‹ La race slaveChapitre 41 sur 43 · I. Planifia veut dire montagne en bulgare. Tr · texte numérisé non relu

I. Planifia veut dire montagne en bulgare. Tr

a. Pole veut dire champ. Tr.

LES BULGARES

Les Bulgares du sud appellent les Bulgares du Nord les Zagortsi (les gens d'outre-montagne), et les Bulgares du nord les appellent les Otvedentsi (les séparés). Mais nous trouvons des Zagortsi venus du nord aux environs d'Aïtos et de Bourgas. Miletitch signale de Test à l'ouest les dénominations suivantes empruntées à des noms de localités : Erketchani (Erketch), Goulitchani (Goulitsa), Tchengentsi(Tchenge), Richani (Rich), Kotlentsi (Kotel), Titchani (Titsa), Bcbrovtsi, Bebroveni (Bebrovo), etc. Les Rouméliotes reçoivent des surnoms empruntés à leur lieu d'origine : Odrintsi (d'Odrin, ou Andrinople), lamboltsi d'Iambol), Starozagortsi (de Stara Zagora), etc.

Dans la Macédoine bulgare on rencontre aussi une infinité de dénominations locales. On appelle Mervatsi les populations établies entre la Strouma et les monts Rhodope dans la région de Sier (Serrés), Demir-hissar, Melnik, Drama, Nevrokop et Bratsigovo. Dans la Macédoine occidentale il y a une région nommée Mala reka, la Petite Rivière, dont les habitants ont reçu le surnom de Miaks. Ils appellent les habitants de Kitchevo, Bitolia, Priliep et Vêles des Brsiaks : (comparez le grec ^epÇ-rlTa!.). Parmi les autres noms macédoniens, Kantchov mentionne encore les Esti sur la rive droite du Drin noir, les Kekovtsi dans la région de Popolie, les Poulivakovtsi dans la partie occidentale de la plaine de Salonique, les Ketskari, les Oulioufs. Citons

encore les Touriaki et les Torlaki dont le nom est aussi appliqué par les Sofiotes aux habitants des régions de Pirot et de Tsaribrod, les Tokountsi, les Niniovtsi, les Maratchi entre rOsem et l'Isker, etc..

Les Bulgares musulmans qui vivent près des sources de l'Ardar sont appelés Achrians ; ce nom vient de l'ancienne forme Agariane, les enfants d'Agar^; entre le Dospat et la Mesta on trouve lesTsechtentsi, et sous le Chardaghles Torbechi.

Nous avons parlé plus haut (§ 33) des noms des anciens Bulgares. On leur applique aussi une dénomination énigmatique. On les appelle les Khrtsoï, et ce mot veut généralement dire un homme grossier, un villageois. Ils s'étendent entre la Mer Noire et l'Isker et aussi dans la région de Viddin et au sud jusqu'à la Strandja Planina. Ils parlent le dialecte du nord-est et se distinguent par un costume spécial. De même le costume des femmes se distingue par la couleur sombre de la robe de laine appelée soukman.

Les immigrés balkaniques qui viennent dans les régions de Schoumen, de Razgrad et de Roustchouk sont surnommés par les indigènes les noirs à cause de leurs culottes noires.

Dans la Bulgarie occidentale on distingue les vêtus de blanc et les vêtus de noir. D'autres sobriquets sont dus à la coupe des culottes.

I, Voir sur ce nom Tindex de ma Chronique dite de Nestor. Tr . ^ 208 ^

LES BULGARES

Nous devons une mention spéciale aux Schopi. Ils habitent oarticulièrement la région montagneuse de Kustendil, Kratovo, Radomir, Breznik et Sofia. D'après Broch ils commencent immédiatement à la frontière serbe, à Kriva Feïa, à l'est de Vrania, et se distingent des autres Bulgares par le costume (culottes blanches) et la physionomie. Quelques observateurs voient en euxune ancienne tribu thrace slavisée, les Sapaioi. C'est ainsi qu'on a cru retrouver dans le nom des Rouptsi l'ancien nom grec Méropé qui aurait perdu sa première S3dlabe atone.

D'ailleurs, les Bulgares de Test appellent Schopi mêm.e les habitants de Vratsa et de Tm, bien qu'ils ne se servent pas eux-mêmes de ce nom. Si l'on en croit Miletitch, c'est au village de Metchka, sur la route de Nicopoli à Pleven, que s'arrêtent les Khrtsoï et que commencent les Schopi. Autrefois les Schopi ne dépassaient pas l'Isker.

Notons encore que dans diverses parties de la Bulgarie il existe des communes dites Arnautes, autrement dit Albanaises (Arnaoutlar), par exemple dans les arrondissements de Varna, de Provadia, de Razgrad, de Kermanlar. Les habitants de ces villages sont en partie d'origine non slave-albanaise ou grecque. Mais ce sont en partie de purs Bulgares. On les appelle des Arnautes parce qu'ils étaient venus de la Macédoine, notamment des régions de Kostour et de Voden. Tels sont les prétendus Arnautes de Silistrie,

de Razgrad, de Bratsigovo. En revanche, on doit considérer comme sans fondement la thèse souvent répétée qui prête une origine slave aux Tsakoniens et aux Maïnotes de la Grèce méridionale.

Dans la partie nord-est de la Bulgarie vivent les Gagaouz. Ce sont des chrétiens qui parlent turc. Un certain nombre de ces Gagaouz parlent bulgare et se déclarent Bulgares. Certains les considèrent comme des descendants de Bulgares turcisés.

Les Gagaouz du littoral sont établis à Varna et dans quelques communes à Kestritch, Kara- Hussein, Djevizliji, Djaperliji, Ala-Klise,Giaour- Souïoutchouk, Eni Kiôï, Kavárna, Siela. Les Gagaouz bulgares sont établis dans quelques communes des environs de Varna et de Provadia et surtout au village de Beïdaout dans la Dobroudja. On n'est pas d'accord sur l'origine des Gasaouz. Jireczek les considérait comme les descendants des Kum.ans, Mochkov, des Karakalpaks des chroniqueurs russes, Zanetov des anciens Bulgares du Volga.

Beaucoup de Gagaouz bulgares se trouvent également dans la Bessarabie, dans le district de Bender, où ils sont concentrés aux environs de Komrat. Mochkov évalue leur nombre à 70.000 ; mais dans la statistique officielle on les considère comme Bulgares. D'après Zanetov les Slaves bulgares de Bessarabie seraient appelés des Toukani.

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Au point de vue anthropologique, le spécialiste le plus documenté, M. Vatev, distingue un certain nombre de groupes dans la nation bulgare. Mais jusqu'ici ces groupes ne concordent pas avec les groupes linguistiques. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'est diffère de l'ouest, notamment de la région de Sofia et de la Macédoine, et que le sud offre des traits caractéristiques.

En se fondant sur les mensurations de 320.000 enfants des écoles, de 36.000 soldats et de 1.330 crânes, il est arrivé aux conclusions suivantes sur le type bulgare :

Ce type est de taille moyenne : T'^,665 pour les hommes, i°',567 pour les femmes; le brun domine (50 p. 100 contre 5 p. 100 blond clair ; le reste mixte). Mais il faut noter que le teint foncé domine vers l'est, tandis qu'à l'ouest et dans la Macédoine, qui fut naguère le centre des Slaves balkaniques, le type brun est déjà rare. Le Bulgare a le nez régulier, les orbites élevées et la tête haute. En ce qui concerne la largeur, il y a 77 p. 100, de mésocéphales (indice 75-80) L'indice moyen chez les soldats est de 79,65 (en Macédoine 79,45) et sur les crânes 77,97.

Les types dolichocéphales se rencontrent surtout au sud, les brachycéphales à l'ouest ; au sud de la Macédoine l'indice moyen dépasse 85.

I 39. Les Slaves de Macédoine. — Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, les Slaves de la Macédoine et de la Vieille-Serbie sont dis-

pûtes à la fois par les Serbes et par les Bulgares.

Notons d'abord que l'on ne sait pas très bien où commence et où finit la Macédoine et la Vieille-Serbie. Ainsi les Bulgares rattachent à la Macédoine les régions de Skople, de Tetovo, de Koumanovo : au contraire, les Serbes rattachent Skople et Tetovo à la Vieille-Serbie ; certains revendiquent même Přilep , Bitolia , Ochrida, Vêles; toutes ces revendications, bien entendu, dans un but politique.

La Macédoine et la Vieille-Serbie représentent le pays borné — gî^osso modo — à l'ouest par le lac d'Ochrida, le Drin, le Chardagh, au nord par les frontières de la Serbie, par les monts Osog et Rilo, à l'est, par la rivière Mesta (Karasou des Turcs). Serbes et Bulgares revendiquent également ces deux provinces. Dans ce conflit les savants des deux parties n'ont pas toujours pu s'empêcher de faire preuve d'une certaine partialité : des savants étrangers, slaves et non-slaves, des Russes particulièrement, ont pris une part plus objective à cette polémique et il s'est produit une troisième théorie d'après laquelle les Slaves de Macédoine ne sont pas des Serbes ni des Bulgares, mais un peuple particulier. Tel était par exemple le point de vue de P. Draganov, en 1887, et c'est en s'inspirant de cette idée que la Société de bienfaisance slave de Pétersbourg a publié la carte ethnographique des Balkans élaborée par Komarov et Zarianko, et c'est la théo-

LES BULGARES

rie que défend un éminent ethnographe serbe, Tsviitch \

Les historiens se sont occupés des rapports de la Macédoine avec les Etats serbe et bulgare ; les ethnographes ont comparé le folklore des Slaves de Macédoine avec celui des Serbes et des Bulgares; enfin les philologues se sont donné beaucoup de mal pour étudier les traits caractéristiques des dialectes macédoniens et voir auquel des deux idiomes voisins ils se rattachaient. Ce conflit a provoqué toute une littérature scientifique ; mais il n'est pas fini et il ne le sera pas de longtemps, parce qu'il ne s'agit pas de questions scientifiques, mais avant tout de politique.

Et au point de vue politique on trouvera toujours des raisons pour que la solution reste suspendue. Les Serbes ont besoin delà mer et l'Autriche leur a interdit l'accès de l'Adriatique en s'emparant de la Bosnie-Herzégovine ; ils tournent désormais des regards de convoitise vers l'Archipel, particulièrement vers Tembouchure du Vardar, vers Salonique, et pour cette raison ils s'eftorcent de démontrer par tous les moyens possibles que la Macédoine appartient à leur nation.

D'autre part, les Bulgares ne veulent pas renoncer à ce qui est aujourd'hui un fait, à ce qu'attestent les siècles passés, à l'étroite dépendance

I. Voir sur cette question notre étude sur l'Expansion des langues slaves [Le Monde slave, i" vol., Paris, Hachette, 1897, p. 309). Tr.

LA HÁCE SLAVE

de la Macédoine et de la Bulgarie. A côté de ces deux principaux prétendants d'autres Etats, la Grèce et la Roumanie, font valoir des prétentions fort exagérées; sans compter la Turquie aujourd'hui légitime propriétaire du pays contesté, sans parler des grandes puissances, notamment la Russie, l'Italie et l'Autriche, qui ont l'œil sur la Macédoine.

De tout ce tourbillon d'efforts littéraires, politiques et scientifiques, un observateur désintéressé ne peut dégager aujourd'hui que ces conclusions évidentes:

i** Les Slaves de Macédoine et de la Vieille- Serbie représentent un peuple dont la conscience nationale n'est pas encore complètement et également développée, si nous les comparons aux deux peuples voisins. Cependant il est hors de doute que la partie la plus considérable de ce peuple se sent et se proclame Bulgare, qu'elle se rattache à l'église bulgare autocéphale dont le chef est l'exarque résident à Ortakiôï^ D'autre part, il est certain que le nom des Bulgares est dans ces régions un nom historique et qu'il n'y a pas pénétré par la propagande religieuse des dernières années. Bien que ces régions aient été naguère annexées à l'Etat serbe, le nom de Serbe n'a pas pris dans le peuple. C'est pour cela que dans ces derniers temps, la propagande bulgare, propa-

I. D'après Brankov, il y a en Macédoine 77 p. 100 d'exarchistes et 23 p. 100 de patriarchistes. D'après Hilmi pacha la proportion serait tout autre. Voy, plus haut, § 37.

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gande ecclésiastiçiue et politique a trouvé un écho profond dans le pays : la propagande serbe n'a de chance d'avenir que dans la région du nord qui est en contact, en relation d'intérêts immédiats avec le royaume serbe ; cette région, c'est la Vieille-Serbie.

2° Au point de vue philologique la langue des Slaves de Macédoine présente, il est vrai, un ensemble de dialectes locaux assez distincts les uns des autres. Ils constituent comme un idiome intermédiaire entre le serbe chtokavski et la langue bulgareproprementdite^.Maisdans son ensemble et par certains détails elle se rapproche beaucoup plus du bulgare que du serbe. Ces traits particuliers sont l'emploi de l'article postpositif (employé après le substantif), la perte de la déclinaison et la conservation des nasales. Seul le dialecte de la région du nord se rattache plus intimement au groupe dialectique de Vrania, Nich, Timok, que le professeur Belitch rattache au domaine de la langue serbe, mais certains philologues ne sont point d'accord avec lui. Pour ces raisons j'ai, ainsi qu'on l'a vu plus haut, et sur la carte qui accompagne ce livre, adjugé les Slaves de Macédoine aux Bulgares, tout en reconnaissant qu'il y a dans la Vieille-Serbie une majorité de familles qui se réclament de la nation serbe.

3° Il est d'ailleurs certain que cette question de savoir si la Macédoine est serbe ou bulgare ne peut pas être décidée par des indices secondaires

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