu en 1737 sous la conduite d'Arsène lovanovitch. En Styrie, il y eut, dès le xvi^ siècle, des colonies serbes auprès de Ptuj. Le domaine primitivement slave de l'ancienne Serbie fut tellement dépeuplé qu'il fut occupé par des réfugiés albanais; aujourd'hui encore, nous pouvons constater l'existence de ce coin albanais de plus en plus aigu qui pénètre au cœur même de l'ancienne Serbie, jusqu'à Kosovo Foie et qui pousse sa pointe jusqu'au royaume actuel. La

région de Kosovo Pole s'appelle aujourd'hui Arnaoutluk (le pays des Arnautes ou Albanais) et, d'après les renseignements fournis par Nouchitch, il y a là bien peu de villages sans Albanais, et il y en a beaucoup qui n'ont point de Serbes, bien qu'ils portent des noms serbes. Les trois quarts de la population se composent de Serbes albanisés. Il y a quelques années, les Albanais s'étaient même établis dans la principauté de Serbie, sur les rivières Toplitsa, lablanitsa et Morava; ils sont partis après la guerre de 1878 et la région a été de nouveau occupée par les Serbes. En 1900, on n'a compté en Serbie que 2. 151 Albanais, presque tous dans le cercle de Vrania, où l'on trouve à côté d'eux 205.000 Serbes.

Ce recul de la nationalité serbe vers le nord a été le résultat des guerres turques, et ce n'est que depuis quelques années que la Serbie a senti combien elle avait perdu et combien peu elle avait acquis : car la région de Novipazar et de Kosovo est la clef de voûte de son avenir. La question albanaise est une question vitale pour la Serbie.

D'ailleurs, dans la partie serbe de la péninsule balkanique, il y a eu beaucoup de migrations intérieures entre les diverses régions, migrations qui ont été récemment étudiées par M. Tsviitch. Dans ces mouvements, la Serbie a joué un rôle passif; un rôle actif a été joué par l'Herzégovine, le Monténégro, et une partie de la Macédoine.

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Si les Serbes, au sud-ouest, reculent devant les Albanais, au nord-est ils reculent devant les Roumains. C'est ce que l'on constate, non seulement dans le banat Jiongrois, où un grand nombre de villages roumains portent des noms serbes, mais aussi dans le royaume de Serbie où, dans un repli du Danube, entre Milanovats et Zaïtchar, les Roumains ont pénétré en masses compactes et où les Serbes n'ont pu les absorber. Il paraît même, d'après M. Resetar, qu'ils augmentent, bien que la statistique officielle s'eiïorce de diminuer leur nom bre. Pour 1900, elle en compte 89.873; mais il y a encore 32.556 sujets bilingues parlant le serbe. Pour compenser ces pertes, on peut signaler le succès de la nationalité serbo-croate en Dalmatie, où le littoral qui était naguère roman, se slavise rapidement. Cette slavisation ne s'est pas opérée aussitôt après l'arrivée des Slaves dans la Dalmatie romaine, mais elle a été le résultat d'un long processus qui a en partie slavisé les Romans et les a en partie obligés à émigrer. Ce n'est qu'au xvn^ siècle que les Romans disparurent, et quelques débris de leur ancienne langue sont restés à l'état d'argot dans l'île de Krk (italien, Veglia) jusqu'à la fin du xix^ siècle.

Aux xv^ et xvi^ siècles, Spalato (Split) et Raguse étaient déjà slaves. Au temps des invasions turques, le littoral de l'Adriatique fut tour à tour dépeuplé et colonisé. Des environs de Zara, des colonies slaves passèrent dans l'Italie méridio-

nale, où Ton retrouve encore aujourd'hui leurs descendants. Nous en parlerons tout à l'heure. Sur la frontière occidentale d-e la Serbie, il y a eu pendant longtemps, entre la Moravie, le Timok et Pirot, une zone de transition entre le domaine serbe et le domaine bulgare. La nationalité des habitants de cette région a été longtemps l'objet de controverses. Mais depuis .que les Serbes l'ont occupée et y ont apporté leur civilisation, on ne peut plus la différencier du groupe serbe. D'après M. O. Broch, un phénomène analogue se produit au sud, dans cette partie du territoire serbe qui s'appelle la Vieille- Serbie.

§ 30. Limites du territoire. — Les Serbo- Croates sont aujourd'hui répartis entre un certain nombre d'États. Les Croates appartiennent entièrement à l'Autriche-Hongrie. En effet, ils occupent la partie slave de Tlstrie et du littoral, une partie de la Dalmatie et de la Bosnie, toute la Croatie et la Slavonie, à l'exception de la Syrmie, et sont en outre disséminés dans la Hongrie occidentale. Les Serbes ont leur noyau principal dans la péninsule balkanique. Ils sont établis dans le royaume indépendant, dans la Bosnie-Herzégovine annexée par l'Autriche, et dans une partie de la Dalmatie, dans la principauté indépendante du Monténégro, dans les parties septentrionales des vilaïets turcs de Scutari et de Skoplie, au nord de la Slavonie, et ils

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forment des îles considérables dans la Hongrie du Sud.

A cause de l'immensité de Tespace sur lequel ils sont disséminés, leur frontière est mai délimitée et il est difficile d'en tracer le contour. Il est plus difficile encore de tracer la frontière qui sépare les Serbes des Croates. Voici à peu près comme on peut l'indiquer. Elle part de la petite rivière Dragonia et de la ville croate de Buzet (en italien, Pinguente), où les Croates des deux dialectes kaïkave et tchakave se rencontrent avec les Slovènes et les Italiens; puis la frontière descendant au sud passe en Istrie par Beram (Vermo), Vodrisan (Dignano), et atteint Pola, puis elle suit le littoral de l'Adriatique jusqu'à la Boïana, affluent du lac de Skadar. Certaines villes, Rieka (en italien Fiume) , Zadar (Zara) sont en grande partie habitées par des Italiens. En revanche, Sibenik, Trogir (Trau), Split (Spalato) sont slaves. Il en est de même des îles du Quarnero dont quelques localités sont italiennes.

De la Boïana, la ligne qui sépare les Serbes des Albanais traverse le milieu du lac de Skadar (Scutari) et passe au sud de la frontière du Àlonténégro par Soutorman, Vila, Gousinie, Plava, près d'Ipek, puis au-dessous de Diakovici, Prizren, atteint les monts Chardagh et Karadagh et gagne Vrania sur la Morava ^ Ainsi que nous

I. Les Serbes réclament pour leur nationalité les pays de Tetovo, de Skoplie, de Koumanovo. Ils font passer la frontière de leur langue

Tavons déjà fait remarquer dans la région de Novipazar et de Kosovo, Télément albanais a fait de tels progrès qu'il s'avance maintenant jusqu'à Prepolie, Sienitsa, Novipazar, Mitrovitsa. De Kraïna. la frontière serbe court vers Pirot, Zaïtchar et le Danube. Elle franchit ce fleuve à Dolni-Milanovats et pénètre à Svinitsa dans la plaine hongroise où elle longe d'abord le Danube. Puis, à la hauteur de Stara-Moldava, elle se redresse vers le nord. Ensuite, il n'est pas possible de m.ener une ligne parce que, dans ces régions, les Serbes et les Croates ne résident pas en masses compactes, mais qu'ils forment une série d'îles plus ou moins considérables, dans la partie méridionale du comitat de Krasso- Szoreny, dans tout le comitat de Temesvar et de Torontal, la partie méridionale de la Bacska, l'est du comitat de Barany, le sud du comitat de Szomod, l'ouest de celui de Heves, de Soprony (Pressbourg) et de Mosony.

par le Chardagh et la dirigent vers Tetovo, Skoplie, Kratovo; quelques-uns même vers Kiistendil, Radomir, Iskrets, Berkovèts, Belogradtchik, Koula et Bregovo ipar exemple Belitch sur sa récente carte), M. Resetar fait partir la frontière. méridionale d'Ulcinie et la prolonge le long du Monténégro (Plava et Gousinie sont des localités mixtes), puis des Alpes albanaises jusqu'au confluent des deux Drin. La frontière orientale, si l'on tient compte du pur dialecte serbe, va de Janevo dans la Vieille-Serbie jusqu'au confluent des deux Morava, à Stalatch, puis elle se dirige par Boukovik, Rtan, Toupijnitsa ver Zaïtchar et le Timok qu'elle suit jusqu'au Danube; la région de Vrania-Pirot offre quelques traits de la langue bulgare dans son idiome ; mais on peut, par suite des circonstances politiques, la considérer comme une région serbe.

LES CROA TES ET LES SERBES

Dans la Hongrie méridionale, le pays situé entre Feertemplom, Versac, Venga, Temesvar, Arad. Szeged et Szombor est très peuplé de Serbes.

La frontière du territoire serbe, autant qu'on peut la saisir, part de Stara-Moldova et passe aux villages ou bourgs de Kroupitsa, Soubotitsa, Izbichte, Aulma, Dolová, Dobritsa, Roudna, Srpski Modoch, Srpska-Boka, Srpska-Neouzina, Bokoch, Orlovats, Perlez, Veliki Betchkerek, Melentsi, Tchouroug, Nadal, Touria, Sentomach, Despot, Sentivan (Szent-Ivan) , Paraga, Tovarichovo, Deronie, Vaiska et Sonta sur le Danube. Puis il faut signaler un certain nombre d'îles serbes, avant tout le groupe considérable du comitat de Torontal, à l'est de Zenta, jusqu'à Veliká- Kikinda, et un certain nombre d'îles, par exemple celle de Krasso, dans le comitat du même nom, d'autres dans celui de Temesvar, dans la Batchka, autour de Sombor, et même dans le comitat de Budapest et, au delà du Danube, des îlots dans les environs de Mohacs. Ici commence le domaine croate, représenté par quelques îlots dans les régions magyares et allemandes, entre Pecs et Mohacs. Le groupe compact des Croates commence au sud du comitat de Szomod, à Stara (Sztara), sur la Drave. Il forme d'abord un groupe de communes le long de la rivière, puis un autre groupe dans le comitat de Szalad, où la langue croate se parle au nord de la Mur, et va jusqu'à Kanisza, à la frontière de la Styrie.

Une longue chaîne de villages croates s'étale dans les comitats de Vas, de Soprony et de Mosony, entre la frontière de la Hongrie et le cours moyen du Raab, jusqu'à la Leitha et au Danube. Ces villages sont répartis entre quatre groupes principaux. Les colonies croates ont même franchi la Leitha et le Danube et pénétré jusqu'aux environs de Pozony, jusqu'à la Morava inférieure, sur les bords de laquelle quelquesunes se sont slovaquisées.

En 1900, on a compté dans cette région 1.560 Croates. Ils descendent des colons amenés en 1584 par le général Christophe Teufenbach.

La frontière croate descend ensuite de Kanisza vers le sud, le long de la frontière de Styrie et de Carniole, jusqu'à Fangle nord-est de Tlstrie, et elle rejoint par Podgrad (Castelnuovo) , Soczergy et Rakitovicza la rivière Dragonia, d'où nous sommes partis tout à l'heure.

En dehors de cette région compacte, nous rencontrons encore ailleurs des colonies serbes et croates. On en trouve d'abord beaucoup dans les pavs albanais, notamment dans la Vieille- Serbie qui se r^eserbise de plus en plus, et aussi dans la Macédoine. Sur cette province, nous ne pouvons, à cause du caractère contradictoire de nos informations et de la brièveté de ce livre^ fournir des indications détaillées. Les Serbes vivent dans les régions de Tetovo, de Koumanovo, de Skoplie.

En dehors des groupes serbes ou croates qui

LES CROATES ET LES SERnEs)

peuvent résider dans les principales villes d'Eu* rope, il y a encore des colonies en Italie, en Russie et aussi en Amérique.

En Italie, à la suite des invasions turques, des Croates se sont établis dans le pays d'Udine où ils se sont confondus avec les Slovènes (voy. I 28), et aussi dans les Abruzzes. Là ils existent encore aujourd'hui dans le district de Molise et dans la province de Campobasso où ils ont encore aujourd'hui trois villages : Acqua viva colla Croce (Crue), San Felice Slavo, Montemitro (Mundimitar). Ils sont environ 5.000. La statistique italienne ne compte pas par âmes, mais par familles. Les trois communes que nous venons de nommer sont les restes d'une région slave plus vaste qui s'étendait jusqu'à la province de Chieti. Ces Croates sont les descendants d'émigrés du xvť siècle venus du littoral de la Dalmatie, entre Makarska et la Narenta.

Entre les années 1750 et 1752, un grand nombre de Serbes, mécontents des procédés du gouvernement autrichien, émigrèrent en Russie. Ils s'établirent dans la partie septentrionale du gouvernement de Kherson, djns les districts d'Elisavetgrad et d'Alexandrovo, et la ville d'Elisavetgrad fut leur première forteresse. Fondée en 1756, elle s'appela d'abord le fort Sainte- Elisabeth. La région s'appela la Nouvelle-Serbie. Au nord-est du gouvernement d'Ekaterinoslav, une autre région s'appela la Slaviano-Serbia. Elle était située entre le Don septentrional, le

Bakhmoui et la Lougan. Mais ces Serbes, dont la religion était la même que celle des Russes, se sont complètement russifiés et ne figurent plus sur les statistiques russes. En 1842, Schaffarik les faisait encore figurer sur sa carte ethnographique. M. Florinsky, dans son récent ouvrage, estime leur nombre à 9.000; mais il ajoute qu'ils ont presque entièrement oublié leur langue primitive.

Dans ces derniers temps, beaucoup de Croates d'Autriche-Hongrie ont émigré en Amérique; la statistique américaine les confond avec les Slovènes et donne, par exemple, pour l'année 1905, un total de 35.000.

Le nombre des émigrés serbes est moins considérable. Ils s'établissent particulièrement dans les villes de l'Amérique du Nord. Il y a aussi, depuis une trentaine d'années, des colons dans la Nouvelle-Zélande et aux îles Auckland.

Il est bien difficile de déterminer la frontière entre les Serbes et les Croates. En Hongrie, ainsi que nous l'avons déjà dit, elle commence à Stara, sur la Drave. Mais les statistiques officielles de la Croatie et de la Slavonie ne distinguent pas les Serbes des Croates. Il en est de même en Cisleithanie et nous n'avons pas d'indication. On peut, dans une certaine mesure, mettre à profit la statistique des confessions religieuses et la nouvelle carte du D'" Vasa Ruvarac. Mais cette carte ne donne que la division par arrondissements et d'ailleurs, ainsi que nous

LES CROATES ET LES SERBES

Tavons dit plus haut, la religion elle-même n'est pas un indice absolu.

§ 31. Statistique'. — Il est très difficile, sinon impossible, de donner une statistique des Croates et des Serbes, soit dans leur ensemble, soit pris isolément. Pour les pays turcs, nous n'avons aucun recensement certain et nous sommes réduits à des conjectures individuelles, serbes ou bulgares, qui, suivant les tendances auxquelles les statisticiens obéissent, diffèrent singulièrement*. Pour Tlstrie, le Littoral, la Dalmatie, la Bosnie et l'Herzégovine, nous n'avons pas de distinction établie entre les Serbes et les Croates. Cette distinction ne se trouve que dans les statistiques hongroises. D'autre part, comme on le verra plus loin, nous attribuons aux Bulgares la population de la Macédoine proprement dite, au sud de Sofia. Voici quel était approximativement le nombre des Serbes et des Croates en 1900 :

Autriche 711.382

Croatie et Slavonie. . 2. 10 1.580

Hongrie, environ 700.000

Rieka (Fiume) 13-929

Bosnie - Herzégovine ( d'après le

recensement de 1905), environ. . . 1.650.000

A reporter 5.1/0.891

I. En 1889, le Serbe S. Goptchevitch comptait pour la vieille Serbie et la Macédoine a. 048.000 Serbes et 57.600 Bulgares. En 1900, le Bulgare Kantchov compte 700 Serbes et 1. 180.000 Bulgares I

Report 5. 176.891

Monténégro, environ 350.000

Royaume de Serbie 2.298.551

Vieille-Serbie et Macédoine, en\iron. 300.000 Vilayet de Scutari et Albanie, environ 100.000

Italie 5.000

Russie 3.000

Amérique et autres pays 300.000

Total ; 8.533.443

Nous devons ajouter un détail. En Hongrie, la statistique officielle a compté, en 1900, 2.730.749 Serbo-Croates; mais on a compté à part les catholiques sokci, bunievci et krasovani \ Ils ont été portés avec d'autres nations sous la rubrique : langues diverses. Nous pouvons, avec le calendrier serbe de la ^îatiça de Novi-Sad de 1903, en compter 108.267 et les restituer aux Serbo-Croates. Le professeur Cintula est arrivé à une évaluation analogue (105 à iio.ooo).

En Bosnie et en Herzégovine, un recensement officiel a eu lieu en 1895, au Monténégro à la fin de l'année 1896; en tenant compte de l'accroissement annuel, on pourrait arriver à des résultats approximatifs. Je n'ai pu obtenir de résultats officiels pour le Monténégro. J'ai plusieurs fois écrit, mais mes lettres sont restées sans réponse.

Dans la Vieille-Serbie et la Macédoine, il est

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