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ÉTABLISSEMENT DU BUDGET ANNUEL

Il faut qu'un pays soit bien riche pour être si libéral !

Lorsque les divers comités ont terminé leurs rapports, leurs présidents les remettent à la Chambre des représentants. Si chaque article de ces rapports passait au scrutin, un pareil travail serait impossible; aussi s'en rapporte-t-on généralement aux conclusions des comités. Cependant des débats ont lieu souvent sur des chapitres généraux et donnent lieu à de vives discussions. Lorsque la Chambre a fixé les chiffres des divers chapitres, elle envoie les bills qu'elle a arrêtés au Sénat qui suit une marche analogue à celle de la Chambre, sauf certains détails inhérents à la différence d'organisation de ces deux corps politiques, et sauf surtout le droit d'initiative qui, en matière de finance, n'appartient pas au Sénat. Cependant il a le pouvoir d'amender les allocations faites par la Chambre, même de les rejeter. Si certains sujets devenaient l'objet d'un désaccord entre les deux chambres, chacune nommerait trois de ses membres dont la réunion formerait un comité de conférence chargé de pleins pouvoirs pour transiger sur les points en litige. Généralement ce comité de transaction tranche la difficulté, et le budget général se trouve complet.

L'état d'incertitude dans lequel les divers comités opèrent n'ayant aucune limite fixe pour leur orientation, faitquebien des lacunes se présentent, au point de vue des dépenses. C'est alors que le gouvernement est obligé de demander au Congrès un bill appelé deficiencij bill (bill d'insuffisance) par lequel il est fait face aux besoins restés à découvert. Le Congrès reste toujours le maître de combler les lacunes; mais cette partie de son service est généralement commandée par les circonstances. Nous verrons néanmoins, au livre des Indiens entre autres, combien est grande la parcimonie du Congrès qui, en matière de subsides pour hâter la marche en avant de cette race, manque totalement de l'ampleur de vues d'hommes d'Etat. Cette race si intéressante, bien loin de résister au bénéfice de l'instruction pour ses enfants, la réclame à cor et à cris, et malgré l'insistance des chefs de service, le Congrès reste sourd, et manque ostensi-

blement au premier devoir d'un tuteur envers ses pupilles !

Les allocations faites par le Congrès forment l'objet de divers bills qui sont, à chaque session, sujets à des remaniements, suivant l'occurrence. Le Président des États-Unis a le pouvoir de mettre son veto sur celles des allocations qui encourent sa désapprobation, sauf au Congrès à persister dans son vote primitif à la majorité des deux tiers de ses membres. Cette éventualité exceptée, le budget tout entier devient loi de l'Union.

L'examen d'un budget du gouvernement de l'Union, en même temps qu'il montre la sollicitude du pouvoir exécutif pour l'amélioration des services publics, et souvent aussi des vues générales d'une certaine largeur, fait ressortir l'étroitesse des idées du Congrès en beaucoup de points intéressants pour la richesse nationale. Si tant de fautes sont reprochées aux agents du pouvoir exécutif, il faut en trouver la cause dans l'insuffisance des émoluments alloués pour chaque emploi. Pour ne citer qu'un seul fait entre beaucoup d'autres : le Président sollicite souvent le Congrès d'améliorer les appointements des fonctionnaires, et particulièrement ceux des magistrats de l'ordre judiciaire. Il représente qu'un bon nombre d'entre eux renoncent à leurs sièges pour entrer comme agents d'ordre supérieur dans les compagnies de chemins de fer. Ils y sont recherchés plus particulièrement, à cause de leur caractère, et aussi à raison de leurs connaissances acquises qui éclairent l'administration des compagnies, donnent de l'autorité à leurs conseils, et permettent à celles-ci de lutter avantageusement dans des conflits trop fréquents devant les cours de justice. Ces désertions seraient plus rares si ces hauts fonctionnaires trouvaient dans leur office judiciaire une honorable compensation qui leur permît de tenir dignement leur place et d'élever leur famille. En môme temps que ces considérations touchent peu le Congrès, il ne résiste point souventà des prodigalitésinjuslifiables qui abaissent sa considération politique et altèrent profondément tousles rouages de l'Union. Aussi ambitionne-t-onavec une âpreté sordide

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