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TRAITEMENT DES RADIODERMITES ET MOYENS DE PROTECTION

Les radiodermites bénignes, caractérisées par un érythème léger, disparaissent d’elles-mêmes au bout de quelques jours. Si l’irritation est vive, on peut employer les compresses boriquées, les pommades calmantes à l’oxyde de zinc, ou l’eau de Goulard, ainsi que l’ont recommandé Kümmel, Schiff et Albers- Schônberg. Contre les pigmentations, on a essayé l’électrolyse et la haute fréquence sans résultat encourageant. Torocket Schein préconisent la pommade au naphtol.

Il n’y a d’autre traitement de la radiodermite chronique que la suppression de la cause. 11 faut cesser d’approcher les mains de l’ampoule en activité. Aucun topique, aucun pansement ne peuvent donner d'amélioration, si on ne cesse d’être exposé aux rayons X. Au lieu de se résoudre à cette abstention, on peut chercher à se protéger par un artifice.

Nous ne citerons que pour mémoire les précautions prises par certains médecins qui, pour faire de la radiographie, revêtaient de véritables armures de plomb, avec casque et gantelets, comme les chevaliers du moyen âge partant à la conquête de la terre sainte !

Ce qu’il faut surtout protéger, ce sont les mains. M. Oudin avait fait faire des gants recouverts d’une lame de plomb. C’était incommode ; il préfère aujourd’hui des gants d’escrime, dont le

crin a été remplacé par du fil de laiton très fin. Il obtient ainsi une protection suffisante.

M. Béclère employait des gants portant seulement sur la face dorsale une partie en cuivre qui recouvrait chaque doigt, laissant à découvert toute la pulpe.

Mais tous les gants sont gênants, lourds, longs à mettre et M. Béclère s’est servi d’un petit bouclier métallique qui recouvrait tout le dos de la main et laissait les doigts libres. Parfait pour la radioscopie, ce protecteur ne peut servir utilement le radiothérapeute.

Depuis quelque temps cet éminent praticien emploie simplement des gants ordinaires portant, cousus sur la partie dorsale des doigts, des petits sacs remplis de bismuth ; ceux-ci épousent exactement la forme des doigts et ne gênent en rien les mouvements.

La plus simple façon de se protéger, est de se tenir habituellement derrière l'anticathode ; on évite ainsi les rayons et par suite leur action.

Nous avons fait construire une boite en bois, recouverte de plomb, à l’intérieur de laquelle se trouve l’ampoule. Un orifice permet l’utilisation des radiations actives. GaifTe a construit sur nos indications un appareil spécial que nous avons décrit précédemment. De cette façon, l'opérateur est protégé complètement et n’a pas à redouter la radiodermite. De ce fait, les lunettes et autres protecteurs encombrants et disgracieux n’ont plus de raison d’être.

Tous les traitements ont été essayés contre les radiodermites graves, et on peut dire qu’ils sont presque tous restés impuissants. L’iodoforme, l’acide picrique, qui sembleraient indiqués, n’ont aucun avantage. Les antiseptiques n’améliorent nullement les ulcérations graves, au contraire. 11 est vrai qu’elles ont peu de tendance à devenir le siège d’infections secondaires. « Leur surface, dit Oudin, ne s'enflamme pas, suppure à peine,

TRAITEMENT DES R ADI O DE R MITES loq

n’a aucune odeur, et même, chose très étonnante, ces ulcérations ne s’accompagnent pas de lymphangite, ni d’adénopathie. On peut voir des lésions très étendues siégeant à côté de l’aine, par exemple, ne provoquer l'apparition d’aucun ganglion douloureux, même si les malades sont restés sans pansement, ou avec des pansements incomplètement antiseptiques. »

Cependant, les pansements occlusifs deviennent nécessaires lorsque l’épiderme ayant disparu, les plans sous-jacents sont à nu. Le contact de l’air avec les surfaces ulcérées augmente l’acuité de la douleur ; aussi faut-il recouvrir le tout d’épaisses couches d’ouate et de taffetas. Si les douleurs sont intolérables, la cocaïne pourra être utilisée en applications locales.

Dans un cas d’ulcération légère, nous avons obtenu une cicatrisation rapide, en recouvrant la partie malade d’une épaisse couche de pommade à l’oxyde de zinc, recouverte elle-même d’un pansement occlusif stérile.

Dans le même ordre d’idées, on peut employer le liniment oléocalcaire, qui est excellent dans le cas où les sensations de brûlure sont intenses, ou cette pommade indiquée par Walker :

Craie préparée Huile d’olive .

Axonge . . .

Une autre formule a été donnée par Engmann :

Acide borique 45 grammes

Huile d'olive 30 —

Lanoline 90 —

liau de roses 45 —

M ais, en général, le simple liniment oléo-calcaire est le médicament le mieux supporté et celui qui atténue le plus les douleurs. On l’applique directement et on recouvre la surface de lint imbibé de ce produit.

15 grammes

l6o PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES DES RAYONS DE RÔNTGEN

Le docteur Bar a eu l’idée ingénieuse de traiter une vaste ulcération radiographique par la lumière rouge. Par ce procédé, la réparation de la lésion a été plus rapide que l’on ne devait l'espérer. L’ulcération siégeait sur l'abdomen. On fît une caisse en bois emboîtant latéralement le ventre de la malade, et le couvercle de la boite fut constitué par une plaque de verre rouge. Une distance de 5 centimètres environ séparait la région ulcérée de la plaque de verre. La patiente ainsi habillée était exposée au grand jour pendant une partie de la journée.

« Théoriquement, ajoute Oudin, si on songe que le rouge et l’infra-rouge sont pour ainsi dire antagonistes du violet et de l’ultra-violet, cet essai était très séduisant. L’ultra-violet voile la plaque photographique, l'infra-rouge la dévoile : l’ultra-violet excite la fluorescence et la phosphorescence qu’éteint le rouge. D'autre part, nous savons que les lésions superficielles dues aux rayons X sont semblables à celles que produisent les rayons chimiques du spectre. 11 était donc légitime de rechercher si cet antagonisme chimique était aussi physiologique. C’est ce que l'observation de Bar semblerait prouver. »

Xous avons eu l’occasion d’essayer cette thérapeutique chez une malade atteinte d’une radiodermite bénigne. Une exposition intempestive (dans un cas de mycosis fongoïde), sur la région frontale, fut suivie d’une ulcération de la grandeur d'une pièce de 5 francs. L’épiderme seul tomba. La partie lésée fut exposée régulièrement devant un foyer lumineux rouge, et la cicatrisation fut assez rapide.

Par contre, une autre malade, présentant une ulcération rebelle du coude (ulcération de cause banale), loin d’être améliorée par les rayons rouges, vit son mal empirer et dut cesser le traitement.

Kaiser préfère la lumière bleue. Il communiqua au Congrès des Naturalistes de Hambourg, en 1901, d’excellents résultats obtenus sur des radiodermites, par ce procédé.

TRAITEMENT DES RADIODERMITES

Strebell n’en a pas été satisfait. Cependant Montgomery et Orsmby croient que la lumière bleue stimule directement les cellules animales !

En réalité, la plupart des observations publiées ne prouvent rien et ne peuvent permettre d’affirmer l’effet utile de telle ou telle source lumineuse. En particulier, l’expérience de Bar ne serait démonstrative que si la moitié de l’ulcération avait été recouverte d’un verre rouge, l’autre moitié d’un verre blanc. Si la guérison s’était faite plus rapidement d’un côté que de l’autre, il aurait été légitime de conclure à l’action des rayons rouges, par exemple. Aussi peut-on, dans le cas publié, invoquer tout simplement l’action de la lumière elle-même, sans faire intervenir la couleur des rayons lumineux.

Freund croit que le froid a sur les radiodermites une influence désastreuse, tandis que la chaleur en déterminerait l’amélioration et même la guérison. Tl conseille les fumigations et les cataplasmes. 11 a traité, avec le professeur Ehrmann, deux ulcérations profondes produites par les rayons X. Il s’est servi des rayons caloriques fournis par une puissante lampe à incandescence (100 bougies). Les applications, quotidiennes, duraient une demi-heure. Le malade fut soulagé et la cicatrisation se fit rapidement. Là encore, on peut invoquer l’action de la lumière elle-même.

On a essayé, avec succès, l’électricité sous ses diverses formes. Le malade d’Apostoli a vu ses douleurs diminuer notablement par l’effluvation statique, en même temps que la plaie se cicatrisait plus rapidement. Oudin a traité par l’effluvation de résonnance une ulcération radiographique située à la cheville, et depuis longtemps stationnaire. L’aspect s’est modifié rapidement et la guérison est survenue relativement vite. En un mois, la cicatrisation fut complète, alors que, pendant les cinq mois précédents, l’ulcération s’était à peine modifiée. Les séances de haute fréquence avaient lieu trois fois par semaine et duraient environ dix minutes chacune..

BELOT

Les bains hydro-électriques semblent avoir donné des résultats. Nous citerons une observation qu'a bien voulu nous communiquer notre cher maître M.le docteur Schwartz. Il s’agit d’un individu qui fit, en juillet 1898, des expériences avec des tubes de Rôntgen. Consécutivement, apparut sur le dos de la main droite un érythème très douloureux, qui fut suivi d’une chute de l’épiderme et aboutit à une ulcération grave, s’étendant sur toute la face dorsale de la main et mettant à nu les plans profonds. La lésion était atone, à bords taillés à pic, avec un fond saignant, fongueux, sans aucune trace de cicatrisation. Les douleurs étaient très vives : cuissons et brûlures violentes, que rien ne pouvait calmer. On appliqua successivement l’emplâtre au salol, les pulvérisations boriquées, les bains, l’orthoforme, etc., sans aucun résultat appréciable. On eut alors l'idée de traiter la main malade par des bains hydro électriques continus à faible intensité. La cicatrisation commença bientôt, et la réparation se fit, ayant demandé, en tout, huit mois pour s'accomplir. On pourrait également employer pour ces bains des courants sinusoïdaux et triphasés.

A la suite d’observations semblant montrer que les altérations produites par les rayons X résultent d’un trouble vaso-moteur aboutissant à la contraction des artérioles cutanées et consécutivement à la nécrobiose et à l’ulcération de la peau, Huntington en a tenté la cure radicale par le procédé chirurgical. Il s'agissait d'un homme de 35 ans qui présentait, depuis six mois environ, sur la portion sus-ombilicale du muscle droit de l’abdomen (du côté droit), une plaque de dermite grande comme une soucoupe de tasse à thé, qui s’était développée à la suite de 99 séances de radioscopie. Au centre de la lésion en question, existait une ulcération ovalaire de 7 à 8 centimètres carrés, à bords hyperesthésiques, auxquels faisait suite uue zone hyperémique, qui était le siège de vives démangeaisons.

Ayant fait endormir le malade, M. Huntington extirpa la zone

ACTION DES RAYONS X SLR LES BACTERIES

ulcérée, en la circonscrivant d'une incision profonde qui intéressait tout le pannicule adipeux jusqu’à la gaine du muscle droit. Le pannicule étant sclérosé, on le réséqua à une certaine distance tout autour de l'incision : la peau ainsi décollée fut ensuite suturée à la gaine du grand droit, et on recouvrit l'espace cruenté restant avec des greffes de Thiersch.

La guérison fut parfaite et s’est depuis lors maintenue ; la cicatrice est un peu rouge, mais sans tendance à l’ulcération : autour d’elle, la peau forme une sorte de kéloïde annulaire.

Cette observation est intéressante, car l’opinion générale est qu’il faut s’abstenir de toute intervention chirurgicale, de tout grattage, et que même les greffes de Thiersch réussissent rarement.

§ 3. — Action des rayons X sur les bactéries.

On a beaucoup discuté et on discute encore aujourd’hui sur l'action microbicide des rayons de Rôntgen. Ces radiations influencent-elles le développement des bactéries, les rendent-elles plus virulentes, ou au contraire en déterminent-elles la mort ?

Un certain nombre d’observateurs, von Volfender et Forbers Ron, Beck et Schültz, Beauregard et Guichard, Bergonié, Destot et Dubar, Berton, S. Brunton Blaikie, Biaise et Sambuc, Grunmach, Mink, Pott, Sabrazès et Rivière, Sarmani, Kümmel, Wittlin, M. Wolff, entre autres, pensent que les rayons X ne troublent en rien, ni la vie, ni le développement des bactéries. Par contre, Bonomo et Gros, Fiorentini et Luraschi, Frantzius, Lortet et Genoud, Muhsam, Rieder, Holzknecht, Spieler, etc., sont parvenus à diminuer la virulence de certaines cultures microbiennes, à arrêter leur développement et même à déterminer leur mort.

H. Rieder est un des principaux partisans de l’effet bactéri-

eide des rayons de Rôntgen. Ses expériences portèrent principalement sur des cultures. Il prit une boite de Pétri, préparée à l’agar-agar, ensemencée d’une culture quelconque (vibrion de choléra, bacille d’Ebertb, de la diphtérie, etc.). Cette boite fut recouverte d’une plaque de plomb, percée en son centre d’un orifice circulaire ; le tout était exposé aux rayons émis par une ampoule.

Les conditions techniques, dans lesquelles les radiations étaient produites, étaient les suivantes : la bobine pouvait donner 30 centimètres d’étincelle, le primaire avait 800 interruptions par minute, la distance de l’anticathode à la boite était de JO centimètres et l’exposition durait de une heure à trois heures.

Après une exposition de !\S minutes, les cultures du vibrion du choléra et du bacille de Koch présentaient un arrêt de développement sur la partie sous-jacente à l’orifice du plomb. Partout ailleurs, la culture avait conservé son état normal. En la mettant à l’étuve, les bactéries ne se développèrent pas sur la partie éclairée, tandis qu'elles continuèrent à progresser sur les régions protégées par le plomb.

Après une à trois heures d’exposition, elles étaient totalement détruites.

Un écran métallique fut interposé entre l’ampoule et les cultures pour éviter toute influence des décharges électriques ; les résultats furent identiques. Sur cultures de colibacilles, de staphylococcus pyogenes et de bacilles diphtériques, les résultats furent positifs.

Rieder en a conclu, avec vraisemblance, que les rayons de Rôntgen avaient une action bactéricide, et passant de l’expérience à la pratique, il ajoute : « Il n’est pas nécessaire à l’intérieur du corps humain de tuer les bactéries ; il suffit de mettre obstacle à leur développement. De cette façon, le sang, gardien naturel de l’organisme, peut, grâce à son pouvoir bactéricide, compléter la destruction des germes pathogènes. »

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