CHAPITRE
L'un des grands dangers que court un État jeune encore, est son empressement à hâter ses développements. L'infusion trop précipitée d'éléments de population étrangère crée un péril réel; car il apporte au noyau primitif des accroissements hétérogènes d'une difficile assimilation. Différents d'origine, de langage, de civilisation, ils sont autant d'obstacles contre lesquels il faut constamment lutter. L'émigralion d'Europe n'est pas toujours spontanée; elle est souvent provoquée; la responsabilité des éventualités qu'elle entraîne retombe alors sur les initiateurs. En Amérique, pendant la période coloniale, l'émigration fut en partie due à des mouvements volontaires, et en partie causée par des persécutions religieuses qui sévissaient en Europe. C'est ainsi que, de bonne heure, se trouvèrent réunis dans les premières colonies anglaises d'Amérique, des chrétiens de toutes les communions et de tous les pays, répandus partout, au gré de chacun d'eux. Sauf dans les colonies de New- York et du Delaware, le fond des populations était anglais d'origine et la langue anglaise y devint officielle. Lorsque des étrangers vinrent se mêler à elles, l'obstacle du langage obligea les chefs de ces possessions à recourir à des traductions pour se mettre en rapports officiels avec les nouveaux arrivés. Cette difficulté n'était pas la seule : les différences de climat, d'habitudes, de coutumes, étaient autant d'entraves à la marche de la civilisation. Mais partout où l'Anglais domine, il s'impose par la force, par l'esprit de secte; ceux qui se joignent à lui doivent se soumettre en toutes choses. Tel est le tableau qu'offre l'émigration européenne en Amérique pendant la période colo-