PRÉFACE
Ayant quitté l'école de Bordeaux, appelé par la guerre, au moment précis où nous allions commencer notre travail de thèse, il nous a été absolument impossible, dans les postes nombreux, variés et lointains que nous avons occupés, de songer à traiter un sujet; notre instabilité élait trop grande et notre bibliographie inexistante. Nous avons donc saisi l'occasion de notre présence à la division des patrouilles de Ia Loire, à Lorient, à proximilé d'un centre hospitalier où le service de chirurgie de M. le médecin de 1° classe Dorso nous fut ouvert largement. C’est lui qui nous suggéra notre sujet. En effet, les journaux et les congrès de chirurgie, depuis quelque temps, dans tous leurs numéros et à loutes leurs séances, parlent de shock opératoire et de rachi anesthésie; M. Dorso appela notre altention sur ce fait auquel sa grande pralique de l’anesthésie rachidienne permit de donner l'illustration nécessaire. Qu'il trouve ici l'expression de notre reconnaissance; nous n'oublions pas non plus M. le médecin de 1° classe Boutin qui voulut bien nous admettre à pratiquer avec lui quelques interventions sous rachi-anesthésie. Évidemment, ce travail ne présente pas l'extension que pourrait faire prévoir le choix du sujet, celui-ci est immense et demanderait une vie entière d'expériences et d'observations; nous nous excusons de son peu d’ampleur et de son insuffisance de développement, nous ne présentons aussi qu'un pelit nombre
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d'observations et nous sommes loin d’avoir pu réunir tout ce qui a élé dit sur la question. Notre excuse est le peu de temps dont nous avons disposé, malgré la grande liberté dont nous avons joui, car nous dûmes constamment, avant tout, assurer notre service.
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Étude de la pression sanguine durant la rachi-anesthésie
Sans vouloir en faire l'historique complet, ce qui sortirait du cadre de notre sujet, nous avons pensé qu’on ne pouvait traiter de la rachi-anesthésie sans rappeler brièvement ses origines : dérivant de la ponction lombaire imaginée par Quincke en 1891, elle fut pratiquée par Bier, précédé peut-être en cela par Corning en 1898. Introduite en France par Tuffier, en 1899, vulgarisée par Chaput, puis par Forgues, elle a été appliquée un nombre de fois toujours plus grand depuis. Reclus, qui, en 1903, achevait de mettre au point sa technique de « l’anesthésie localisée par la cocaïne », en parle comme d’une « méthode incertaine et dangereuse, mais dont les résultats sont si merveilleux qu'on ne peut se résoudre à la proscrire; la rachianesthésie abandonnée maintenant peut reparaitre un jour, innocente et triomphante, à l'horizon et, comme le dit Vuillet, celui qui aura fait cetle découverte méritera de partager avec Bier l'honneur de donner son nom à la méthode ». Depuis ce moment, bien que la rachi-anesthésie n'ait jamais cessé d’être employée par ses fervents et bien que plusieurs d’entre eux,
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dont Jonnesco, l’aient continuellement perfectionnée, elle faisait peu d’adeptes et il a fallu que la guerre actuelle la rendit en quelque sorte, pour certains, un procédé de nécessité pour qu’elle revint à l’ordre du jour et que les polémiques à son sujet s'élevassent de nouveau.
Actuellement, différentes techniques sont en présence, toutes bien arrêtées : elles s’écartent les unes des autres, soit par l'anesthésique employé, soit par l’espace intervertébral choisi comme lieu de la ponction. Trois anesthésiques se partagent diversement la faveur des chirurgiens : la cocaïne, la plus anciennement employée, a été presque complètement abandonnée, sauf dans le procédé « Le Filliatre », sur lequel nous aurons à revenir, à cause de sa toxicité trop grande à laquelle on a imputé tous les accidents survenus à la période de {âtonnements de la méthode. Le Filliatre injecte la cocaïne aux doses de 0 gr. 04 pour le ventre, 0 gr. 05 pour la poitrine, 0 gr. 06 pour l’anesthésie de la tête et du cou; la stovaïne, dont on injecte une solution renfermant en moyenne 0 gr. 05, beaucoup moins loxique et à peu près aussi fidèle, est à la base de la méthode de Jonnesco dont nous reparlerons; enfin la novocaïne, d'abord accueillie froidement au Congrès de chirurgie de 1911, mais très prônée ces derniers (emps, serait, au dire de ses promoteurs, l'anesthésique de tout repos, le plus parfait, le moins toxique, avec lequel aucun accident ne serait plus à craindre; on lui reproche cependant sa trop grande infidélité. On l'emploie à des doses sensiblement doubles de celles de la cocaïne, 0 gr. 05 à 0 gr. 15 selon la durée de l'opération, ou incluse dans une des formules de Fargue et Riche qui la mélangent à la suprarénine, ou de Chaput. Suivant le lieu de la ponction, deux manières de faire se trouvent en présence : celle du médecin-major de 1" classe Le Filliatre, qui emploie sa méthode depuis quinze ans et qui a pour lui une statistique de 3.000 cas. Après avoir préparé soigneusement son malade, qu'il laisse à jeun et auquel il pratique deux injections, l'une de scofolamine 0 gr. 001, morphine 0 gr. 01, l’autre de strychnine 0 gr. 001 une demi-heure avant l'intervention, puis au moment