ROBERT — T 'ABANDONNER
de ne pas t'avertir. Je n'étais venu ce soir que pour un grand adieu muet, pour m'emplir les yeux de ton visage, les oreilles d< tes paroles, pour emporter ton souvenir le plu-... le plus chaud, le plus vivant... Puisque tu as pénétré mon désespoir de te perdre et que ton angoisse, ta douleur m'ont arraché des aveux, je te supplie de montrer demain le courage de ton cœur... Oh! non! Pas cette figure !
hélène. — Ose, ose me déclarer en face que tu comptes m'abandonner !
robert. — T'abandonner ! Voilà ce que tu trouves !
hélène. — Et voilà ce que tu avais trouvé !
robert. - Parce que je t'adore. Hélène!
hélène. }<nrs d'elle. — Je me fiche de cette adoration-la! Merci! Un petit au revoir bien gentil et que je reste seule et que tu t'en ailles au loin, et que nou»s soyons séparés pour toujours!... Serais-tu méchant, cruel? Ou es-tu seulement bête?... Tu m'ordonnes de... de sourire... de... Non! Je ne trouve
pas les mots! C'est comme si tu me disais: ti Tu vas habiter sous ce toit avec des êtres humains, mais je te défends de boire, de manger, de respirer, de penser... de... »
Robert, qui essaye de la calmer. — Prends («ra-rde!
hklène. — Tant pis! Tu criais tout à l'heure! C'est à mon tour. {Baissant le ton.) Mais non. je ne crierai pas. Regarde-moi! Tu es résolu toi, pour les choses de la vie, je suis aussi résolue, tu le sais, pour les choses de l'amour, parce que mon amour, c'est ma vie. Si tu ne renonces pas loyalement à cette séparation, à cette lâcheté, à cette saleté, si tu ne me permets pas de te suivre, si tu me détaches et me rejettes, eh bien, dans un instant, quand le monde descendra, devant mes parents, devant mon mari, devant nos invités, je dévoilerai le secret si bien gardé de notre liaison... Je révélerai la vérité, que tu es mon amant, et nous verrons bien si tu o~es me renier !
robert. — Tu souhaites donc que je te ouitte sur le champ?
hélène. sans élever la voix. — Essaye!
robert, à un pas d'elle, les î/eux dans ses yeux. — Hélène, mes nerfs -ont depuis quelques jours à une rude épreuve...
hklène, sans fuir le regard de Hubert. —
Si tu tentes de sortir, je m'accroche à toi et j'appelle.
robert. — Je te remercie du réconfort que je reçois à l'heure la plus tragique de mou existence !
hélène, passionnément. — Cette heure, je veux la vivre à tes côtés !
robert, après un temps. — Au fond, je suis bête. C'est parfait, c'est entendu... Je te garde. Où que j'aille, nous ne nous quitterons pas.
hélène. — Tu ne te débarrasseras pas de moi avec des prome.ses pour rire! Tu cèdes trop vite ! Soyons sérieux. Il nous faut un autre entretien, tranquille... libre... Passestu la nuit au château?
robert. — Xon, je retourne à Paris, après le dîner.
hélène. — Alors, j'entends que nous nous retrouvions demain. Veux-tu, demain à midi ?
robert. — Impossible!
hélène. — A deux heures ?
robert. — Impossible! Je déjeune avec mon beau-frère et un banquier. Une dernière tentative.
hélène. — A quatre heures!
ROBERT. — Notre conversation peut se prolonger...
ROBERT. — C'est parfait, c'est entendu..
HÉLÈNE. — A cinq heures?... A six heures?... (On entend la seconde cloche.) C'est cela, vers six heures!... Nous dînerons ensemble... Si!... Oh! j'inventerai quelque chose... je m'arrangerai. A six heures chez toi.
ROBERT. — ■ Bien.
Hélène. — Ça ne me suffit pas!... J'exige un serment.
robert. — Je te jure de...
hki.è.se. — Le seul. Jure de m'attendre demain, avenue Marceau, et jure-le sur ma vie.
Lea valets de pied ouvrent à deux battants la porte du vestibule.
robert, reculant, et avec vn sourire gêné. — Pourtant, si je suis obligé...
Hélène, très has. — Jures-tu?
robert, très bas. — Je jure.
hélène, même jeu. — Sur ma vie?... (Geste d'assentiment de Robert.) Répète!
robert, même jeu. — Sur ta vie. (Un temps.) Mais je te préviens, Hélène, que...
hélène, même jeu. — Gare! (On entend les voix des invités. Robert et Hélène se séparent.) Parlez-moi, parlez-moi! (Devant la glace elle met quelque ordre dans sa coiffure.) Parlez-moi donc!
robert, qui s'est ressaisi et tandis que j/me (je Thisieur et le Général entrent en causant. — ■ Vous voyez la course d'ici... César entre premier dans la ligne droite, l'homme avait les mains basses... Turlupin était monté et, vous savez, monté à fond...
— — i" ' mm.- < o»
BBH
HÉLÈNE. — IjES perles sont belles, n'est-ce pas ?