CHAPITRE PREMIER
HisToRiQUE
En décembre 1895 le professeur Rœntgen de l'Université de Würtzbourg faisait connaître l’existence de radiations nouvelles. Ces radiations, invisibles pour notre œil, étaient capales d’impressionner la plaque photographique, et d’illuminer certaines substances, en particulier le platino-cyanure de baryum. Elles avaient de plus la curieuse propriété de traverser la plupart des corps considérés comme opaques. Cette communication eut un retentissement énorme.
Les savants de tous les pays s’emparèrent de la découverte ; les expériences qui avaient servi à lui donner naissance furent répétées dans le monde entier.
Mais à cette époque on soupçonnait bien peu l'arme puissante, parfois même terrible dont Roœntgen venait de doter la thérapeutique moderne.
Les premiers expérimentateurs qui manièrent les rayons de Rœntgen ne tardèrent pas à remarquer sur eux ou sur les sujets soumis à leurs expériences, certaines modifications cutanées.
Cette réaction des téguments présentait divers
degrés, depuis la chute des cheveux, sans aucun signe d’inflammation, jusqu’à la mortification en masse de la peau et des tissus sous-cutanés, en passant par la simple rubéfaction,la vésication avec érosion superficielle et l’ulcération plus ou moins profonde du derme.
C'est l'observation de ces accidents qui suggéra à deux médecins de Vienne, le professeur Schiff et le D:Freund, l’idée de traiter l’hypertrichose en utilisant l’action dépilante des rayons de Rœntgen. Cette même action fut mise à profit dans le traitement des teignes. |
Ainsi, dès 1896 naît très modestement la radiothérapie. Mais les rayons de Rœntgen demeurent pendant
plusieurs années un agent thérapeutique des plus
discutés, car si l’on publiait des cas de guérison , 8
remarquables, on conslatait d’autre part sans en pénétrer les causes des radiodermites graves. C’est
quon ne sait encore rien de la nature diverse des
rayons que peut émettre un tube à différents états de vide, on ne possède aucun appareil de mesure. L'empirisme devait régner ep maître en radiothérapie jusqu’en 1900.
En, effet à cette date on discute encoresur la quesfion de savoir quel est l’agent véritable des lésions provoquées par les ampoules; s’il faut incriminer les décharges électriques qui accompagnent nécessairement la production des rayons de Rœntgen ou ces
rayons eux-mêmes. Les recherches expérimentales
M te
entreprises sur les animaux par des médecins de divers pays, en Allemagne par le D' Stræter, en Autriche par le D' Kienbœck, en France par le D'Oudin tranchent définitivement cette question et
mettent hors de doute l’action exclusive des rayons
de Rœntgen. On démontre que les rayons de Rœntgen agissent là où ils sont absorbés et dans la mesure de leur absorption.
Mais c’est à Robert Kienbœck que revient l’honneur d'avoir engagé ia radiothérapie dans une voie véritablement scientifique. Il étudie lefonctionnement d’un tube de Crookes. Il décrit ampoule molle, l'ampoule demi-moile, l’ampoule dure. Il établit une méthode rationnelle basée sur les résultats de ses essais.
Bientôt on invente des instruments de mesure qui élèvent la radiothérapie au rang d’une science précise. L'emploi du spintermètre de Béclère et du radiochromomètre de Benoist permirent d’apprécier la qualité des rayons employés. Ce n’est qu’un peu plus tard en 1902 qui Guido Holtznecht de Vienne devait décrire son chromoradiomètre qui permit d'évaluer la quantité de rayons émis par un tube de Crookes. La connaissance de ces deux facteurs : quantité et qualité du rayonnement, devait permettre de mener à bien toutes les opérations radiothérapiques.
La radiothérapie prend dèslors une extension considérable. De tous côtés, on publia des résultats. Les
radiodermites devinrent très rares, les cures plus nombreuses.
Mais il semble qu'à cette époque la radiothérapie dut limiter ses prétentions au traitement des affections cutanées.
La sensibilité de la peau aux rayons de Rœntgen paraissait trop marquée pour qu’on pût songer à agir profondément, sans déterminer de graves désordres des téguments.
Cette action élective sur la peau fut mise en évidence par la célèbre expérience que Kienbæck fit sur un Oiseau,
Une tourterelle avait été immobilisée dans une boîte en cartonet la région dorsale fut exposée à une
ampoule pendant un certain temps. On constata que
les plumes tombèrent non seulement sur le dos mais encore sur le ventre, région sous-jacente à celle qui
avait êté irradiée.
Il n’y eut d’ailleurs pas d’ulcération sur le dos de l’animal, et c’est tout au plus, dit Kienbœck, si l’état intestinal fut un peu modifié.
Scholtz se livra lui aussi à une série d'expériences sur l'oreille du porc et arriva aux mêmes conclusions : «L’oreille d’un porc fut rabattue sur son cou et fixée en cetendroit. Pendant plusieurs jours on fit arri-
ver sur celle partie ainsi préparée une irradiation