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» T° Donc, la réputation choquante de l'anesthésie rachidienne est injuslifiée ».
Si donc, maintenant, nous résumons les remarques qui découlent de l'examen de nos observations personnelles, nous voyons que sur les 25 observations que nous présentons, dont 19 rachianesthésies et 6 anesthésies générales, parmi ces dernières 2 à l'éther et 4 au chloroforme, nous avons presque toujours observé des varialions de la pression sanguine. Les écarts de tension, quel qu'ait été l'anesthésique employé, ne furent jamais bien considérables, ils furent souvent insignifiants. De nos 19 anesthésies rachidiennes, 2 durent êlre continuées par l’éther et 3 par le chloroforme, soit parce que l’action de la stovaïne cessait de se faire sentir, soit que dès le début le malade se soit plaint. Un de nos malades était un vieil habitué de la rachianesthésie, un autre avait déjà subi plusieurs interventions sous chloroforme. 10 de nos rachi-anesthésiés ne présentèrent aucune chule de pression, 3 eurent une légère augmentation aussitôt après l'injection de stovaïne, enfin 6 eurent une chute de tension qui ne dépassa jamais 4 centimèlres de mercure. Si, comme le font Desplas et Millet, nous supprimons les hypertendus que la ponction rachidienne a ramenés à la normale, restent 3 baisses de pression pour 19 cas, ce qui fait 15,7 p. 100, chiffre sensiblement double de celui fourni par les auteurs précédents; mais, d'une part, notre expérience est moins longue que la leur, et, d'autre part, nous ignorons s'ils ont compris comme baisse de pression des différences aussi petites que celles que nous admettons dans nos comptes. Enfin, quelle est la pression qui doit diminuer dans le shock? Est-ce la maxima, est-ce la minima? La pression maxima étant la résultante de l’impulsion cardiaque, et la minima représentant l’état vaso-moteur, nous remarquons que, le plus souvent, les deux pressions varient parallèlement; qu'à une baisse de la minima correspond une baisse équivalente de la maxima. Sans vouloir faire de généralisation hâtive, il est cependant permis de dire que, s’il en était toujours ainsi, l'impulsion cardiaque restant constante, les varialions de pression se produisant pendant la rachi-anesthésie,
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se bornent à des différences de vaso-motricité; est-ce là du shock? Non évidemment, puisque, à chaque pulsation, le cœur lance avec la même énergie une même quantité de sang dans le torrent circulatoire (étant donné que la fréquence du pouls n'augmente pas). La tension minima diminuant, la circulation est accélérée tant que cette minima ne tombe pas à 0, cas auquel la circulation capillaire ne se produirait plus, le sang ne reviendrait alors plus au cœur, la maxima tomberait donc à son tour. Pour qu'il y ait shock, il faudrait, outre un certain nombre de phénomèmes cliniques dont l'ensemble forme le syndrome shock; une baisse de la pression minima et aussi une diminution de l'intervalle qui sépare la minima de la maxima, le tout accompagné d’une accélération dü pouls. Alors, le cœur ayant moins de temps pour se remplir, lançant peu de sang avec moins de force, l'élasticité artérielle n’étant plus là pour soutenir le cœur à cause de la minima défaillante, la circulation générale est ralentie et ne suffit plus à entretenir la vie, d’où shock.
Quoi qu'il en soit, peut-on appeler shock les légères variations de pression que nous avons observées et qui ne sont guère supérieures, en tout cas, aux dénivellations que peut enregistrer le manomètre pendant la digestion ou à la suite de n’importe lequel des phénomènes dont la succession compose la vie de chaque jour.
Les auteurs qui ont accusé l’anesthésie rachidienne de shocker se sont-ils donc trompés”? On ne pourrait affirmer semblable chose qu'après une expérience longue, patiente et surtout très difficile. Comment, en effet, éliminer, lors d’une intervention chirurgicale, la part de shock qui revient à l’anesthésique et celle qui revient à l'affection elle-même ou au traumatisme opératoire ?11 faudrait, pour cela, faire un grand nombre de rachi-anesthésies chez des sujets normaux et sains, sans opération, ce qui est impossible; mais, dans la pratique chirurgicale courante, il est des cas qui se rapprochent de cet idéal et nous avons eu la chance de pouvoir en réunir quelques-uns. Nous voulons parler des réductions de fractures fermées
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remontant à plusieurs jours déjà et leur appareillage sans manœuvres de force. Chez ces malades, le shock traumatique a disparu, le shock chirurgical est minimum; dans de tels cas, la tension artérielle, dans ses deux éléments, est restée remarquablement fixe; ajoutons, d'ailleurs, que dans un chloroforme pour dilatation de l’urètre il n’y a pas eu de varialion de pression. Que déduire de cet ensemble de faits et d’aperçus théoriques ? Que la rachi-anesthésie nous a paru moins choquante que les anesthésiques par inhalations ; en effet, si, avec ces derniers, nous n'avons pas eu en général de baisse de pression plus considérable qu'avec la rachi-anesthésie, il nous a cependant semblé que, durant l'administration de l'éther et du chloroforme, la tension offrait une sorte d’instabilité que nous n'avons pas noté avec l’anesthésie rachidienne.
Enfin, en terminant, notons que nos observations ont été prises dans un hôpital du territoire, que nos opérés présentaient pour la plupart des affections de tout temps. Les résultats donnés par la prise de la pression artérielle sur des blessés traités dans les ambulances de favant peuvent être lout différenis. En effet, si comme le prétend M. Quénu, le shock traumatique peut être très tardif, qu'un blessé arrive à la formation chirurgicale en puissance de shock, mais sans en présenter encore les symptômes, si on intervient alors sur lui sous-rachianesthésie, le shock peut faire son apparition pendant l'opération ou aussitôt après. On sera donc tout naturellement conduit à en accuser à tort la rachi-anesthésie; cette erreur n’a-t-elle pas été commise ?