SCÈNE PREMIÈRE
HELENE, BRAGELIN
Au lever du rideau, Hélène et Bragelin sont
debout près de la table sur laquelle est posée
une grande boîte à bijoux en maroquin,
Bragelin examine un collier qu'il a retiré
de la boîte.
bragelin, regardant h bijou à la lumière.
Evidemment... évidemment... ce rang de
jmiIcs noires, à lui seul, vaut... vaut cher.
\ ous avez lu, madame la comtesse, une pièce
uniqui .
iiélîjnb. Les pcilcs sont belles, n'est-ce
bragelin. - Boni 'l'une eau admira-
ble, et ce grain-là ■<• trouve difficilement , très difficilement. On a du mettre, au bas mot,
• m- à COmpO er |e collier.
Hélène, anxieuse. — Vous avez bien regardé le sautoir et le collier de trois rangs?
bragelin. Très remarquables aussi.
Vous ne possédez, madame la comtesse, que des perles d'échantillon... je dirai, de collection... (Sourire commercial.) Vous voyez que je sais rendre justice à mes confrères.
hélène. — En effet.
BRAGELIN, qui pointe sur son calepin. — Récapitulons. Vous me confieriez le rang de perles noires, le sautoir, les trois rangs...
hêlene, qui range les objets dans la boîle. — Douze bagues, les broches...
BRAGELIN. — Oh! laissons de côté les bibelots... Et en brillants : le diadème et lo pendentif... Hum! (Un silence. Après calcul et refermant son calepin.) Madame la comtesse, je serais le plus coupable des bijoutiers si je ne m'efforçais, par tous les moyens en mon pouvoir, d'attacher à ma maison une nouvelle cliente telle que vous. Vous avez bien voulu me promettre la faveur de vos
commandes, vous avez bien voulu, dès cette première entrevue, faire l'acquisition d'un devant de corsage en rubis; eh bien, puisque vous me fournissez l'occasion de reconnaître, sur-le-champ, votre gracieuseté à mon égard, j'en profite et je me déclare prêt à faciliter l'opération qui vous intéresse.
Hélène. — Je suis très contente, monsieur Bragelin... très contente.
bragelin. — Procédons avec ordre. Vous ai-je bien comprise, madame la comtesse? Vous désirez que M. .Robert de Chacéroy, mon client, soit mis à même d'emprunter les six cent cinquante mille francs qu'il m'avait chargé, vendredi dernier, de chercher pour lui... Je me trompe?
hélène. — Non, mais vous m'assurez que jamais, jamais, jamais, M. de Chacéroy ne soupçonnera que c'est grâce à mon intervention, grâce à mes bijoux, qu'il...
bragelin. — Personne, madame la comtesse, ne soupçonnera votre rôle dans cette transaction. J'informerai donc mon client que je suis revenu de ma première impression et qu'après examen son affaire me paraît possible, et je feindrai d'avoir trouvé un banquier qui accepte la garantie offerte par M. de Chacéroy : la signature de ses beaux-frères. Ainsi, l'emprunteur ignorera éternellement — s'il ne tient qu'à moi — la provenance de l'argent.
hblène, gênée. — ■ Vous comprenez, hier soir, j'ai appris indirectement la situation de M. de Chacéroy... Il serait indigné s'il savait que je me mêle... Enfin, je compte sur le silence le plus absolu.
rrageltn. — ■ Comptez sur mon silence absolu et professionnel. Un bijoutier est un confesseur.
hélène. — Vous êtes étonné peut-être que je m'occupe avec autant d'ardeur de...
bragelin. — Dans notre métier, madame la comtesse, nous nous étonnons rarement. Nous risquerions de passer notre temps à nous étonner.
hélène. — M. de Chacéroy m'a rendu jadis un grand service... un service du même genre... il ne m'a jamais permis de m'acquitter, et je rembourse en quelque sorte un...
bragelin. — ■ Je préfère, madame la comtesse, que vous ne me donniez pas vos raisons. Elles ne me regardent pas et elles ne pourraient que m'embrouiller. Quand vous sera-t-il commode de me faire porter ces perles et ces diamants?
hélène. — Vous savez qu'il faut l'argent pour demain matin.
bragelin. — Pour demain !
hélène — M. de Chacéroy a besoin du tout, à midi, au plus tard.
bragelin, souriant et surpris. — Six cent cinquante mille francs, d'ici à demain! Mais, ladame !...
hélène — Que voulez-vous dire ?
bragelin. — L'on voit bien, madame, que vous êtes la fille d'un archi-millionnaire.
Mais, six cent cinquante mille francs, cela fait beaucoup d'argent! Il me faudra expertiser minutieusement vos bijoux, soumettre l'expertise à des capitalistes et accorder à ceux-ci le temps de la réflexion... Dans deux jours, au plus tôt, je pourrai vous communiquer la réponse définitive.
hélène. — La réponse !
bragelin. — Elle ne saurait être que favorable. Et, trois jours après, l'on me remettra les fonds.
hélène. — Alors, cinq jours en tout!
bragelin. — Quatre, en faisant diligence.
hélène. — Mais c'est impossible, impossible !
bragelin. — Songez, madame, que les gens d'affaires ne laissent pas dormir des six cent cinquante mille francs dans leurs tiroirs.
hélène. — Allons, c'est impossible! Monsic ur Bragelin, je vous en prie, avancez vous-même les... Vous ne le regretterez pas.
bragelin. — Madame, nos capitaux, à nous autres, c'est notre marchandise... Je vous assure qu'avec la meilleure volonté...
hélène. — Mais, c'est terrible!... C'est terrible I
bragelin. — Un peu de patience, madame la comtesse.
hélène. — Il ne s'agit pas de moi ! Je vous répète que le dernier délai... (Geste de regret de Brugeilin.) C'est terrible!... Alors, tout devient inutile... tout s'effondre!
bragelin. — Je suis désolé.
hélène. — Et ce rendez-vous de ce matin
3RAGELIN. — Elles sont d'une eau admirable
La Rafule
BEAGELBI. — Je buis dé-
que vous avez manqué! J'ai perda, pour vous attendre, les deux tiers de ma journée.
bragimn. — Votre coup de téléphone ne me laissait pas deviner pareille urgence.
. — ■ Si je vous avais vu ce matin, je
serais partie tout de suite pour Paris, je me
eu rapport avec d'autres per-
KL1N. — En vain, madame la com- D »:a vieille expérience. Ah!
si l'affaire était franche, tout cela marcherait sur des roulettes! Je vous demanderais Jeux heures... même pas!... Mais, sans l'au- ! . le comte, la chose devient si délicate... M. Zambaux, le bijoutier de votre famille, refuserait mordicus. Et quant é, il ne vous avancerait pas la moitié de la somme.. Vous
me voyez navr
L'n silence.
hélène. — Eh bien, voilà... voilà!
rrageliv — Vous n'avez plus besoin do
: .adame la comtes^hé t' — Non... je ne... Non! je vous remercie.
Rien entendu, je reste à votre ontière di ' n temps.) Mes res-
te, madame la comt«
; monsieur B -agelin
Il :-ieur Bra^elin !... Atten-
urellement, j'ai
n de vous, eru
■ffff — Je suis tout dévoué à vos ins-
>ns, madame.
hélène. — Puisque notre combinaison exi-
gerait trop de temps, je vais me tourner d'un autre côté... Et j'aurai largent... Je l'aurai aujourd'hui.
lliN. — Je vous le souhaite de tout mou cœur, madame la comtess
Hélène. — Je l'aurai sûrement! Je reviens à mon premier projet... le plus simple et le meilleur. Dans une heure, je me serai procuré le.~ six cent cinquante mille francs. klin. — La somme est considérable...
\x. — Pcju importe, je Tairai. J'aurai un chèque. Voyons... je dîne à î aris. IJ me sera difficile de passer à votre magasin avant le diner... Où pni^-je vous rencontrer dans la soirée... vers dix heures?...
::lin. — Où il vous plaira, madame la comtesse.
hélène. — J'irai chez vous. C'est le plus sûr. J'irai chez vous avant de prendre le traiu qui me ramènera ici. Je vous remettrai le chèque. Vous vous chargerez de L'encais ser.
ueageiin. — A vos ordres, madame.
hélène. — Et vous eu ferez tenir le montant à M. de Chacéroy, en lui jouant tonjours la comédie convenue... l'histoire du banquier.
bragelin, sceptique. — Volontiers. Quellesimplification, madame la comtesse!... (27 <i son portefeuille.) Voulez-vous me permettre? (Une cart?.) L'adresse de mon domicile particulier...
hélène. — Mer^i... Vous rentrez par l'express?
bkagelin. — Non... je me suis servi de mon teuf-teuf pour venir-.. Cette route à travers bois est si pittoresque... si poétique...
hélène. — Faites-moi un plaisir, monsieur
1 '" l./ii'
BRAGELIN. — V LBZ-TOUfl ME PERMETTRE?