LES RAYONS X, AGENT DÉPILANT
dans tous les cas où l’on cherchait à obtenir la dépilation, soit pour les maladies parasitaires du cuir chevelu et de la barbe, teignes et favus, soit dans les cas de sycosis, de folliculite de la barbe, de blépharite, soit enfin dans l’hypertrichose.
A Schiff et Freund, de Vienne, revient l'honneur d’avoir les premiers fait des applications dans un but thérapeutique à des malades atteints de ces affections, et d’avoir ainsi ouvert la voie à ceux qui les ont suivis.
On a longtemps discuté pour savoir si la qualité des rayons influençait la rapidité de l’épilation. On admet aujourd’hui que les radiations les plus actives sont celles qui ont le moins de pénétration, parce que seules elles sont absorbées par les papilles pilaires. Mais comme elles peuvent en même temps léser les téguments, on s’est arrêté à une pénétration moyenne, et on peut dire avec Sabouraud que les rayons les plus propres à l’obtention de la dépilation correspondent au n° 5 ou 6 du radiochromomètre de Benoist.
La distance qui sépare l’ampoule de la peau doit varier suivant l’étendue de la surface sur laquelle on veut agir. C’est une erreur de fixer arbitrairement un maximum ou un minimum. Si l'on veut avoir une action uniforme, il faut que l’éclairage atteigne sur chaque point une même intensité. Pour cela, si la surface à traiter est plane ou légèrement concave, la distance de l’anticathode à la peau sera donnée par le plus grand diamètre de cette surface multiplié par deux. Si la partie malade est convexe, la distance devra être augmentée ou le champ d’action rétréci, de façon à se mettre dans des conditions telles qu’on soit certain de l’uniformité de l’irradiation. Il va sans dire que la durée de l’exposition devra croître comme le carré de la distance du foyer au point d’application.
Quel est le mécanisme de la chute du poil ? Y a-t-il destruction, brûlure, sidération, etc. ? La papille pilaire est très sensible à l’action des irritants ; il est donc bien probable que c'est
MALADIES DU SYSTÈME PILOSEBACÉ
sur elle-même que vient se concentrer l’action irritative des rayons X, et que consécutivement il se produit un arrêt dans la production pilaire. Voici comment Sabouraud explique ce phénomène : « La papille pilaire est d’une extrême sensibilité ; nombre de causes connues suspendent sa fonction créatrice du cheveu ; et toute suspension totale de sa fonction implique la mort et la chute du cheveu. Ainsi, est-il fréquent de voir tomber autour d’un furoncle, par exemple, une couronne de cheveux, qui d’ailleurs repousseront. On dit que la papille a subi une sidération momentanée. Il est certain que les rayons X produisent une semblable sidération des papilles qu’ils ont touchées. Elles cessent progressivement leur fonction. Les cheveux qu’elles créaient enregistrent cette mort lente, par un effilement progressif de leur partie radiculaire. Quand la papille cesse tout travail, le cheveu cesse d’être. Ce n’est plus qu’un corps étranger : le doigt de gant épidermique qui le contient l’élimine alors peu à peu, en s’effaçant au-dessous de lui. Après un temps, un bourgeon épithélial massué se reforme obliquement à la place du follicule atrophié. Son renflement devient une nouvelle papille sécrétant un nouveau cheveu. »
11 est facile de comprendre que la technique opératoire devra être différente, suivant que l’on désirera une alopécie définitive, nécessaire dans le traitement de l’hypertrichose, ou une alopécie temporaire, condition indispensable de la guérison des teignes, sycosis et favus.
En plus, dans les affections du système pileux, qui sont accompagnées de lésions tégumentaires, la radiothérapie pourra influencer l’évolution de ces dermatoses concomitantes.
Enfin, la sensibilité spéciale de certaines régions nécessitera chez l’opérateur une variation de doses, pour l'obtention d’un résultat définitif irréprochable.
Tous ces facteurs nous conduisent à l’étude détaillée désaffections du système pileux, sur lesquelles la radiothérapie a été
HYPERTRICHOSE
appliquée avec succès. Nous verrons, chemin faisant, les indications spéciales à chacune.
HYPERTRICHOSE
La radiothérapie fut appliquée par Schiff et Freund, au traitement de l’hypertrichose, quelques mois après la découverte de Rôntgen. Elle parait, au point de vue technique, bien supérieure à tous les moyens préconisés et employés pour obtenir la disparition de cette rebelle anomalie. En effet, les topiques, les épilatoires et autres drogues donnent le plus souvent des résultats incomplets et provoquent parfois une violente irritation de la surface cutanée ou des phénomènes d’intoxication générale. En tout cas, l’alopécie n’est pas définitive, seule l’électrolyse semble donner jusqu’à présent complète satisfaction. Mais si l’on veut comparer un instant cette méthode avec la radiothérapie, tous les avantages semblent être du côté de cette dernière. Avec elle, on peut en effet épiler rapidement une grande surface ; fin duvet et gros poils sont également atteints : la douleur des piqûres électrolytiques est supprimée et les cicatrices punctiformes ne doivent plus exister.
Aussi, pendant longtemps, la radiothérapie fut-elle considérée comme la méthode idéale d'épilation, dans l’hypertrichose. Schilf et Freund en auraient obtenu des résultats remarquables., et les nombreuses, publications qu’ils firent sur ce sujet montrent assez combien ils sont enthousiastes du procédé. Freund, dans son ouvrage de 1903, expose ainsi la méthode qui lui a presque toujours donné des succès complets :
« J’utilise un ampoule dure, dans laquelle on peut encore voir un peu de fluorescence verdâtre ; elle est actionnée par une bobine de 30 centimètres d’étincelle, absorbant 2 à 3 ampères sous 110 volts. La distance de l’ampoule à la peau est fixée à environ 15 centimètres. Les séances ont une très courte durée ;
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
elles sont quotidiennes et continuées jusqu’à ce que l’on commence à voir apparaître une légère modification de la couleur de la peau. En général, au bout de 20 à 25 séances, la chute des poils commence. Ceux-ci tombent en masse, par légère traction, ou bien restent attachés à la serviette, au moment de la toilette du matin. Leurs racines sont profondément atrophiées. La peau, lisse et blanche, peut desquamer, et les malades éprouvent parfois une légère sensation de brûlure. Au bout de 5 à 8 jours, ces symptômes douloureux se calment ; la pigmentation, fréquente chez les individus bruns, s’atténue et la peau parait tout à fait normale. » Un fait curieux, signalé par Freund, est le changement de coloration que présentent les cheveux noirs durant les quelques jours qui précèdent leur chute : ils deviennent d'un blanc de neige. Nous n’avons jamais constaté ce phénomène.
Mais, dans le traitement de cette affection, il ne suffit pas de faire tomber les poils, il faut encore empêcher qu’ils repoussent, sinon le résultat n’est pas complet. Or, on sait que l’alopécie qui suit les irradiations de Rôntgen est temporaire ; elle n’est définitive que lorsque la réaction a été assez vive pour que les follicules pilaires soient détruits. Bien entendu, cette destruction primitive ne se produit pas sans atrophie cutanée et même s’accompagne souvent d’ulcérations et de cicatrices désagréables. Aussi cherche-t-on par un autre moyen à empêcher la repousse. Après la chute des poils, on fait absorber à la peau des doses faibles, souvent répétées, de façon à produire, peu à peu, l’atrophie de la papille et, de cette façon, empêcher la repousse, sans que, pour cela, la peau subisse des altérations notables.
Voici comment s’exprime Freund sur ce sujet :
« Six à huit semaines après la chute des poils, la repousse se produit, si le traitement n’est pas continué ; elle se manifeste par l’apparition d’un fin duvet.
HYPERTRICIIOSE
« Chez la plupart de nos malades, nous avons pu, jusqu'ici, empêcher toute récidive, en faisant une ou deux séances supplémentaires, de quatre en quatre semaines, après l’arrêt complet de la chute des poils. L’importance de ces séances complémentaires résulte de ce fait, que dans les cas où ce traitement supplémentaire n’a pas été fait, il y a eu récidive, deux mois apres la cessation des applications. Cette façon d’agir doit être poursuivie pendant douze ou dix-huit mois pour espérer un résultat définitif. Ces faits rendent très probable l'hypothèse qu’il suffit d'actions très légères pour maintenir l'altération du bulbe au degré voulu, pour empêcher la repousse des poils.
« J’ai fait des essais nombreux, qui ont démontré que j’ai eu des résultats définitifs, et quelques malades n’ont pas eu de récidive depuis 2 ans.
« Au bout de quelques mois, la peau, qui était tendue ou légèrement atrophique, reprend, suivant l'intensité du traitement, son aspect habituel. Seules, les places occupées parles follicules présentent une petite tache fine, blanchâtre, atrophique, qui disparaît à la longue.
« Le résultat est d’autant plus parfait que l’intensité des applications a été calculée de façon à éviter toute réaction superficielle et à déterminer néanmoins la chute des poils. »
Schiff et Freund attribuent une grande valeur à ce procédé. Ils n’ont presque jamais eu de résultat défavorable. Freund signale cependant le cas d’une jeune fille blonde qui, traitée par les rayons X pour de l’hypertrichose des avant-bras, vit apparaître des tâches brunâtres sur la région irradiée; elles disparurent très difficilement. Il ajoute, du reste, qu'il n’a jamais vu les modifications éléphantiasiques et scléreuses signalées par Balzer et Monseaux, Salomon, Barthélemy, Behrend, Hallopeau et Gadeau.
Jutassy a traité t\I\ cas d’hypertrichose. Il a cherché une réaction suffisante pour obtenir l’épilation. La méthode employée
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
fut celle de Schiff et Freund. Fdle fut appliquée de façon à produire une inflammation chronique de la papille et, par suite, sa dégénérescence. Il a obtenu des guérisons complètes sans récidive, tout en évitant la radiodermite. Mais, il recommande d’agir avec beaucoup de prudence. Pour lui, les personnes jeunes sont plus sensibles à Faction des rayons X que les gens âgés. 11 croit même que la peau des blondes réagit plus violemment que celle des brunes ; les poils adultes tombent plus facilement que leduAret. Gomme Kienbôck, il a remarqué que la réaction était plus vive au centre d’incidence, et il en a conclu que les rayons perpendiculaires étaient les plus efficaces. Xous avons précédemment expliqué ce phénomène et montré que les différences locales, dans l’intensité réactionnelle, tiennent à l’inégalité de la quantité absorbée.
Kienbôck n'est pas aussi enthousiaste, quoique chez certaines malades la radiothérapie lui ait donné d’excellents résultats. Il s’exprimait ainsi en 1901 : « Lorsque l’on traite l’hypertrichose du visage de la femme, on peut dire, aujourd’hui, qu’une seule série d’irradiations ne détermine qu'une alopécie passagère, quand il ne s’est pas produit une radiodermite graAre. Il faut éviter à tout prix cette réaction, qui laisse à sa suite sinon des cicatrices, du moins de l’atrophie cutanée. En général, une guérison définitive ne peut être obtenue qu'au bout d'une ou plusieurs années, durant lesquelles on empêche la repousse par des irradiations légères, répétées plus ou moins souvent, selon les cas. De cette seule façon on peut éviter toute réaction désagréable.
« Dans la plupart des cas, le résultat est satisfaisant au point de vue esthétique, mais il faut savoir qu’il se produit parfois des anomalies pigmentaires et des modifications cutanées de la région irradiée, lorsque le traitement a dù être poursuivi pendant longtemps. »
Aussi, en 1902, au Congrès de Berne, tout en reconnaissant aux rayons X leur propriété épilatoire, il en restreint considé-
HYPERTRICIIOSE
rablement les indications. Pour lui, seuls les cas graves d’hypertrichose doivent être traités par la radiothérapie ; car l’alopécie peut être accompagnée d’un certain degré d’atrophie cutanée, de télangiectasies, et d’anomalies pigmentaires qui constituent des suites éloignées du traitement, parfois très désagréables.
Oudin a publié l’observation d’un jeune homme, chez lequel il obtint au bout d un certain nombre de séances une épilation partielle des avant-bras. Les applications avaient été faites tous les jours; la première avait duré 3 minutes, et le temps avait été augmenté chaque jour de 30 secondes, jusqu’à un maximum de 4 minutes et demie. Au bout de la quinzième séance, les poils commencèrent à tomber, et continuèrent jusqu’à la trentième. Le malade ne put être suivi plus longtemps, car il dut quitter Paris.
Pusey, en Amérique, cite deux guérisons complètes et définitives. Une jeune fille, atteinte d’hypertrichose de la lèvre supérieure et du menton, fut guérie en 85 séances. L’autre patiente a subi 67 applications. Les seules réactions qui se produisirent furent un peu d'érythème et d’hyperpigmentation.
Enfin des médecins allemands, anglais, américains, hongrois, suisses, etc., ont obtenu par ce procédé des résultats plus ou moins favorables. Citons entre autres : Ehrmann, Grunmach, Grouven, Halin, Lévy-Dorn, Benedikt, Sjôgren et Sederholm, Durnstrey, Sliarpe, Ullmann, Neville Wood, James Startin, Havas, Lancashire, Kaposi, etc.
Jutassy et K. Minick ont examiné au microscope des morceaux de la peau d’un lapin qui avait été épilée parles rayons X: « La couche de Malpighi recouvre le derme sur un plan rectiligne, et, çà et là seulement, on voit quelques follicules. Ils s’enfoncent plus ou moins profondément. Le plus souvent ils sont situés dans la couche la plus superficielle du derme. Ils ne possèdent pas de lumière. A la place des poils se trouvent des cellules épidermiques atrophiées sans contours nets ou des débris
BELOT
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
de cellules. Quelques follicules vont plus profondément et contiennent de minces débris de poils noirs, qui se terminent en s’effilochant, aArant la papille.
« La papille elle-même semble atrophiée.
« Les poils, qui normalement sont implantés dans la peau, sont ici très peu nombreux. On ne peut pas trouver leurs follicules, et, à leur place, on voit du tissu conjonctif riche en éléments cellulaires.
« Dans les couches profondes, on distingue des grains de pigment. A ce niveau, les vaisseaux sont très dilatés, remplis de globules sanguins, sans thrombose. On ne constate pas d’anomalie des nerfs un peu volumineux. Le point essentiel à retenir est l’atrophie du follicule et de la papille du poil . »
Zemman a fait des constatations analogues.
Quelques auteurs ont employé une méthode mixte. Ils ont adjoint la radiothérapie à l’électrolyse. Ainsi Walsh fait d’abord agir les rayons X, puis au bout de quelques semaines, lorsque les poils se laissent facilement arracher, il procède à l’électrolyse de chaque follicule pileux dont le poil s’est laissé enlever.
On se perd facilement au milieu de ces observations et de ces résultats ; il est important, pour élucider la question, d’avoir bien présent à l’esprit le résultat cherché.
Le traitement de l’hypertrichose ne peut avoir de valeur que s’il remplit deux conditions : l’alopécie définitive et l’absence de modifications cutanées.
L’action dépilante des rayons X est trop connue pour qu’il soit utile d’y insister ; mais ce qu’il faut savoir c’est que la repousse se produit ordinairement 7 à 10 semaines après l’épilation. Dès lors, le procédé est inférieur à l’électrolyse, et si l’on A'eut qu’il soit pratique, il faut faire en sorte que la repousse ne se produise pas. C’est ce problème qu’a posé notre maître, M. le docteur Brocq, en 1902, à la Société de dermatologie : « Les
HYPERTRICHOSE
dermatologistes seront toujours très réservés dans l’application de cette méthode, jusqu’à ce que les spécialistes aient nettement précisé la technique à employer. Il est à désirer qu’ils arrivent rapidement à déterminer avec certitude comment il faut procéder pour obtenir une dépilation momentanée avec repousse consécutive, ce qui serait utile dans les teignes ; comment il faut procéder pour obtenir une dépilation définitive, but qu’il faudrait atteindre dans l’hypertrichose. »
Aujourd’hui, nous savons comment nous devons procéder pour épiler une surface velue... mais nous ne sommes jamais certains de produire une alopécie définitive tout en respectant l’intégrité de la peau.
Ce dernier point est capital. L’hypertrichose ne constitue pas une véritable maladie, le plus souvent elle n’occasionne qu’une gêne esthétique. Ce sont, en effet, des femmes ou des jeunes filles présentant sur le visage, les lèvres, les joues ou le menton une barbe plus ou moins abondante, qui s’adressent au médecin. Cette anomalie, qui parfois les rend ridicules, les navre profondément. Elles veulent à tout prix être débarrassées de leur surproduction pilaire. Mais, en même temps, elles réclament l'absence de toute réaction inflammatoire violente. Leur désir, du reste, est parfaitement légitime. 11 faut rendre au visage sa beauté en v supprimant la barbe, mais si ce résultat doit être suivi de lésions cicatricielles, d’hyperpig-mentation, de télangiectasies, etc., l’aspect objectif, loin d’être amélioré, sera souvent rendu plus disgracieux qu’il n’était avant le traitement. On comprend aussi qu’il serait désagréable pour une femme d’avoir sur le visage un érythème intense accompagné ou non de vésiculation, ou une hyperpigmentation précédant ou suivant l’apparition de l’alopécie, alors même que ces phénomènes ne seraient que transitoires. On peut, avec Freund, poser le problème de la façon suivante: L’effet idéal sera produit lorsque, pendant toute la durée du traitement, l’intensité aura été réglée de telle façon,
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
qu’il n’y aura jamais eu de modification apparente de la peau. Est-il possible d’arriver à ce résultat ?
11 est certain que pour obtenir l’alopécie définitive, il faut produire l’atrophie de la papille ou sa destruction. On peut le faire rapidement en occasionnant une dermatite violente, mais ce résultat sera déplorable au point de vue esthétique, à cause des cicatrices, des pigmentations et des anomalies de coloration qui apparaîtront sur la région précédemment lésée.
Il faut donc faire des irradiations très légères, de façon à irriter la papille, à la sidérer, comme dit M. Sabouraud, et de cette façon obtenir la chute des poils. Puis, dès que de nouvelles productions apparaîtront, on fera de nouvelles séances courtes et plus ou moins espacées, suivant la gravité et la rapidité de la repousse et la sensibilité des téguments. De cette façon, la papille sera irritée, et peu à peu on arrivera à la rendre complètement incapable de donner naissance à un nouveau poil. C’est la méthode préconisée par Schiffet Freund.
Mais est-on sùr, même en supposant que l’on puisse calculer et doser exactement la quantité nécessaire, de produire l'atrophie delà papille, sans qu’elle soit accompagnée d’un peu d’atrophie cutanée ? Nous savons bien que le follicule pileux est plus sensible à l’action des rayons X que la peau elle-même, mais cette différence de sensibilité est-elle suffisante pour permettre à la dose convenablement choisie de modifier la papille, sans léser en même temps la peau?... Question difficile à résoudre! D’après Schiff et Freund, on peut arriver à des résultats définitifs, sans trace cicatricielle, mais le traitement demande des années ! Nos expériences et celles de bien d’autres sont loin d’être aussi encourageantes. On parvient bien à faire tomber les poils du visage en ne déterminant qu’un léger érythème, mais la repousse est rapide. On agit de nouveau, mais, au bout d’un certain temps, on voit les poils repousser à nouveau et il faut s’estimer heureux, quand au milieu de ces alternatives ne sur-
IIYPERTRICHOSE
viennent pas des modifications dans la coloration des téguments. Une malade que nous traitons depuis bientôt un an n’est pas guérie. Les poils repoussent plus petits, plus fins, moins colorés, mais ils repoussent, au grand désespoir de la patiente !
Aussi, croyons-nous que pour cette affection la radiothérapie est loin de répondre aux espérances qu’elle avait fait naître. Dans l’état actuel de nos connaissances techniques, on 11e peut pas être certain de produire une alopécie définitive et on peut craindre, chez certaines personnes particulièrement sensibles, l’apparition de lésions cutanées durables, souvent plus disgracieuses que l’hypertrichose elle-même.
Et puis, il faut se rappeler que si les cheveux tombent facilement sous rinfluence des rayons, il n’en est pas du tout de même des poils fins et soyeux qui ombrent le visage de certaines femmes ; on éprouve parfois une grande difficulté à obtenir un résultat. Nous avons eu une malade brune, qui présentait sur le menton quelques petits poils foncés dont elle trouvait l’effet disgracieux. Nous avons fait absorber à la région environ 4 a 5 unités H, dose suffisante pour produire une alopécie complète sur la plupart des cuirs chevelus. Nous avons vu apparaître un léger érythème, suivi d’hyperpigmentation. Au bout de 1 mois et demi à 2 mois, ces phénomènes inflammatoires se sont calmés, mais les poils ne sont pas tombés !
On sait que la radiothérapie est employée dans la pelade pour favoriser et activer la repousse : dans ce cas, la dose absorbée doit être très légère, car il faut stimuler la papille par une irritation légère et ne pas l’atrophier. Des résultats indéniables ont été obtenus par ce procédé.
On voit, par là, combien sera difficile et compliqué le traitement de l’hypertrichose. Si la dose est trop légère, on risque d’exaspérer la lésion ; si elle est trop élevée, on produit l’alopécie, mais elle est accompagnée de troubles cutanés.
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
Si l’on veut un instant réfléchir à l’imperfection des instruments de mesure que nous possédons, on comprendra combien le traitement de cette affection par les rayons X est actuellement difficile, pour ne pas dire impraticable.
Du reste, à part Sehiff et Freund, la plupart des praticiens, Béclère, Ehrmann, Kienbôck entre autres, sont peu partisans de cette méthode, et la radiothérapie est encore loin de remplacer l’électrolyse.
Aussi dirons-nous aArec Kienbôck que c’est seulement dans les cas graves qu’il faudra l’employer. En seront justiciables les visages féminins, pourvus d’une barbe abondante, longue, épaisse et disgracieuse ; car, dans ce cas, une légère atrophie cutanée sera moins désagréable que l’aspect primitif. On pourra aussi l’essayer lorsque l’hypertrichose se manifestera par un duvet foncé et épais, cas où l’électrolyse est impraticable.
Voici alors, à notre avis, quelles règles devront guider le médecin.
C’est, en résumé, la méthode qui nous a donné les moins mauvais résultats.
Les rayons seront peu pénétrants et marqueront environ 5 au radiochromomètre de Benoist. L’étincelle équivalente sur notre installation est de 2 centimètres et demi. La surface à traiter sera choisie de grandeur telle que l’éclairage y soit partout uniforme. La distance de l’ampoule à la peau sera de 15 centimètres par exemple, et permettra ainsi d’irradier, également, un espace circulaire ayant 7 centimètres de diamètre environ.
Dans les endroits où le visage présente des surfaces courbes ou des angles, on devra les décomposer en petites surfaces, de façon à ramener le plus près possible d’une surface plane la région traitée. On pourra se servir d’une lame de plomb pour protéger les parties sur lesquelles on ne veut pas agir. Mais, dans ce cas, il faut prendre soin de la déplacer continuellement, pour éviter l’apparition d’une ligne de démarcation brusque entre la
HYPERTRICHOSE 295
région traitée et celle qui a été épargnée ; sinon l’aspect est tout à fait disgracieux.
La quantité nécessaire pour produire l’épilation varie entre 3 et 4 unités H (par espace traité, bien entendu). Mais il faut modifier cette dose en tenant compte de la sensibilité spéciale des régions, particulièrement des lèvres, et de la coloration de la peau du patient (bruns). Kienbôck indique une dose analogue.
On la fait absorber en une seule séance ou en plusieurs applications. Généralement, il ne survient qu’un léger érythème, parfois même aucune réaction n’est visible. Les poils commencent à tomber 12 ou 15 jours après la fin des applications. Parfois la dépilation est totale, souvent elle n’est que partielle.
Dès que tout est calmé, c’est-à-dire 30 à 40 jours après la première application, on fait une nouvelle exposition en faisant absorber à peu près la même quantité.
On peut ainsi obtenir, petit à petit, une épilation totale. Il faut alors prévenir la repousse ; on fait pour cela tous les deux mois, plus ou moins souvent suivant les cas, une courte séance de 5 à 10 minutes, en faisant absorber 2 H environ. On pourrait arriver par cette méthode à une guérison complète, au bout d’une à deux années. Mais il faut se rappeler que cette voie est pleine d’écueils et que, le plus souvent, le résultat définitif est imparfait.
Nous ne résumerons qu’une seule observation à cause du peu d’intérêt qu’elles présentent, en général :
Mme J. T..., 35 ans, atteinte depuis deux ans d’hypertrichose de la face. Barbe assez abondante sur le menton, sur les joues et sur la lèvre supérieure. Traitée sans succès par les épilatoires. Acné concomitante.
Elle a subi, du 26 mai 1903 au 8 mars 1904, 17 séances avec dose moyenne de 3 à 4 H. Les poils tombèrent ordinairement après une seule séance ; mais la repousse fut rapide. Quelquefois un érythème assez prononcé apparut, mais ne fut suivi d’aucun autre phénomène inquiétant. L'acné concomitante fut améliorée. A la longue, les poils repoussèrent de moins en moins nombreux et l’alopécie fut complète par places. Mais nous devons dire que même après ce long traitement, la malade n’est pas guérie ; elle a encore, par endroits, un peu de barbe.
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
TRICHOPHYTIES
Dans le traitement de l’hypertrichose, on cherche à obtenir une alopécie totale définitive de régions anormalement velues. Mais, dans ce cas, les poils ne sont pas malades et l'esthétisme seul justifie le traitement.
La situation n’est plus la même, lorsque les cheveux sont atteints de teignes cryptogamiques. Au lieu d’être saines, les productions pilaires sont lésées. Elles sont envahies, jusqu’à leur renflement terminal, par des colonies parasitaires. Il faut les en débarrasser pour obtenir la guérison.
Un premier procédé, longtemps préconisé, est l’antisepsie. Mais, comme le disait Sabouraud, il y a sept ans : « Non seulement aucun traitement connu n’est curateur des teignes tondantes, mais je me crois même autorisé à prévoir qu'aucun traitement antiseptique quelconque ne parviendra dans l’avenir au but cherché. Car si l’on peut varier la nature chimique des antiseptiques, cela change à peine leur pouvoir physique de pénétration. Ils seront solides, liquides ou gazeux, et se heurteront toujours au même obstacle mécanique, qu'aucun des agents employés, quelle que soit sa nature, n’a pu franchir, à bien loin près : la racine du cheveu est inaccessible aux antiseptiques externes. »
Ce que Sabouraud disait pour les teignes tondantes est également vrai pour la teigne faveuse. Mais, dans cette dernière, un procédé mécanique peut conduire à la guérison : c’est l’épilation à la pince des cheveux malades !
Dans les teignes tondantes, le cheveu est devenu cassant ; on ne peut donc plus l’enlever avec la pince. Au lieu d’être arraché en entier, il casse en son point le plus malade. Sa racine garde des spores à foison. Ce cheveu continue à pousser, mais le para-
TRICHOPII YTIES
site continue à s’y développer et la maladie, au lieu d’être guérie, continue à progresser.
Comme le dit Sabouraud dans son article sur la radiothérapie des teignes, auquel nous ferons de larges emprunts, la solution du problème ne pouvait être fournie que par un agent capable de suspendre quelque temps la fonction de le papille qui crée le cheveu.
Dans ce but, cet auteur avait essayé l’emploi d’une toxine spéciale ; mais l’alopécie n’était pas localisée au point d’inoculation.
L’acétate de thallium lui donna bien des alopécies parfaites, mais les accidents toxiques qui les accompagnaient l’obligèrent à renoncer à cette méthode.
La découverte de Rôntgen a complètement changé la thérapeutique de ces affections.
En faisant agir les rayons X sur la surface malade, pendant un temps convenable, on produira une épilation plus ou moins parfaite, un arrêt dans la production pilaire, par suite un nettoyage du foyer infecté, puisque les cheveux qui renfermaient le parasite auront été totalement expulsés.
On comprend facilement que, dans le traitement de cette affection, non seulement on ne devra pas chercher à obtenir une alopécie définitive, mais qu’il sera nécessaire de régler les irradiations de façon à l’éviter. En effet, la repousse est une des conditions du traitement. Les nouveaux cheveux devront être sains, si le follicule a été précédemment débarrassé de tout germe pathogène.
Tout cela démontre la valeur réelle du nouveau traitement. Nous savons qu’il est relativement facile de produire, par la radiothérapie, l’alopécie. Le seul point difficile est de rendre cette alopécie définitive. Dans ces affections, il faut, au contraire, qu’elle soit temporaire. Les rayons X sont donc pour le praticien un précieux auxiliaire.
Il est bien difficile de faire un historique même incomplet de
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
la question. Presque tous les médecins qui se sont occupés de radiothérapie ont obtenu des résultats plus ou moins probants.
En 1896, Freund essayait déjà le traitement des teignes par les rayons X, et, en 1900, Schiff affirmait au Congrès de Paris que la radiothérapie était, sans conteste, le traitement d’avenir de la teigne tondante et du favus.
Depuis lors, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, nombre d’essais partiels furent tentés. Qu’il nous suffise de citer les noms de Ziemmsen, Kienbôck, Albers Schônberg, Hahn, Grouven, Lion, Norman Walker, Scholtz, Boczar, Bukofsky, Socoloff, Pusey, etc.
A Paris, les premiers essais d’épilation furent tentés par Oudin et Barthélemy. Il est vrai que leurs expériences ont plutôt porté sur des systèmes pileux normaux (région pubienne). Puis Gastou, Vieira et Nicolau ont présenté à la Société de dermatologie quelques observations de teigneux, guéris ou améliorés par la radiothérapie. Nous-même, avec Bisserié, nous traitons par cette méthode, depuis deux ou trois ans, les quelques teigneux qui nous AÛennent à Broca, à la consultation du docteur Brocq. Depuis bientôt un an, nous nous sommes arrêtés à une méthode qui nous permet, dans la plupart des cas, d’obtenir une alopécie temporaire suivie d’une guérison complète, au bout d’un laps de temps plus ou moins long.
Dans le courant de l’année 1903, M. le docteur Sabouraud nous fit l’honneur de nous adresser son technicien, M. II. Noire, pour que nous lui montrions nos résultats et que nous lui indiquions notre technique.
Les résultats qu’il obtint furent excellents, et le nombre de malades dont il disposait lui a permis de fixer, avec plus de précision, les règles pratiques du traitement des teignes parles rayons X. 11 a publié ses premiers résultats dans les Annales de l’Institut Pasteur de janvier 1904, avec la clarté et la méthode qui le caractérisent.
TRICHOPHYTIES
On connaît la fragilité du cheveu teigneux et l’impossibilité de l’arracher complètement par les moyens mécaniques habituels. Les rayons X, en produisant un arrêt momentané dans la production papillaire, déterminent une alopécie parfaite.
Ordinairement, dans cette affection surtout fréquente au cuir chevelu, la lésion n'est apparente que par la raréfaction locale du système pileux, due à ce que la plupart des cheveux malades sont cassés plus ou moins près de la surface cutanée. Parfois, cependant, on peut voir sur la région atteinte quelques squames et quelques croùtelles. C’est dire que l’inflammation locale est ordinairement minime.
Kienbôck avait indiqué la dose de 5 à 7 unités H de l’échelle d’Holzknecht, comme nécessaire et suffisante pour produire l’épilation d’un cuir chevelu malade. Bien entendu, les rayons employés devaient être peu pénétrants. Avant lui, Schiff, Freund et d’autres faisaient, avec un tube dur, des séances courtes et souvent répétées. Quelques cas de teignes ne furent guéris qu’après 40 ou 50 applications environ.
Tout dernièrement, Sabouraud vient de fixer ainsi une formule thérapeutique : « Pour guérir une plaque de teigne, il faut l’exposer à une distance de 15 centimètres du centre de l’ampoule de Villars, l’ampoule ayant une résistance constante correspondant à la quatrième division du radiochromomètre de Benoist, jusqu’à ce que la source électrique ait fourni une somme de rayons X correspondant à 4 et demie ou 5 unités H de Holzknecht. » En agissant ainsi, ajoute-t-il, on obtiendra exactement ce qu’on désire, c’est-à-dire la dépilation pure et simple de la région insolée, sans plus, sans complication de brûlures bénignes ou graves d’aucune sorte, en un mot sans accident.
Dans les premiers essais que nous fîmes, il y a trois ans, avec Bisserié, imbus des idées de Schiff et Freund, dépourvus d’instruments de mesure, nous faisions des séances courtes, souvent répétées, et les résultats qui les suivaient étaient irréguliers
3oo
MALADIES DU SYSTEME PILO-SÉBACÉ
et imparfaits. Mais dès que nous eûmes des instruments plus précis, nous employâmes notre méthode des doses massives. Comme le dit Sabouraud, nous croyions une séance de 25 minutes nécessaire et suffisante, parce que ce temps nous était nécessaire pour faire absorber la quantité voulue, avec l’installation dont nous disposions.
Pour fixer les idées, supposons qu’il s’agisse d’un malade atteint d’une seule plaque teigneuse, située sur la face supérieure de la tête. Nous faisons asseoir notre patient et nous irradions la région malade en protégeant les parties saines, mais en empiétant d’environ 1 centimètre sur les cheveux normaux.
Cette protection se faisait, au début, par une lame de plomb percée d’un orifice de forme et de dimensions correspondant à l’étendue de la lésion. Cette plaque métallique était lourde, peu pratique et difficile à mettre en place. Aujourd’hui, nous nous servons de notre localisateur, et un tube de diamètre et de longueur convenables limite exactement le champ d’action. Sabouraud emploie un dispositif analogue construit par Drault.
Les rayons utilisés sont des rayons n° 5 ; l’étincelle équivalente est, avec notre installation sur bobine, de 2 centimètres et demi, et avec celle sur machine statique, de 2 centimètres seulement.
En une seule séance ou en deux séances consécutives, nous faisons absorber à la partie malade 5 H de l’échelle d’Holzknecht. Cela demande, suivant la distance de l’anticathode à la peau, 15 à 35 minutes environ.
Le cuir chevelu, à la suite de ce traitement, ne présente aucune modification immédiate. Souvent, vers le sixième ou le dixième jour qui suit l’application, on peut voir, sur la région irradiée, un léger érythème, à peine perceptible. Quelques auteurs croient même qu’il se produit toujours, mais que sa constatation est difficile ; il passe, par suite, souvent inaperçu.
TRICHOPIIYTIES
3oi
Au bout de quelques jours, trois ou quatre suivant Sabouraud, il disparait, et est remplacé par une pigmentation si peu apparente, qu’il faut la rechercher soigneusement pour la voir. Du quinzième au vingtième jour, suivant les cas, sur toute l’aire insolée, les cheveux commencent à tomber, au moindre effort de traction et souvent même spontanément. Avant leur chute, ils peuvent changer de coloration, ainsi que l’ont signalé quelques auteurs. Nous n’avons jamais constaté ce fait ; mais nous avons remarqué que parfois ils paraissent atrophiés, et que l’ensemble des cheveux irradiés est un peu plus gris, plus terne, que ceux qui ont été respectés. Ils sont comme brûlés, disent les malades..., les comparant ainsi à la plante qui se flétrit sous l’action intempestive des rayons solaires.
Au bout de quelques jours, la dépilation est complète. On peut, comme le conseille Sabouraud, l’activer par des savonnages quotidiens, suivis d’une friction douce avec une liqueur faiblement iodée, pour assurer l’antisepsie de surface.
Nous connaissons le mécanisme de l'alopécie ; les cheveux tombent par suite de la sidération de la papille. Sa fonction créatrice est arrêtée pendant un certain temps ; aussi le chevelu malade est-il expulsé, depuis longtemps, quand pousse le nouveau cheveu.
« Lors même que la repousse du cheveu nouveau suit de très près l’expulsion du cheveu mort, dit Sabouraud, l’un reste séparé de l’autre, ordinairement, par une épaisseur d’épiderme complet, interposé. Ainsi, peut-il se faire qu’un parasite spécialisé à l’épiderme corné, habitant un cheveu mort en expulsion, soit jeté hors de la peau, par un processus physiologique d’élimination, sans que le cheveu nouveau qui pousse au-dessous du cheveu mort soit contaminé. Les cheveux teigneux sont éliminés, comme les cheveux sains, par atrophie momentanée totale de leur papille. Eux aussi s’effilent peu à peu, se séparent de leur papille et sont expulsés. »
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
Telle est la pathogénie de la guérison. C’est à une action purement mécanique, pour ainsi dire, que l’on doit la disparition des trichophytons. Il ne faudrait pas croire, en effet, que les rayons X exercent, dans ce cas, un effet bactéricide. Dans les conditions thérapeutiques habituelles, cette action n’existe pas. Le trichophyton conserve sa vitalité, mais le cheveu dans lequel il a élu domicile est expulsé. Les dernières parcelles de cheveux malades qu’on recueille à la surface de la peau, au moment de leur expulsion, sont encore infiltrées de parasites vivants. Les cultures pratiquées par Sabouraud et d’autres, avec ces débris, furent invariablement positives.
Ce fait permet de comprendre combien la réinoculation est facile sur des aires non traitées de la même tête : « Quand, dit Sabouraud, les cheveux teigneux tombent, ils sont d’admirables porte-graines. Ce fait explique la nécessité d’une antisepsie constante du cuir chevelu, depuis l’opération jusqu’à la période de déglabration constituée. »
On peut, pour cela, recommander les savonnages avec du savon au naphtol, ou, comme on le pratique à Saint-Louis, des frictions journalières de tout le cuir chevelu, avec une teinture d’iode étendue de 5 fois son volume d’alcool.
Si la région atteinte a été convenablement traitée, la repousse commence à se faire au cours de la septième ou huitième semaine qui suit la dépilation, c’est-à-dire environ dix semaines après le début de l’opération. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’en général la repousse est très lente ; elle se produit toujours, du moins dans les cas que nous avons pu suivre, mais parfois elle ne commence que douze ou treize semaines après l’épilation. Dans les cas normaux, dit Sabouraud, elle est à peu près complète deux mois après qu’elle a commencé.
Ce retard peut être considéré comme un inconvénient de la méthode, mais en réalité il la rend excellente.
En effet, le dernier débris de cheveu malade est expulsé depuis
TRICHOPHYTIES
longtemps, quand les cheveux nouveaux apparaissent . Ceux-ci ne peuvent donc pas être infectés par le parasite, puisque, depuis déjà longtemps, il a été expulsé hors du follicule.
Il est évident que la plus ou moins grande rapidité de la repousse dépend de la sensibilité du sujet, de la région, et surtout de la quantité des rayons X qui a été absorbée.
Plus la réaction aura été vive, plus la repousse sera tardive, et cela nous amène à l’étude des accidents légers qui peuvent survenir dans le traitement de ces affections.
La quantité 5 H, que nous avons fixée, représente une dose moyenne, pour un cuir chevelu d’adulte. Chez l’enfant, à H et même moins seront souvent amplement suffisants. Nous répéterons encore que le temps de pose ne signifie rien ; ce qui importe, c'est la quantité de rayons X. En plus, il faut tenir compte des différences individuelles. Nous avons vu des malades qui présentaient une dépilation incomplète, après avoir absorbé 6 H ; chez quelques autres, il se produisait, surtout au voisinage du centre d’application, une légère réaction, constituée par l’apparition de quelques pustules avec croùtelles, qui cédaient vite aux applications de glycérine iodée à I p. &0.
Lorsque la trichophytie siège à la barbe, ou sur une autre région poilue, il faudra être prudent, car une dose qui, au cuir chevelu, ne produit aucune réaction désagréable, peut parfaitement, sur la face,, donner naissance à une inflammation plus ou moins violente. Cette dernière ne sera pas toujours nécessairement suivie d’une complète alopécie. On constate du reste tous les jours, en clinique dermatologique, la facilité avec laquelle le cuir chevelu supporte sans inconvénient des agents irritants médicamenteux, qui, s’ils étaient appliqués sur le visage, pourraient donner naissance à des phénomènes inflammatoires sinon graves, du moins ennuyeux.
Si l’on en croit Sabouraud, les rayons obliques seraient plus nocifs pour l’épiderme et moins dépilants : « La tête humaine,
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
surtout la tête petite des enfants, présente une convexité de forte courbure. Quand on l’engage dans un manchon de grand diamètre, les rayons obliques qui viennent frapper le cuir chevelu, au bord du cylindre, sont presque tangentiels à la peau. Ils provoquent le développement d’une folliculite staphylococcique, sans doute par traumatisme de l’épiderme toujours infecté du cuir chevelu. On voit alors l’aire alopécique, *20 jours après l’opération, sertie d’une couronne de pustules folliculaires épidermiques, complication bénigne, mais ennuyeuse et évitable. »
Les rayons obliques sont certainement moins actifs et, par suite, moins dépilants que les rayons normaux. On sait, en efFet, que l’intensité d'action dépend de la distance du point d’application à la source et du sinus de l’inclinaison ; mais nous croyons que c’est aller un peu loin que de gratifier ces rayons d’une puissance nocive spéciale. Ne faudrait-il pas plutôt attribuer ces poussées staphylococciques périphériques à une infection de voisinage, ou à une irritation locale, due à une dépilation incomplète : le cheveu agissant comme corps étranger ?
En tout cas, il est sage de prévenir ce léger accident en réduisant, comme nous le disions plus haut, l’étendue des surfaces irradiées et en faisant faire, comme le conseille Sabouraud, du dixième au trentième jour après l’opération, des applications locales quotidiennes de fleur de soufre. On peut employer le Uniment suivant, que l’on aura soin d’agiter avant de l’étendre au pinceau :
Soufre précipité
Alcool à 90°
Eau distillée
Lorsque le patient ne présente qu’une seule plaque teigneuse, le traitement est facile. On circonscrit largement le foyer morbide et une seule application conduit à l’épilation de tous les cheveux trichophy tiques. Lorsqu’il y a plusieurs points malades,
àà 15 grammes.
TRICIIOPIIYTIES
il est encore relativement facile d’agir séparément sur chacun. Mais le problème devient plus complexe, lorsque l'on veut épiler une tète entière. Il faut un nombre considérable de séances, car on doit décomposer l’étendue totale du cuir chevelu en un certain nombre d’aires contiguës de moins grande surface. Si l’on voulait agir sur toute la tête (face supérieure du moins), il faudrait éloigner considérablement l’ampoule du point d’application; le temps de l’irradiation devrait croître comme le carré de la distance; il deviendrait considérable, et l’immobilité du patient serait impossible à obtenir.
11 est bien préférable de faire des applications contiguës et successives. Mais, dans ce cas, il est souvent difficile d’assurer un raccord parfait entre les différentes surfaces traitées. Les bords seront irradiés, trop ou insuffisamment, et, par suite, l’épilation y sera incomplète, ou s’accompagnera d’une radiodermite plus ou moins sévère. Sabouraud trouve une grande difficulté dans ce fait que l’on ne peut procéder que par aires rondes et que, par suite, le raccord de ces surfaces laisse entre elles des triangles courbes non insolés. Mais il est facile de remédier à cet inconvénient en employant comme protecteurs des disques de plomb, dont l’ouverture sera rectiligne sur un ou deux côtés. Si l’on préfère se servir de manchons, ce qui est plus commode, pourquoi ne pas placer dans leur ouvert ure inférieure une petite lame de plomb, disposée de telle sorte qu’un des segments du cercle soit remplacé par une ligne droite? On traitera, il est vrai, une surface moins étendue, mais on pourra raccorder plus facilement les parties traitées, et obtenir un résultat définitif plus parfait. Ce serait à coup sûr plus simple et plus pratique que de se servir de tubes spéciaux, théoriquement capables de limiter l’action des rayons aux surfaces comprises entre chaque aire circulaire.
Signalons enfin un fait que nous avons constaté deux fois dans le cours du traitement de nos teigneux. Lorsque l’épilation
DELOT.
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
fut complète, nous avons pu distinguer sur la partie devenue glabre, deux zones : une zone centrale, légèrement pigmentée en brun clair, qui correspondait exactement à la partie où la teigne était précédemment en activité; au contraire, la couronne glabre qui entourait ce disque central, et sur laquelle se trouvaient auparavant des cheveux d’apparence saine, présentait une teinte blanche normale. L’épilation s’était produite sans apparition de réaction.
Quelle est la valeur de la méthode ? Le succès est-il certain ? Les teignes sont-elles guéries? Faut-il faire des restrictions ? Sabouraud croit qu’il faut compter 5 à 10 p. 100 d'échecs relatifs. 11 les attribue à trois causes :
a) Une dépilation insuffisante sur un ou deux points et qui laisse quelques cheveux malades sans les faire tomber.
p) Un oubli opératoire réservant un îlot de cheveux malades, difficiles à voir, et dont on s’aperçoit quand la guérison du reste est obtenue.
y) Quelques réinoculations au cours du traitement.
Cette faible proportion d’échecs relatifs doit nous rendre très confiants. Il est probable que la guérison suit ordinairement la chute totale et complète de tous les cheveux atteints. Mais la difficulté réside dans la production de cette alopécie. On ne peut jamais être certain qu’elle sera totale, qu’il ne restera pas quelques particules de cheveux malades, partant quelques trichophytons, qui viendront infecter les nouveaux cheveux. Il est vrai qu’il sera alors facile de procéder à une seconde épilation .
En tout cas, les malades doivent être mis en observation; la repousse doit être surveillée de près et ce n'est que lorsqu'elle sera saine et complète depuis quelque temps que l'on sera certain du succès.
Néanmoins, ce procédé surpasse de beaucoup tous ceux qui l’ont précédé, par la rapidité d’application et par l'absence de phénomènes douloureux. Seul, il assure une épilation le plus sou-
FAVUS 3c>7
vent complète, partant la guérison, et il doit être préféré aux anciennes méthodes.
Nous ne résumerons pas les observations des 6 malades que nous avons traités cette année ; elles ne présentent aucun intérêt et ne seraient que la répétition de ce que nous avons dit.
On peut, en terminant, résumer ainsi la technique opératoire : on obtiendra généralement l’épilation d’une plaque de teigne, en faisant absorber, à tous les points de la surface malade une quantité moyenne de 5 H environ de l’échelle d’Holzknecht ; les rayons employés ayant une puissance de pénétration voisine du quatrième ou du cinquième degré du radiochromomètre de Benoist. La guérison suivra ordinairement l’épilation.
FAVUS
Presque tout ce que nous avons dit au chapitre des teignes tondantes s’applique également au favus. Mais, dans cette affection, les cheveux conservent leur solidité et, par suite, peuvent être facilement arrachés par les procédés habituels d’épilation.
La radiothérapie ne présente donc pas, à priori, un avantage immense sur les autres méthodes, car le seul effet que l’on puisse en réclamer semble être l’épilation. On a bien prétendu que les rayons X pouvaient avoir une action modificatrice sur les lésions cutanées elles-mêmes: mais elle n’est pas démontrée. Quant à un effet bactéricide, il doit être complètement écarté. Les rayons X, à la dose où ils sont absorbés, sont incapables de modifier directement la vitalité des colonies parasitaires.
Le favus est rarement localisé en un seul point du cuir chevelu ; il est ordinairement plus ou moins disséminé. Aussi, Freund, qui a une grande expérience en la matière, conseille-t-il de pratiquer l’épilation de toute la tête. A cette seule condition1
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
il serait possible d’éviter les récidives. Voici comment cet auteur conseille d’agir : « On irradie d’abord le dessus de la tête, puis on attaque les côtés et enfin la région occipitale. La distance de l’anticathode à la peau doit être de 25 à 30 centimètres, pour pouvoir atteindre, en une seule séance, une plus grande étendue. « D’après lui, les irradiations doivent être plus intenses pour le traitement de cette affection que pour celui des autres maladies du cuir chevelu.
Après 3 semaines de traitement (méthode de Freund), les cheveux commencent à tomber, soit spontanément, soit à la moindre traction, et en écartant ceux qui restent, on peut apercevoir sur le cuir chevelu une teinte érythémateuse plus ou moins prononcée. Durant les 2 semaines suivantes, l’alopécie se continue et finit par devenir complète. Si, dit Freund, il y avait des godets faviques sur la région traitée, ils s’exfolient et laissent à leur place des excoriations rougeâtres, suintantes, qui, au bout d’une dizaine de jours, se recouvrent de tégument. A cette époque, les parties traitées présentent une surface unie, glabre, brillante, ayant l’aspect de la bille de billard.
Six à hait semaines après la fin du traitement, la repousse commence. Elle se manifeste par l’apparition d’un fin duvet, qui croit peu à peu et se transforme finalement en cheveux adultes.
Dans beaucoup de cas, ajoute cet auteur, la repousse est complètement saine et les malades peuvent être considérés comme o-uéris, si, dans le cours des 10 semaines suivantes, il ne se produit aucune nouvelle poussée.
Dans quelques cas rares, l’apparition d’une petite récidive nécessite un court traitement secondaire.
A quoi sont dues ces rechutes?
Faut-il les attribuer à une épilation incomplète, à la présence de parasites sur la surface cutanée, dans les follicules, ou bien à une infection de voisinage ?
Torok et Schein croient que les récidives ne sont pas occasion-
f'AVUS
nées par des champignons restant dans les follicules, mais par une nouvelle infection exogène. Aussi recommandent-ils, comme Freund, de dépiler complètement le cuir chevelu, dans chaque cas de favus.
Il faut, en plus, assurer l'antisepsie de la surface traitée. On peut employer la teinture d'iode étendue, comme le fait Sabouraud pour les teigneux. Mais il paraît préférable d utiliser les préparations phéniquées qui. d’après Calderone, constituent l’agent médicamenteux le plus nocif pour le champignon favique. On peut se servir, comme Freund, d'une préparation de lanoline et de glycérine phéniquée. Les applications doivent être faites, matin et soir, sur toutes les parties glabres, en massant en même temps le cuir chevelu. Il est évident que ce traitement ne doit être commencé qu’après disparition de tout phénomène réactionnel.
L’auteur affirme qu’il a pu guérir par ce procédé, en quelques semaines, des affections très rebelles. Quelques cas n’ont pas récidivé depuis 2 ou 3 ans.
Si les applications phéniquées n’ont pu empêcher la récidive de se produire, il faut faire de nouvelles applications de rayons X. Il faudra alors agir avec prudence, éviter toute réaction violente, qui pourrait être suivie d’alopécie définitive. •
Résumant les avantages de la méthode, il croit qu'elle tire surtout sa valeur de son action dépilante ; mais il est convaincu qu’elle exerce aussi sur les follicules une action excitante qui en modifie les conditions de nutrition, et qu’elle amène la dégénérescence d’éléments cellulaires dans lesquels vivent les parasites, ce qui entrave les conditions d’existence de ces derniers.
Ces explications ne sont que des hypothèses, car, dit-il, il n’existe pas de recherches histologiques précises.
En 1902, MM. Gastou et Vieira obtinrent l’épilation d’un cuir chevelu atteint de favus au bout de 1 1 à 12 séances : une amélioration notable fut consécutive à ce traitement.
3io
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
Scholtz a traité quelques cas du favus. Il nie toute action bactéricide, mais admet comme possible une influence favorable sur les lésions cutanées concomitantes. Il a toujours conduit son traitement de telle sorte que la cbute des cheveux se produise sans phénomènes inflammatoires très notables. Il n’a jamais vu la simple dépilation, par la méthode de Rôntgen, conduire à une guérison définitive : « Nous avons répété plusieurs fois l’expérience, pour savoir si l’épilation totale de la tête était suivie de la guérison complète, et nous avons dù nous convaincre que toujours, parmi les cheveux qui repoussaient, il y en avait de malades. On trouvait aussi des godets faviques en nombre plus ou moins considérable. » Aussi conseille-t-il un traitement ultérieur énergique, avec des préparations phéniquées, pyrogallées, à l’acide chrysophanique et à la chrysarobine. Malheureusement, même en prenant ces précautions, il se produit encore assez souvent des récidives, et on doit alors, par de nouvelles irradiations, ou empêcher temporairement la repousse, ou faire une nouvelle épilation.
Pusey et d’autres n'attribuent pas grande valeur à cette méthode. Ils semblent croire, qu'en pratique, les rayons X ne répondent pas à l’espoir qu’ils a Avaient fait naître.
Enfin, Williams, Norman Walker, Lion, Grouven, Hahn, Neumann, Ziemssen, Albers-Schônberg, Spiegler, Boczar, Bukofsky ont obtenu des résultats plus ou moins satisfaisants.
Déjà, lorsque dans les teignes une partie du cuir chevelu est envahie, les résultats obtenus sont loin d’être aussi complets que lorsque la lésion est localisée. Dans le favus, il semble qu’il faille toujours épiler toute la tête... ce qui, outre la difficulté d’application, demande du temps et de la patience.
La pince ne serait-elle pas préférable, dans bien des cas, à la radiothérapie ?
Dans la teigne tondante, le parasite semble localisé au cheveu ; dès lors, il est naturel d’admettre que l’expulsion totale de celui-ci
SYCOSIS ET FOLLICULITE DE LA BARBE
puisse conduire à la guérison. Dans le favus, l’achorion occupe non seulement le cheveu, mais encore le pourtour de l’ouverture du follicule et même parfois le follicule lui-même. Aussi l’épilation, à elle seule, est-elle souvent incapable de conduire à un résultat complet. Cette localisation parasitaire permet, en outre, de comprendre pourquoi la durée de l’alopécie doit être prolongée ; il faut que le nouveau cheveu ne rencontre sur son trajet aucun parasite; sinon, la récidive est certaine.
La dose nécessaire pour arriver à l’épilation est sensiblement la même que pour la trichophytie. Mais des expériences et des -études plus complètes doivent être faites sur cette question pour fixer exactement la valeur de la méthode.
Nous avons obtenu une guérison complète chez une malade atteinte de cette affection. La lésion était très limitée et l’épilation fut suivie d’une repousse saine en apparence.
SYCOSIS ET FOLLICULITE DE LA BARBE
Schiff et Freund furent les premiers à appliquer la radiothérapie au traitement du sycosis. Ils furent conduits dans cette Aroie par cette idée, qu’en enlevant les poils par l’épilation, ils devaient obtenir la guérison. Ceux-ci, selon ces auteurs, paraissaient jouer le rôle de corps irritant; en les enlevant, on éliminerait en même temps la cause principale de l'inflammation des parois des glandes, de la peau, des follicules, etc.
D’après Freund, il faut, en pratique, tenir compte de deux facteurs : le caractère de l'affection et les conditions extrinsèques dans lesquelles se trouve le patient .
Lorsque la lésion est étendue, qu'il existe des poches purulentes sous-cutanées..., il faut se contenter de faire un petit nombre de séances, toujours aArec des tubes durs. Ces applications légères suffisent à produire une notable amélioration.
3x2 MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
L 'infiltration diminue, les pustules se dessèchent, le prurit et la tension de la peau sont moins prononcés et la surface cutanée préseute à ce moment une coloration rouge foncé.
Lorsque la lésion revêt un autre aspect et qu’elle est constituée par des petits boutons rouges, péripilaires,par places transformés en pustules (folliculite de la barbe, acné pilaire de Besnier), il faut, si les conditions sociales du malade le permettent, lui recommander de rester quelque temps sans barbe. Pour cela, on fait des irradiations de façon à produire une alopécie totale et on maintient cet état, s’il est nécessaire, par des applications secondaires. Mais comme, dans cette affection, la peau est relativement plus sensible qu’à l’état normal, il faut agir avec prudence, de façon à éviter toute réaction désagréable.
En général, dès que les réactions inflammatoires sont calmées, il faut, pour avoir un résultat complet, faire sur toute la région dépilée des applications de pommade soufrée à 15 ou 20 p. 100. Freund avait traité de cette façon, jusqu’en novembre 1901, 17 cas de sycosis. 5 ont été guéris par une seule série d’applications ; dans 5 autres, il a fallu faire deux séries; 3 ont nécessité une ti'oisième période de traitement, et dans un seul on a dû le recommencer une quatrième fois.
Gastou, Vieira et Nicolau obtinrent une coiuplète épilation après il séances. Jamais il n’y eut de réaction violente. Le malade guérit, mais la lésion l'écidiva au bout de quelque temps; elle céda, du reste, à de nouvelles irradiations.
Scholtz, comme la plupart des auteurs, a guéri définitivement des malades atteints de sycosis léger. Par contre, dans les cas graves et invétérés, il y avait récidive dès que lai'epousse s’était produite. Un long traitement prolongé est indispensable, dit-il, et il faut faire, au bout de quelques semaines, de nouvelles irradiations pour retarder la repousse et même, dans certains cas. il sera nécessaire de l’empêcher définitivement.
François, de Valenciennes, a guéri un cas de sycosis en
SYCOSIS ET FOLLICULITE DE LA BARBE
3 séances de 10 minutes, à 25 centimètres de distance. La source était une machine statique à h plateaux.
Williams, Lancashire, Grouven, Gassmann et Schenkell, Spiegler, Lyon, etc., ont eu quelques succès par ce procédé ; Pusey lui attribue une réelle valeur.
Enfin, récemment, Ullmann, dans un travail d'ensemble sur la radiothérapie, croit que cette méthode est indiquée lorsque le sycosis est superficiel ; mais s’il existe des abcès sous-cutanés, la force de pénétration des rayons n’est pas suflisante.
Comme dans le fa vus, le principal effet que peut produire la radiothérapie sur une région atteinte de sycosis est l’épilation. A ce point de vue, cette méthode est préférable à la pince, quand les lésions sont étendues, à cause de la rapidité d’action et de l’absence de douleur. Mais outre leur action dépilante, les rayons X sont encore capables de produire, sur les téguments qu’ils atteignent, certaines modifications d’ordre plus ou moins inflammatoire. Dans certains cas même, cette irritation modérée serait favorable ; les pustules irradiées diminueraient de volume, se dessécheraient et finiraient par disparaître. Aussi, lorsque la lésion est légère, les éléments localisés au pourtour des poils, l’infiltration peu prononcée, la radiothérapie peut être pour le praticien un précieux auxiliaire. Même lorsque la plupart des follicules sont atteints, que le derme est épaissi, on peut encore l’employer sans crainte. Mais cette méthode employée isolément ne parviendra pas à faire disparaître, à elle seule, les poches purulentes et les infiltrations profondes que l’on rencontre dans certaines formes. En plus, ces lésions sont facilement irritables, et la perspective d’une radiodermite facilement grave devra, dans ce cas, rendre le praticien très prudent et très réservé.
Il faut demander à la radiothérapie ce qu'elle est susceptible de donner. Prenons-la comme agent épilant — même si nous voulons, attribuonsdui une action cicatrisante et résorbante (parfois assez nette) sur les poussées staphylococciques — mais
MALADIES DU SA'STÈME PII.O-SÉBACÉ
ne cherchons pas à obtenir la guérison de ces vastes décollements purulents que l’on rencontre quelquefois. 11 est faux d’attribuer cette inactivité à un manque de pénétration des rayons. On doit simplement savoir que jamais les rayons X n'ont été capables de faire résorber un abcès et de remplacer le bistouri !
Nous avons traité à l’hôpital Broca plusieurs cas de sycosis et de folliculite de la barbe, localisés soit aux joues, soit au menton, soit à la moustache, soit occupant toute la barbe : les résultats obtenus ont été satisfaisants et certainement plus rapides que par les méthodes habituelles. Dans ces cas, les téguments étaient infiltrés, mais il n’y avait pas de grands décollements; cependant presque tous les follicules étaient atteints. Chez un de nos malades, la lésion datait de plus d’un an, et les démangeaisons et les cuissons étaient intolérables. Les irradiations ont été conduites de façon à obtenir une épilation complète, sans cependant risquer la radiodermite. Nous aA'ons fait absorber une quantité variant entre 3 et 5 H suivant les régions et suivant l’état des téguments. La dépilation s’est faite d’autant plus facilement que les lésions étaient plus accentuées. Dans certains cas, il a fallu, au bout de 15 à 20 jours, faire une nouvelle application pour la compléter. Généralement, au bout de 15 jours, les poils commencent à tomber et ce phénomène est souvent précédé de l’apparition d'un érythème, d’autant plus intense que la peau irradiée est plus atteinte. Dès que les poils commencent à tomber, parfois avant cette époque, les pustules se modifient ; les croûtes se détachent et il se produit souvent un peu de suintement. Les surfaces suintantes et purulentes se dessèchent, se cicatrisent et la peau, d’aspect général normal, prend une teinte rouge brun, mais présente à sa surface un certain nombre de marbrures plus ou moins apparentes. Les douleurs et les démangeaisons qui s’étaient atténuées dès le début des modifications ont totalement disparu. A ce moment,
SYCOSIS ET FOLLICULITE DE LA BARBE
il faut prescrire des applications de pommade soufrée ouichthyolée, et, dans certains cas graves et rebelles, il est prudent de faire au bout de quelque temps une nouvelle irradiation (2 à 3 H) pour retarder la repousse. Souvent, en effet, surtout si la durée de l’alopécie a été peu prolongée, de nouveaux foyers morbides apparaissent à ce moment et exigent un nouveau traitement.
Mais, n’en est-il pas de même, lorsque, au lieu de la radiothérapie, on emploie la pince à épiler? On sait, en plus, combien cette opération est douloureuse.
L’écueil à éviter, c’est la radiodermite. Elle survient très facilement. Ces tissus infectés, en mauvais état, infiltrés, etc., sont bien moins résistants que les tissus sains, et si la dose nécessaire a été quelque peu dépassée, parfois même sans qu’elle ait été atteinte, l’épiderme tombe et on a des surfaces plus ou moins étendues, suintantes, rougeâtres par places, jaunâtres en d’autres endroits, plus ou moins recouvertes de croûtes, et donnant issue à un liquide parfois purulent. Au milieu de tout cela, quelques poils subsistent, preuve évidente que la dose dépilante n'a pas été dépassée ! Cet état est ennuyeux, mais n’est pas grave. La réparation est très rapide, sans production de cicatrice visible. Du reste, dans certains cas, l’aspect objectif de la lésion est tel, qu’il est légitime de se demander si on est en présence d’une radiodermite véritable, ou d’une simple exagération des phénomènes inflammatoires préexistants.
Néanmoins, il faut tout mettre en œuvre pour éviter ces réactions, d’autajat plus que si la radiodermite est un peu prononcée, on peut redouter une alopécie définitive, en plaques, par atrophie des bulbes pilaires, complication disgracieuse et mal supportée par les malades.
Si l'inflammation est très prononcée, il va sans dire qu’il faut attendre qu’elle soit calmée, avant de commencer les séances radiothérapiques.
Dans les cas chroniques, avec infiltrations nodulaires plus ou
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
moins volumineuses, on pourrait encore, d’après Freund, employer avec succès ce procédé. Il assurera une bonne épilation et si, l’on en croit cet auteur, une diminution et un aplatissement notables des infiltrats. Il n’y a à cela rien d’invraisemblable, et les résultats que nous avons obtenus sur les chéloïdes semblent confirmer les résultats de Freund.
On ne peut rien dire des récidives. Il semble cependant que, sans être la règle, elles se produisent assez souvent. Un second traitement en a ordinairement raison ; sinon, il devient nécessaire de déterminer une alopécie définitive, ce qui demande du temps et de la prudence.
Comme nous l’avons dit au début, Freund croit que la guérison résulte surtout de la suppression des poils ; de cette façon, l’entrée des médicaments dans les follicules est facilitée. On pourrait croire que c’est là le point important. Freund n’est pas de cet avis. Pour lui, le mécanisme de la guérison réside dans ce fait : « que par l’épilation, on enlève un corps irritant entretenant l’inflammation du follicule ». Aussi, a-t-il grande confiance dans la radiothérapie, qui assure une alopécie de durée plus longue que celle obtenue par les autres méthodes d’épilation.
On peut dire en terminant, que la radiothérapie appliquée au traitement du sycosis a surtout pour but de produire, sans douleur, une épilation relativement parfaite et qu’elle n’est pa s sans influencer favorablement les lésions cutanées dues aux infections staphylococciques, soit par action directe, soit simplement par suppression du cheveu, qui joue ici.le rôle de corps irritant.
Obs. I. — M. L..., 25 ans. — Sycosis vulgaire de la barbe, datant de 2 ans, occupant les joues et le menton. Le malade éprouve de terribles sensations de brûlures et des démangeaisons. La peau est très rouge, couverte de croùtelles ; chaque poil est engainé par un petit abcès. Infiltration générale de la peau de toutes les régions malades. Le patient a été traité par différentes méthodes, sans résultat.
BLÉPHARITES
18 janvier 1904. — o H sur la joue droite. Rayons n0i 4-5.
3 février. — L’épilation commence à se faire sur le côté traitée ; la peau est très rouge, la folliculite subsiste.
o II sur la joue gauche.
17. — L’épilation est complète à droite, les démangeaisons et les sensations douloureuses ont disparu. La peau est moins infiltrée, les pustules n’existent plus, quelques croùtelles subsistent, l’ensemble est rouge foncé et comme marbré. A gauche, l’épilation commence.
On traite le menton « côté gauche), 4 à 5 IL
Du 18 février au 27 avril. — On fait ainsi sur les différents points malades une séance avec la dose dépilante, soit 4-5 H, en tout 6 séances. La dépilation s’est faite partout et la réaction n’a été vive que sur la région mentonnière, sur un petit espace où existaient déjà quelques croùtelles avant le traitement : un peu d’exulcération s’est produite, et la lésion s’est impétiginisée. Tout est rapidement rentré dans l'ordre.
11 mai. — Seul le menton est encore en réaction; il présente une teinte rouge cuivre, la cicatrisation est presque complète, sans apparence cicatricielle; partout ailleurs la guérison paraît totale. Le malade est très satisfait.
30. — Le malade est guéri. La repousse commence à droite ; elle est saine ; tout phénomène morbide a disparu.
Obs. IL — M. B..., 26 ans. — Sycosis de la barbe datant de 4 ans; phases d’amélioration et d'aggravation successives. Aujourd'hui la lésion est en pleine évolution ; les démangeaisons sont violentes.
Du 24 mars au 26 avril 1904, le malade a reçu 4 séances de radiothérapie, de façon à faire absorber une dose de 4 à 5 H à chaque point malade. Rayons n°s 4 à 5.
Sur une joue, la réaction a été un peu marquée; partout l’épilation a été totale ; les démangeaisons se sont calmées. La peau a repris une apparence normale, quoique colorée en rouge foncé.
Nous avons revu le malade au commencement de juin, la repousse commençait sur certains points; elle était saine et la peau du visage avait repris presque partout une coloration normale. Le malade pouvait être considéré comme guéri.
BLÉPHARITES
Freund, en traitant par la radiothérapie des malades atteints de sycosis de la barbe, d’eczéma de la face, ou d’acné, etc., eut
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
l’occasion d’observer qu'une blépharite concomitante guérissait complètement et en très peu de temps.
En collaboration avec SchilY, il publia le premier cas de ce genre ; il s’agissait d’une blépharite existant en même temps qu’un eczéma chronique de la barbe. Depuis, il a soigné trois patients atteints simplement de l’affection elle-même. En général, dit-il, qu’il s’agisse d’inflammation ulcéreuse ou simplement squameuse du bord des paupières, la lésion se modifie rapidement, à la suite de quelques légères irradiations faites avec une ampoule dure. Les croûtes se détachent, la rougeur cesse, les excoriations se cicatrisent et la peau redevient normale, sans que pour cela les cils soient tombés. Aucun médicament n'est nécessaire, et la conjonctrvite catarrhale concomitante s’améliore vite, dès que la blépharite est guérie.
Nous n’avons jamais eu l’occasion de traiter ce genre d’affections ; mais, le cas échéant, nous croyons qu’il serait sage de s’arrêter à la dose de 3 unités H de l’échelle d’Holzknecht, aArec des rayons peu pénétrants.
Le peu de sensibilité de la cornée à l’action des rayons X semble devoir favoriser la réussite.
La seule chose qui nous étonne, dans les observations de Freund, c’est que la guérison se soit produite sans avoir été précédée de la chute des cils.
Cette alopécie n’aurait du reste aucun inconvénient, la repousse semblant être la règle, et son existence momentanée devrait, dans certains cas, hâter la guérison.
TRICHORRHEXIE NOUEUSE
Freund a traité parla radiothérapie un cas rebelle de trichorrhexie nodosa, qui durait depuis plusieurs années. Douze séances, de 7 à 10 minutes de durée, produisirent un léger éry-
PELADES ET ALOPECIES 3l0
thème et la chute d'une partie des poils malades. La guérison fut complète à la repousse.
Il est probable que, dans ce cas, les rayons X ont agi simplement en produisant l’épilation. Mais les expériences de Sabouraud semblent démontrer que, dans un certain nombre de trichorrhexies, il suffit de supprimer l’usage du savon pour obtenir la guérison.
§ 2. — Les rayons X, stimulants du système pileux.
PELADES ET ALOPÉCIES
Le 2 novembre 1900, Kienbôck présenta à la Société médicale de Vienne le premier cas de pelade traitée par les rayons X et apparemment guérie. Il s’agissait d’un homme de 26 ans, qui depuis 3 ans a\mit perdu tous ses cheveux. Six applications radiothérapiques, de 15 minutes de durée, furent faites sur la partie supérieure de la tète. L’ampoule était placée à une distance de 20 centimètres de la peau. Le duvet jaunâtre qui recouvrait le cuir chevelu tomba rapidement sur les régions irradiées, et une chevelure normale repoussa au bout de 2 mois. L’alopécie persista sur le reste de la tête, où les rayons n’avaient pas porté.
Le 7 décembre 1900, G. Holzknecht publia une guérison analogue survenue après 5 applications de 10 minutes de durée, à 20 centimètres de distance. Ce succès l’encouragea à multiplier ses essais, et les résultats qu’il obtint, sans être constants, furent cependant très encourageants. D’après lui, il existe deux méthodes de traitement. On peut irradier isolément chaque foyer peladique, en empiétant sur les cheveux normaux ; le reste de la tète est alors protégé par une lame de plomb. On peut
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
également traiter tout le cuir chevelu, sans respecter les parties saines intercalées entre les foyers malades.
Chacune de ces méthodes s’applique à des cas différents. Si les lésions ont peu d’étendue, et se réduisent à un ou deux placards, il va sans dire qu’il faut se contenter d’agir uniquement sur eux. Lorsque la maladie a atteint une plus grande surface, mais que son étendue ne dépasse pas celle des parties saines, il est encore préférable de localiser l’action des rayons X aux plaques de pelade. Un essai comparatif fut fait par Holzknecht. Il constata que, dans ce cas, les irradiations localisées aux parties malades donnaient une guérison plus rapide. Mais lorsque le nombre des foyers est considérable, et que l’on peut se demander s’il n’existe pas de foyers latents, que l’extension du mal est rapide, il faut attaquer tout le cuir chevelu si l'on veut avoir quelque chance de succès.
Dans toutes ses applications, Holzknecht a cherché à produire le premier degré de réaction inflammatoire de la radiodermite, c’est-à-dire l’hypérémie.
Freund obtint quelques guérisons en se conformant aux indications d’ Holzknecht.
Williams croit que les rayons X sont capables de stimuler la croissance des cheveux. Il cite le cas d’un patient, dont les che- A^eux tombaient, qui voulut absolument être soumis aux irradiations, quoique l’auteur lui eût fait comprendre que les cheveux qui lui restaient allaient tomber. L’alopécie se produisit en effet; mais la repousse fut abondante et le résultat final a été très favorable. Il obtint de même une repousse complète, sur un cuir chevelu atteint de pelade. La réaction ne dépassa jamais le léger érythème.
Quelques auteurs étrangers ont publié des résultats contradictoires ; et il faut remarquer que ce mode de traitement est encore relativement peu employé, quoique depuis 1900 Holzknecht en ait formulé les règles.
PELADES ET ALOPÉCIES
Dans un travail récent, UUmann cite quelques améliorations
indiscutables obtenues par ce procédé.
Lorsque Kienbôck fit sa première communication, Kaposi ne voulut pas admettre que le résultat fût attribuable aux rayons X. Pour lui, tous les traitements réussissent, quand ils ont été employés les derniers, avant la guérison spontanée de l’affection. Mais cependant, comme le faisait remarquer à cette époque Noble, le malade de Kienbôck portait sur lui la preuve évidente d’une influence directe des rayons X. Comme le dit aussi Holzknecht, il est inadmissible de nier cet effet, quand la repousse est localisée seulement là où ont porté les irradiations, et qu’à côté l’alopécie primitive existe dans toute son intégrité.
Cette démonstration parait évidente, et de ce que des faits ne concordent pas avec les idées habituelles, on n’a pas le droit d’en contester, à priori, la valeur.
De prime abord, en effet, il semble contradictoire qu’un agent capable de faire tomber les cheveux puisse en même temps favoriser la repousse dans certaines alopécies. Mais cette contradiction n’est qu’apparente. Tout dépend de la quantité de rayons absorbée par la papille, et des réactions inflammatoires qui s’y produisent consécutivement ; en faisant varier ces facteurs, les résultats ne devront plus être les mêmes.
On a cru, au début, que l’action favorable des rayons X sur la pelade était explicable par son caractère mycosique : ils produiraient la mort du parasite. Freund s’éleva contre cette hypothèse. En effet, il faudrait d’abord démontrer que le microorganisme auquel on a attribué cette affection est véritablement pathogène. Bien plus, ce fait serait-il acquis, que, dans les conditions thérapeutiques, l’action bactéricide n’est pas soutenable. On peut donc dire avec Holzknecht : « La propriété bactéricide des rayons de Rôntgen n’est pas la cause de la guérison des processus infectieux, parce que la dose bactéricide est énormément plus élevée que la dose curative. >> Il est probable que
BELOT
MALADIES DU SYSTEME PILO-SEBACÉ
c’est dans l’hyperémie réactionnelle qu’il faut aller chercher la véritable cause de la guérison, ainsi que l’ont soutenu ScliilT, Freund, Hermann et Holzknecht.
On sait, en effet, que le traitement habituel de la pelade se résume dans des applications médicamenteuses plus ou moins irritantes : elles ont pour but de stimuler les fonctions de la papille et du cuir chevelu, et comme effet local de déterminer un peu d’irritation de la surface où elles ont été appliquées. Elles modifient, peu à pou, les conditions biologiques de la papille et favorisent ainsi la repousse. Mais forcément les agents chimiques ont surtout une action superficielle : ils pénètrent difficilement dans la profondeur. Aussi Finsen et Jersild songèrent-ils à employer les rayons chimiques, de façon que l’irritation ne soit plus limitée au tégument. Les résultats qu’ils obtinrent furent intéressants. Un cas, publié par Jersild, dans lequel une réaction légère consécutive à quelques applications photothérapiques fut suivie d’une repousse rapide, est tout à fait probant.
Il est logique d'admettre que les rayons X agissent de façon analogue. La papille pilaire est particulièrement sensible à cet agent ; si la dose est suffisante pour la sidérer, on obtient l’alopécie; si la quantité est moins considérable, au lieu de sidération, il y aura simplement stimulation et la repousse se produira. En plus, il paraîtrait, d’après les observations d’Holzkneclit, que sur les régions peladiques, les phénomènes réactionnels n’évoluent pas de la môme façon que sur les régions qui ont conservé leurs cheveux. Ainsi, un foyer malade, traité par cette méthode, est plus vite recouvert de cheveux qu’une autre partie du cuir chevelu qui a subi une irradiation identique. 11 semble, dit Holzknecht, que les papilles pilaires des régions peladiques commencent à entrer en activité immédiatement après l’éclairage, comme si celui-ci les avait débarrassées d’un obstacle ; tandis que sur les régions saines, Ja repousse ne se produ’t que lorsque les éléments producteurs
PELADES ET ALOPECIES
se sont remis d’une sorte d’altération passagère. De même, la rougeur consécutive à une même dose est plus prononcée sur les parties peladiques que sur le reste du cuir chevelu. Il est du reste naturel d’admettre que les papilles des régions atteintes de pelade sont moins facilement irritées que celles qui ne sont pas altérées. De cette façon, on peut comprendre comment une dose, capable de déterminer la sidération d’une papille normale, produit simplement l'irritation de la papille lésée, et partant la réveille de sa torpeur et détermine la repousse.
Quoi qu’il en soit, il semble bien que c’est à une stimulation papillaire qu’il faut attribuer les résultats obtenus, stimulation due très probablement à une modification d’ordre chimique.
Quelle sera la méthode d’application ? Elle doit, comme l’a bien dit Holzknecht, varier suivant les lésions. Si une partie du cuir chevelu est atteinte, si la lésion progresse rapidement, il faut irradier à la fois cheveux sains et parties glabres. La repousse complété sera un peu plus longue à se faire; mais, en procédant ainsi, les foyers latents, s’il en existe, seront atteints, et, par suite, la guérison définitive sera plus rapide. Plus le nombre et l’étendue des plaques sont limités, plus l’irradiation isolée de chaque foyer est indiquée.
On devra se servir de rayons peu pénétrants, correspondant au numéro k ou 5 du radiochromomètre de Benoist, et la quantité totale que l’on fera absorber à chaque point malade devra être telle qu’elle ne produise qu’un peu d’hypérémie, autrement dit le premier degré de la radiodermite. Cette quantité peut être évaluée, d’une façon générale, à 3 ou 4 H. Une période de 15 jours devra séparer chaque séance.
Il ne faudrait pas voir, dans ces chiffres, une dose absolue, car on sait qu’à quantité égale, le degré de réaction est variable suivant les régions. La peau du cuir chevelu parait être la moins sensible ; celle de la figure est plus facilement impressionnée, et on peut dire que la réaction est d’autant plus prononcée que
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
l'a peau est plus fine. Cette indication peut permettre de déterminer la dose nécessaire et suffisante pour les pelades de la barbe, par exemple.
Quant aux dispositions instrumentales, elles peuvent se résumer en ceci : assurer des mesures exactes et l’éclairage uniforme de toute la surface traitée ; ce qui se réalisera facilement en se conformant aux règles que nous avons précédemment formulées.
Dans quels cas d'alopécies la radiothérapie doit-elle être employée ?
11 faut que le follicule ait conservé son intégrité. Si l’alopécie est consécutive à un favus grave, ou à une lésion cutanée ayant déterminé l’atrophie folliculaire, le résultat sera évidemment négatif. Quant aux alopécies d’origine spécifique, et celles d’origine séborrhéique, nous ne pouvons nous prononcer, n’ayant aucune expérience en la matière. Nous croyons cependant que les alopécies séborrhéiques pourraient être améliorées par cette méthode.
Ce sont surtout les malades atteints de pelade qui semblent être favorablement influencés. L’expérience montre que les résultats sont différents sur des sujets présentant des lésions objectivement identiques. Les uns sont améliorés, les autres restent stationnaires, et il n’est pas possible de déterminer, à priori, comment se comportera tel ou tel cas. Il est probable que la durée de l’alopécie doit être un facteur à considérer, les cas récents semblant guérir plus facilement que ceux qui existent depuis longtemps. Enfin, d’après Neumann, la repousse se ferait plus facilement chez les personnes jeunes que chez les gens d’un certain âge.
Il faut reconnaître, du reste, que nombre de pelades guérissent spontanément, et il est probable que ce sont surtout ces caslà qui sont améliorés par la radiothérapie, en ce sens que la repousse est activée. En tout cas, on aurait tort de croire à
ACNÉ VULGAIRE ET ROSACEE
une action spécifique ; elle est au contraire souvent infidèle.
La radiothérapie est une méthode d’exception ; elle devra être employée dans le traitement des pelades rebelles ; elle produira parfois des améliorations notables, là où les autres procédés auront totalement échoué.
§ 3. — Action indéterminée.
ACNÉ VULGAIRE ET ROSACÉE
Le docteur Gautier, de Paris, au Congrès international de Moscou, en 1897, a rapporté 16 cas d’acné vulgaire et rosacée qui avaient été très améliorés par les applications radiothérapiques. Les séances, quotidiennes, duraient 5 à 6 minutes, à 30 centimètres de distance. La bobine absorbait au primaire 6 ampères et de 18 à 20 volts. Déjà, après la sixième séance, les lésions commençaient à se modifier. La peau desquamait, la couleur rouge s’atténuait et les télangiectasies étaient moins apparentes.
Au même Congrès, le docteur PokitenolT, de Paris, a présenté l’observation d’une femme de 23 ans, atteinte depuis l’âge de 13 ans de lésions acnéiques vulgaires, qui fut soignée par la radiothérapie chez le docteur Gauthier. Après 12 irradiations, la guérison fut complète.
Ulmann a traité un cas d’acné invétérée du dos. Après 10 à 15 séances survint un érythème très prononcé. Les nodules acnéiques se tuméfièrent, sans cependant arriver à la suppuration. Puis, peu à peu, ils se désséchèrent, la peau s’exfolia, et les lésions diminuèrent ; la guérison survint après 50 séances, en laissant sur toute la région traitée une pigmentation très intense.
Hahn a rapporté plusieurs cas d’acné rosacée, très améliorés,
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
quelques-uns même guéris par cette méthode. Il a revu les malades quelques mois après la lin du traitement et n’a pas constaté de récidive.
Jutassy a remarqué, comme d’autres auteurs du reste, que dans certains cas où une surface cutanée atteinte d’acné vulgaire avait été soumise à la radiothérapie, pour une autre affection concomitante, les éléments acnéiques disparaissaient. Il fit aussi quelques essais sur des malades atteints d’acné rosacée, et constata une amélioration notable.
Schiff et Freund pensent que de bons résultats peuvent être obtenus dans l’acné rebelle et dans l’acné comédonienne.
Freund, en particulier, a traité un cas d’acné rosacée et deux d’acné vulgaire. L’amélioration a été certaine, mais elle est survenue lentement. Les expositions furent de courte durée. Des taches rouges ont persisté pendant longtemps à la place des éléments acnéiques ; puis elles ont pris une teinte brunâtre.
Il semble, d’après cet auteur, qu’il ne faille pas trop espérer une longue durée de la guérison. Dans un cas, la récidive s était déjà produite, et les autres cas étaient guéris depuis trop peu de temps pour qu’il puisse se prononcer.
Il eut un succès remarquable dans un cas de furonculose du cou.
Scholtz a constaté que ces lésions étaient améliorées par les applications radiothérapiques. Mais, d’après lui, cette amélioration n’est pas suffisante pour que l’on puisse préférer cette méthode aux autres procédés thérapeutiques. Le plus souvent, les papules d’acné et les comédons disparaissent lentement et incomplètement ; et même, pendant le traitement, il survient de nouveaux éléments.
Campbell rapporte 15 cas d’acné traités par des applications de 10 minutes de durée, à une distance de 10 ou 15 centimètres. Les résultats ont été les suivants :
Dans 9 cas, la guérison fut complète : 3 ne récidivèrent
ACNÉ VULGAIRE ET ROSACÉE 327
pas. Un de ces 9 malades eut, à la suite du traitement, une légère pigmentation passagère, sans érythème ni dermatite.
Dans !\ cas, l’amélioration fut limitée. Quelques éléments disparurent, d’autres ne furent pas influencés.
Dans 1 cas, l’éruption acnéique disparut partout, sauf au voisinage des cheveux. Les rayons X n’avaient pas été dirigés sur cette région, pour éviter de déterminer l'épilation du cuir chevelu.
Dans 1 cas, après 3 mois de traitement et 33 expositions de 10 minutes de durée, il se produisit une légère dermatite, qui ne fut suivi, cependant, d’aucun dégât local. Dans ces conditions, l’auteur cessa le traitement. Au bout de quelque temps, une partie des lésions acnéiques disparut, une partie progressa.
Hyde, Montgomery et Ormsby, dans deux cas d’acné vulgaire, virent disparaître les symptômes objectifs à la suite d’applications radiothérapiques.
Dans quelques cas, cette méthode fut un adjuvant utile pour arriver plus rapidement à l’atrophie des glandes et des follicules.
Si les lésions acnéiques sont graves et étendues, il ne faut espérer de résultat qu’à la condition de pousser le traitement suffisamment loin pour obtenir l’atrophie des glandes sébacées (face). En résumé, pour ces auteurs, le procédé ne sera légitime que si, dans l’avenir, on ne constate pas de récidive.
Pusey, traitant par les rayons X des malades atteints d’hypertrichose, a remarqué que l’acné concomitante disparaissait. Aussi, soumit-il à ce traitement un certain nombre de malades atteints de cette affection; il a rapporté 11 cas qui ont été améliorés.En général, il n’a pas déterminé de réaction cutanée intense et croit cette méthode efficace, sans qu’il soit nécessaire de modifier objectivement l’apparence de la peau. Il a traité différents types cliniques. Les résultats ont été favorables dans les cas d’acné vulgaire (jeunes filles à la puberté) et dans ceux d’acné
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SÉBACÉ
profonde indurée, existant depuis longtemps. Dans cette dernière forme, les modifications qui peuvent survenir sont parfois étonnantes. Les lésions cessent de se développer: la rougeur et l’infiltration s’atténuent peu à peu et bientôt laissent à leur place une peau saine, où ne subsistent, comme vestiges de la maladie, que des cicatrices blanchâtres. Ces résultats, dit Pusey, ont été obtenus dans certains cas graves, qui n’auraient pu être améliorés par aucune autre méthode ; la radiothérapie, appliquée convenablement et judicieusement, donne des résultats absolument inconnus jusqu’à présent.
William L. Heeve a guéri, en 3 mois, un cas d’acné vulgaire de la région scapulaire, qui depuis 6 mois n’a pas récidivé.
Les résultats obtenus par Barney sont encourageants.
Bulkley emploie les rayons X comme adjuvant aux autres méthodes; d’après lui, ils favoriseraient la guérison.
Lustgarten est moins enthousiaste; ses observations sont peu nombreuses, mais les résultats qu’il a obtenus ne sont pas concluants.
La méthode suivie par Williams est la suivante : L’ampoule est placée à 20 centimètres de la peau et les séances ne doivent pas dépasser 10 minutes de durée. Elles sont faites trois fois par semaine et doivent être plus espacées, s’il survient de l’irritation. L’irradiation doit dépasser légèrement la surface malade; il faut s’armer de temps et de patience et prendre grand soin de ne pas produire de brûlures.
Brocq a vu un malade qui avait été traité à Vienne par 17 séances de radiothérapie, pour de l’acné et de l’eczéma séborrhéique. La séborrhée s’est peu modifiée; l’acné a été exagérée; mais, par contre, on a vu survenir de l’alopécie sur les régions irradiées.
Si l'on recherche comment les rayons X agissent sur cette dermatose, on peut trouver deux modes d’action : atrophie des glandes sébacées et action irritative desquamative.
ACNÉ VULGAIRE ET ROSACEE
Il est possible que l’amélioration se produise à la suite de l’action des rayons X sur les glandes sébacées. Celles-ci, en effet, comme les autres glandes, du reste, produisent une sécrétion moins intense lorsqu’elles ont été irradiées; si les séances sont prolongées, l’atrophie peut même survenir.
Or, si l'on en croit Sabouraud, l’acné vulgaire se développe comme complication d’un état séborrhéique. L’élément matériel qui caractérise la séborrhée, le flux graisseux superficiel, résulte de la germination surabondante d’un microbacille dans les lamelles cornées qui normalement recouvrent l’orifice pilo-sébacé et forme en s’accumulant un véritable cocon : l’hypertrophie des glandes sébacées en serait la conséquence. Dès lors, un agent thérapeutique, capable d’atrophier des glandes hypertrophiées, devra produire, sinon la guérison, du moins une amélioration notable.
C’est ainsi que Tôrok et Schein établissent la pathogénie de ces guérisons. Ils attribuent en plus, aux rayons X, une action microbicide, que nous ne croyons pas soutenable. ,
Pour Freund-, il faut chercher la cause de la guérison dans la desquamation que produit la radiothérapie. Cette hypothèse est très vraisemblable, car les topiques usuels n’ont pas d’autre but. C’est en irritant et en produisant l’exfoliation des couches superficielles de la peau qu’ils conduisent au succès.
Dans l’acné rosacée, dans la couperose, les rayons X pourraient encore agir théoriquement, par leur action dégénérative sur les vaisseaux sanguins, ainsi que l'a soutenu Gassmann.
A l’hôpital Broca, nous n’avons pas traité de lésions acnéiques par la radiothérapie. Si les topiques habituels ne nous donnent pas de bons résultats, nous y joignons les applications de haute fréquence, qui nous ont donné quelques succès. Enfin, dans certains cas rebelles, la photothérapie serait très favorable, ainsi que l’a dit dernièrement M. Leredde. Les essais que nous avons faits dans cette voie sont encourageants.
MALADIES DU SYSTÈME PILO-SEBACÉ
En tout cas, il nous semble que, seuls, les cas rebelles, profonds, graves et disgracieux, peuvent relever de la radiothérapie. Cette méthode ne sera légitime que lorsque toutes les autres auront été inutilement essayées; on doit, en effet, toujours proportionner la puissance de l’agent thérapeutique à la malignité de la lésion.
La littérature actuelle ne permet pas de se faire une opinion exacte sur l’effet curatif des rayons X appliqués aux lésions acnéiques. Il semble même que la guérison n’est pas la règle et que les récidives sont fréquentes.
KÉRATOSE PILAIRE
Nous avons traité par cette méthode une malade atteinte de kératose pilaire des régions sourcilières et souffrant de démangeaisons intolérables.
Les doses furent faibles au début, 3 à 4 H, avec des rayons peu pénétrants, espacées par une quinzaine de jours de repos. Les démangeaisons disparurent en même temps que l’épilation commença. Mais, au bout de quelque temps, le prurit reparut , et nous dûmes recommencer. Elle a ainsi subi 15 applications partagées sur les deux sourcils, avec dose de 3 à 6 11.
Nous n’avons jamais déterminé de réaction vive, la rougeur est atténuée, l’épilation est devenue totale et la guérison semble complète, la malade n’éprouve plus de démangeaisons. On ne voit plus de cônes circumpilaires, et aucune tache atrophique n’est perceptible.
Ce résultat est d’autant plus intéressant que la malade avait présenté sur la joue gauche un lupus érythémateux disparu aujourd’hui, et qu’on pouvait se demander si la kératose des sourcils ne cachait pas une nouvelle poussée.