SCÈNE Y
LEBOURG. LA BARONNE, à un moment., LE VALET DE CHAMBRE
Hélène est sortie. Resté seul. Lebourg se promène de lonçr en large. Entre la baronne.
i.EnorRG, farouche. — Vous voilà, vous la baronne, effarée. — Oui...
lebourg. — Vous avez vu Hélène?
LA BARONNE. — Olli.
lebourg. — Elle vous a parlé?
LEBOURG. — Envoie-moi ta mère.
i.a baronne. — Non... Elle était pâle, bouleversée... Que se passe-t-il?
lebourg. -- Oh! pas grand'chose ! Votre fille a un amant.
i.a maronne. — Ah! je vous en supplie, Charles, ne plaisantez pas avec ces...
lebourg. — J'ai l'air de plaisanter? Je vous répète que votre fille a un amant! Elle vient de me L'avouer.
i.a baronne. — Hélène?
UIBOUBG. Vous n'avez pas d'autre en-
iaui . que je sache !
i.\ baronne. - Hélène!... Ah! mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !
Elle s'effondre en sanglotant dans un fauteuil.
LBBO Bien!... Voilà que tu pleu-
Elle pleure!... Attende au moins pour pleurer!... Attends de connaître le nom. Le de. ines-1 U, le nom de ou amant ?
i \ baronne. Comment peux-tu que je
h- devine ?
LEBOURG. M. de Chaeéroy.
i.a baronni . Roberl ?
lebourg. Robert! Il y a trois ans que
cela dure! Et, uaturellement, vous ne vous i>perçu de i ien ! (Une pause.) -Moi
non plus, d'ailleurs! Mais moi, j'ai une excuse. Je ne suis pas la mère, moi ! Mes affaires et mes obligations mondaines m'absorbent. Je ne vis pas constamment dans la société de ma fille. Je vous félicite, vous l'avez joliment surveillée, Hélène!
i.a baronne. — Surveille-t-on une grande fille mariée? Et comment soupçonner cette enfant si douce, si tranquille?... Quelle horreur! quelle horreur !...
Les sanglots redoublent.
lebourg. — Parfait! Second déluge! Attends encore! Tu ne sais pas le plus beau.
la baronne, se dressant. — Ce n'est pas tout?
LEBOURG. Mais non! Ecoute!... Chaeé-
roy a escroqué six cent cinquante mille francs.
la baronne. Escroqué?...
LEBOURG. - - Escroqué, détourné. Il peut être arrêté d'un moment à l'autre!... Et notre Hélène me donne le choix : ou je désintéresserai les dupes, ou elle se li\ rera à quelque esclandre. Là ! à présent, tu peux pleurer. Ali! tu ne pleures plus :... Eh bien, ma chère, que pensez-vous de la situation?
La Raîale
la baronne. — Il faut payer, Charles, il faut payer!...
lebourg. — Je le sais bien qu'il faut payer!... J'ai l'habitude. Payer, payer!... Je passe mou temps, mon existence à payer!... Mais, cette fois, la question ne .se présente pas si simplement. Tu ne réfléchis pas, toi, tu n'examines pas! Moi, j'ai tout vu en un clin d'œil... les .suites, les conséquences... mon devoir!... Nous avons un gendre. Tu le donnes à tuer, notre gendre ?
la baronne. — Charles, tu n-'iras pas lui raconter qu'Hélène...
lu bourg. — Tu me prends pour un imbécile! Je ne lui raconterai rien du tout. Mais je n'irai pas davantage me faire le complice des malpropretés de ces deux... {Il n'achève pas.) Non ! non !
LA baronne. — Alors, tu changes d'avis, tu ne débourses plus les. .
lebourg. — Si, je casque! Mais j'en veux pour mon argent. Le gaillard ne se nioquç pas mal d'Hélène, il exploite l'affolement de cette malheureuse. Voilà tout!
la baronne. — Sûrement!
lebourg. — Aussi, je connais une liaison qui sera rompue demain !
la baronne. — Tu vois le moyen ? vraiment ?
lebourg. — Ne t'inquiète pas. Il est là, le moyen!... (Il indique sa poche.) Je l'ai compris tout de suite!... (Un silence.) Je ne sais pas, du reste, pourquoi je t'ai priée de venir. Je voulais éloigner cette petite à tout prix... Je l'aurais tuée!... Cependant, je flairais le pot aux roses depuis une heure!.. N'importe, quand j'ai fini par lui sertir \a vérité, j'ai reçu, malgré tout, un
LEBOURG.
Quelles amies'
LA BARONNE. — Hélène! .. Ah! mon Dieu
coup de massue. Ça ne te secoue pas, toi!... Tu pleures, mais tu n'es pas secouée.
la baronne. — Je suis écrasée.
lebourg. — Notre fille!... Notre fille a un amant!... Ta fille à toi, à toi, l'épouse impeccable, à toi, qui n'as jamais regardé un autre homme que ton mari ! Et fichtre, il t'a pourtant rendue malheureuse, ton mari!... Il te rudoyait, il s'absentait à tout bout de champ! Enfin, tu souffrais. Parfaitement, tu souffrais!... Je ne laisse rien paraître, mais chaque fois que je te fais de la peine, je m'en aperçois, va! J'ai du cœur!...
Eh bien, tu en as enduré plus que ton compte.
la baronne. — Moi, je t'aimais, Charles.
lebourg. — Pourquoi n'aime-t-elle pas Armand? Notre fille, tromper son mari!...
Tiens, c'est presque ridicule à confesser, mais moi-même... depuis notre mariage...
jamais une maîtresse!... pas une maîtresse en vingt-neuf ans!... Tu me crois... n'est-ce pas, Henriette ?
la baronne. — Oui, Charles, je te crois.
lebourg. — Et elle!... Ah!...
la baronne. — Elle mène une existence si différente de la nôtre! Regarde les amies qu'on lui a données...
lebourg, rude et bref. — QueP^s amies?
la baronne. — Tiens, la jolie baronne Flesch !
lebourg. — La baronne Flesch est une grue. Et après?...
la BARONNE. — Nous la recevons tout le temps! Et Mme de Chalin qui a une liaison Et Mme de Thisieux qui en a deux !
Ces femmes-là, nous apparte-
lebourg. — Et après!
mais pas notre tille!
la baronne. — Ces femmes., nous à leur momie !
lebourg, que lu colère bouleverse. — Mais non, nous n'en sommes pas, de leur monde, et tu le sais bien !
la baronne, scandalisée. — Oh! Charles!
lebourg, un silence. — Alors, tais-toi! Tu me ferais dire des bêtises, à la fin. (Un temps. Il en sonner.) Du reste, tu ne me cites que des coureuses! La comtesse de Rouelle se tient très bien, il me semble. Et Mme de Lourties aussi! Et la duchesse de Graveline et tant d'autres! I Paraît le valet de chambre.) Qu'est-ce que vous voulez, vous ?
le valet de chambre. — Monsieur le baron n'a pas sonné?
lebourg. — Si ! Priez madame la comtesse de venir me parler immédiatement.
le valet de chambre. — Bien, monsieur le bar;>ii.
Il sort.
la baronne. — Tu seras calme, mon Charles ?
lebourg. — Je t'en réponds!
la baronne. — Xe te mets pas trop en colère !
lebourg. — Pas si bête!