LA RACE BLANCHE
niale. Mais depuis la guerre d'où naquit l'indépendance, surtout depuisl 820, la fusion des races fut plus laborieuse, à raison de l'expansion rapide de l'émigration des Européens, qui regardèrent ce pays comme la terre promise. Ils s'y précipitèrent en masse, d'année en année, et ce mouvement •continue toujours avec beaucoup d'ampleur. Pendant assez longtemps, les émigrants d'origine anglaise et irlandaise furent beaucoup plus nombreux que les autres; un langage et des habitudes analogues formaient un lien naturel ^nlre eux et les fondateurs. Il n'en fut pas de même des •émigrants d'origine française, allemande, italienne, et Scandinave. Étrangers d'origine, de mœurs et de langage, •et parfois d'opinions religieuses, ils apportaient une gêne, une entrave dans le développement du pays; on recourut moins aux traductions officielles; mais l'on augmenta le nombre des écoles pour préparer les générations qui s'élevaient à l'idée de patrie. Les lutteurs des premiers temps ne peuvent guère profiter de ce secours; il sont absorbés par le labeur pénible de chaque jour, à peine suffisant pour les faire vivre eux et leurs familles. Cependant des rapports incessants amènent les premiers bégayements de la langue officielle ; ils se dégagent d'eux-mêmes ; on arrive ainsi graduellement à entretenir des rapports suivis avec les autres habitants et avec le gouvernement. La cause est gagnée. Nous avons dit que les immigrations furent plus d'une fois provoquées par le gouvernementaméricain, qui ne ménagea point ses promesses : aux uns, il offrit la liberté civile et religieuse, à d'autres, d'excellentes terres, à des prix presque nominaux. On alla même jusqu'à les donner gratuitement, à charge seulement d'en faire des homesteads. Il n'y avait alors presque pas d'impôts. Divers États promirent la naturalisation après une courte durée d'épreuve. Même l'exercice presque immédiat du droit de suffrage fut accordé dans plusieurs États, après une simple déclaration d'intention de devenir citoyen des Etats-Unis. Tous ces avantages cumulés séduisirent les étrangers, et, contiants dans l'avenir, ils s'embarquèrent pour l'Amérique afin de prendre part à cesplen-
dide banquet qui était tout un rêve pour eux. Cependant la naturalisation ne change point les affections natives qui sont profondément enracinées, elles les raviverait plutôt.
C'est ainsi que les Irlandais, sentant leur cœur battre encore pour leurs parents qui gémissent toujours sous l'oppression anglaise, tempèrent leurs regrets par des dons fréquents destinés à adoucir le sort de ceux qui leur sont chers. Parfois aussi ils s'abandonnent à des emportements, à des démonstrations de nature à troubler les rapports internationaux avec l'Angleterre. Les Allemands émigrés et résidents ne perdent pas aisément, non plus, l'idée de la patrie absente, de leurs familles, de leurs amis. Ils voudraient en perpétuer le souvenir. Ils réclament l'entretien d'écoles publiques où la langue de leurs ancêtres serait enseignée à leurs enfants ; mais ce souvenir doit être sacrifié à la raison d'Ltat; on cherche à le faire comprendre, non sans peine, aux réclamants de l'Ohio, où l'élément allemand est très répandu. Aucun fait discordant, comme l'enseignement primaire d'une langue étrangère, ne peut être admis, aux frais du gouvernement; car il toucherait à la nationalité américaine et à la langue anglaise qui vulgarise les rapports officiels. Il faut maintenir, dans toutes ses attaches, l'édifice si laborieusement élevé, et îe préserver des atteintes qui pourraient le ruiner. On tient en méfiance les étrangers qui refusent de s'assimiler complètement; on le leur fait sentir aujourd'hui, comme on le verra plus loin.
Au point de vue du droit, l'idée de patrie ne pénètre l'étranger que par la naturalisation, c'est-à-dire par la renonciation formelle au pays qu'il a abandonné, etpar l'offre sous serment de se soumettre aux lois de la nation qu'il adopte comme une patrie nouvelle. Des formalités nécessaires président à ce baptême national. Nous allons dire comment on devient citoyen américain.
SECTION PREMIÈRE Du citoyen et de la naturalisation.
Dans les États purement despotiques, le citoyen est inconnu ou à peu près. Il n'y a que des sujets ou des esclaves. Dans les monarchies tempérées ou représentatives aussi bien que dans les républiques aristocratiques, la qualité de citoyen n'appartient qu'à un nombre restreint d'individus, auxquels elle confère un privilège politique au regard des autres habitants. Dans les contrées, au contraire, où la démocratie règne en souveraine, chaque habitant né dans le pays et non sujet d'un pays étranger, est citoyen, et, à ce titre, il est appelé à prendre une part plus ou moins directe aux affaires publiques, sous les seules restrictions commandées par l'intérêt général. Jouir de cette prérogative est d'un prix inestimable, à raison de la prééminence qu'elle assure au citoyen sur l'étranger, dans les rapports de la vie politique, et assez souvent dans les conditions de la vie civile. Elle est alors d'autant plus protégée, qu'elle est plus digne d'envie.
Chez les peuples de l'antiquité, au moins dans la belle période de leur histoire, la séparation était profonde entre les citoyens et ceux qui n'étaient point élevés à cette condition politique : on peut même dire que les uns, en petit nombre, étaient souverains, et les autres sujets ou esclaves; on n'accordait cette qualité de citoyen qu'avec parcimonie et après l'accomplissement de formalités qui étaient de véritables garanties. On comprenait mieux qu'aujourd'hui le trouble que l'élément étranger peut jeter dans les familles politiques en s'y introduisant trop aisément. Cependant alors, l'on n'avait point à redouter ces émigrations des populations affamées qui, au temps où nous vivons, se répandent abondamment sur le nouveau monde pour y trouver des moyens d'existence et solliciter une nouvelle patrie. Les Américains semblent avoir procédé avec moins de sagesse. Plus préoccupés des avantages de cette source
de fortune, au point de vue économique, que des dangers qu'elle renferme, dévorés de la soif de prompts agrandissements, plus confiants que d'autres, d'ailleurs, dans la force de leurs institutions, ils n'ont pu attendre que les étrangers vinssent à eux ; ils ont solicité l'émigration étrangère par d'incessantes concessions territoriales et politiques, notamment en admettant les nouveaux arrivés, après un assez court temps de résidence, à l'exercice du suffrage dans toutes les élections. Cette politique était-elle bien dans la pensée des hommes éminents qui fondèrent l'Union américaine et qui eurent tant de peine à concilier les prétentions rivales des colonies émancipées et maîtresses d'elles-mêmes? On peut, sans témérité, affirmer le contraire. Si la mise en œuvre des institutions, même dégagées de tout alliage, entraîne toujours des déviations, plus ou moins nombreuses suivant le degré de vigilance mise à les prévenir, que n'a-t-on pas à craindre de la coopération d'étrangers dont les antécédents sociaux sont si différents de ce qu'ils devraient être pour servir de coopérateurs aux institutions du pays d'adoption? INous n'ajouterons rien, quant à présent, à ces considérations préliminaires que nous développerons plus tard. Qu'il suffise maintenant de montrer à quel signe se reconnaît le citoyen américain, et quelles conditions sont requises d'un étranger pour acquérircettequalité, et jouirdes droits qui y sont attachés.
SECTION II De la qualité de citoyen.
La qualité de citoyen est le privilège le plus important qui puisse être réclamé dans un pays démocratique. Il confère les droits les plus étendus à la chose publique, limités néanmoins dans la mesure compatible avec l'ordre public. On en jouitindividuellementoucollectivementavec d'autres. Dans ce dernier cas, le citoyen concourt d'une manière active à la fondation de l'Etat et à l'établissement ou à la réforme des institutions. Tous les habitants d'un pays ne sont pas