II
révolutionnaires, elles combattirent les rebelles et les mirent en jugement devant des comités choisis exprès pour cette œuvre réparatrice. Ils furent condamnés au dernier supplice, et l'exécution se fit publiquement. Cet exemple impressionna les esprits, au point d'empêcher le retour de ces calamités. Après le rétablissement de la paix, les comités de vigilance disparurent et la loi commune reprit son empire. Des compagnies de milice s'organisèrent, mais elles n'eurent point à entrer en lice. Elles sont plutôt une force morale qu'une arme de combat (1).
Les terres publiques dans le Nouveau-Mexique n'ont commencé à être mises en vente qu'en août 1870, en exécution d'une proclamation du Président des Etats-Unis. On les recherchait alors en vue de l'agriculture et des pâturages qui permettraient d'élever à peu de frais de nombreux bestiaux et de réaliser de très bons résultats. On a effectivement essayé et depuis lors on continue à élever des troupeaux de vaches, de bœufs et de brebis, ce qui, parfois, entraîne des rixes entre les éleveurs à raison de l'incertitude des limites de leurs ranches.
L'on mit pendant un temps en question si le New-Mexico renfermait des mines d'or et d'argent. Un officier de marine fut chargé d'explorer ce territoire ; il se livra à cette étude avec le soin qu'elle comportait ; il fit son rapport dont la conclusion était qu'il ne s'y trouvait de mines d'aucune espèce. Cependant les spéculateurs, peu confiants dans les données de la science, se mirent à rechercher et ils découvrirent ce que le savant n'avaitpoint vu. Depuis lors, l'exploitation des mines marche d'un pas très lent, il est vrai. En 1886, l'on a constaté que les entreprises avaient procuré un rendement de 3,850,000 dollars en or et en argent, dans la proportion de 1 à 5 (2). De nouvelles recherches ont eu lieu dans plusieurs parties du territoire, et se continuent avec grand espoir de succès.
(1) The report of the Governor, 6 octobre 1884, p. 572 et suiv. — (2) Voir The report of the Governor, 13 septembre 1887, p. 878; même Report, p. 885 el 6 octobre 1886, p. 933.
Ces ressources ne sont pas les seules qu'offre ce territoire. Il possède des mines de charbon et d'autres encore. Dix mille acres de terre sont couverts de forêts de pins. Le grand obstacle au développement du Nouveau-Mexique est l'inconnu qui pèse sur la localisation et l'emplacement des terres qui ont pu être concédées par le gouvernement mexicain avant sa possession, et dont le maintien a formé l'une des conditions du traité de cession. Nous en parlerons au titre du domaine public.
Il existe au Nouveau-Mexique une assez grande tribu d'une espèce particulière, appelée Puebloes. Ces gens sont originaires du pays; ils vivent en tribus groupées en seize communautés sur plusieurs points de ce grand territoire. Ils sont d'une nature paisible, travailleurs à leurs heures; mais, généralement nonchalants, ils ne donnent à leurs travaux d'agriculture que le temps qu'ils ne peuvent s'empêcher de s'y livrer. Les danses, parmi eux, sont une sorte de culte qu'ils rendent à leur divinité. Ils y attachent des idées superstitieuses, croyant que ces exercices leur procureront un temps favorable et des récoltes abondantes. Ils vivent en commun et, ne pouvant rien faire d'utile l'hiver, ils s'abandonnent à leurs danses qui sont leur plaisir favori. L'été, si les pluies tardent à venir, ils abandonnent leurs espérances de récolte et leur matériel. La conséquence est la perte de tout ce qu'ils possèdent.
Les Puebloes vivent dans une grande ignorance. Cependant quelques groupes se relâchent de leurs danses, et se livrent avec plus de suite à leurs opérations. Ils construisent quelques maisons pour leur famille. L'instruction pour les enfants est restée très en arrière, à raison de l'incurie des maîtres d'école, et de ce que souvent ils ne connaissent point les deux langues espagnole et anglaise : condition essentielle pour amener graduellement ces natures à un point raisonnable de civilisation. Sous ce rapport de grands changements sont à faire.
Les Puebloes ne sont pas seulement des indigènes d'origine ; ils sont devenus citoyens des États-Unis et du territoire,
en vertu du traité de cession consenti par le Mexique sous cette condition, et en exécution d'un acte du Congrès; mais telle est leur ignorance, qu'ils n'ont jamais exercé leur droit de suffrage dans les élections. lisse contentent du produitde leur travail, si imparfait et si peu productif qu'il soit; mais, en tant que citoyens, ils devraient, dit le gouverneur, supporter leur part des charges du territoire et du gouvernement. Cette situation privilégiée estbattue en brèche par les blancs qui convoitent leurs terres, car elles sont les meilleures du pays. L'on voudrait engager le Congrès à les en dépouiller avec certaines compensations, pour les donner à leurs voisins si âpres à la curée; mais l'heure de la dépossession, si l'on s'y décide, n'a point encore sonné. La condition politique des Puebloes a été très controversée et elle l'est encore, comme nous l'expliquerons dans le livre sur les Indiens. Reconnus citoyens des Etats-Unis par le traité conclu avec le Mexique, admis comme tels par les cours de justice de l'Union, ils ont vu depuis le Congrès leur refuser la qualité de citoven, et les soumettre à sa tutelle. Contrairement à cet acte autoritaire et illégal, le gouvernement du Nouveau-Mexique vient de taxer pour la première fois les terres de cette malheureuse tribu, en les considérant comme citoyens des États-Unis. Un recours sera formé sans doute contre ces taxes, mais qu'en adviendra-t-il (1)?
Nous ne parlons point ici des tribus indiennesd'uneautre origine, répandues sur ce territoire ; il en sera question au livre consacré aux Indiens en général.
Sur ce territoire, à Santa-Fé se trouve un ancien monument degrande structure présentant une façade de300pieds, sur une profondeur de 45. Les murs ont une épaisseurde 3 pieds et demi, et sont encore dans un bon état de conservation. Le style est de l'époque de l'invasion des Espagnols
(1) Voir pour les détails concernant les Puebloes : The report of the Indian agent for Santa Fe in New- Mexico, 10 septembre 1885, et The report of the Govemor of the Tenitory, 21 octobre 1885. Voir sur quelques améliorations survenues dans ce terri loire : The report of the Govemor, 13 septembre 1887, p. 882 du Report to Congress ofthe Secretary oflnterior.
■en Amérique ; il rappelle le genre usité] par les Aztèques. Les conquérants le complétèrent et en firent une résidence officielle pour les gouverneurs ou vice-rois quarante ans avant le débarquement des Pèlerins à Plymouth. Le gouverneur du Nouveau-Mexique presse le Congrès d'allouer la somme nécessaire pour faire les réparations qu'exige l'état actuel du monument, en lui donnant une destination utile et qui permette de lui assurer une longue durée. Il est le plusanciensouvenir de cette époque. G'estun type d'architecture ancienne à conserver (1).
(1) Voir The report ofthe Governor, 6 octobre 1884; p. 574.