SCENE IV
HELENE, puis LEBOURG
ME, <lt m curée seule, pleure de honte.
puis elle ièche u larmes et, avec un sourire
di dégoût : Oli! (Mie aperçoit son père
■ parc •' va vivement vers la porte-fe-
■ tre.) Papa ! Pa],:> '.... Viens!... Si !...
, ce. paraissant sur le seuil. — Qu'cst- 1 1 que tu lui peux, à ton p:i}>:i P
hélène, ^efforçant de rire. Entre!
leboubg. Je n'ai pas envie do bavarder ! Je i uis furieux !
hélène. — Pour changer!
LEBoritc avançant d'un pas. — Je suis furieux contre ta mère.
hélène. ■ — Pour changer ! Pauvre maman !...
lebourg. — Pauvre maman!... Tu l'as entendue, tout à l'heure, à déjeuner F En pleine table et devant la duchesse de Graveline, elle se met à débiner Mme de Grandmartin !
hélène. — A débiner!... Maman a risqué une innocente plaisanterie. C'est Mme do Graveline, elle-même...
lebourg. — Mme de Graveline en avait le une innocente plaisanterie. C'est Mme de Grandmartin. On a toujours le droit de dire du mal d'une personne de sa famille. (Plus bas et véhément.) Mais, encore une fois, nous ne devons jamais, nous autres parler en termes désobligeants des gens de notre monde! Xous devons écouter, avec un petit sourire amusé, les rosseries et faire chorus seulement aux louanges. Comprenez, donc, sapristi ! que la duchesse de Graveline est la duchesse de Graveline, et que ta mère... ta mère... ta mère manque de tact! (Un temps. Vins calme.) Ce n'est pourtant pas difficile d'avoir du tact! Ah! là, là, s'il ne dépendait que d elle, je m'y ferais joliment blackbouler, à la rue Royale! Heureusement, je suis là.
Il est entré petit à petit. Il s'assied.
hélène. — A présent que tu t'es soulagé, papa, laisse maman tranquille et écoule. Ecoute avec bienveillance... Votre file réclame de vous un immense service!
lebourg. — Elle aussi !
hélène. — Comment, elle aussi!
lebourg. — On ne fait que cela aujourd'hui, me demander des services. Jamais je n'ai trouvé autant de lettres de tapeurs dans un seul courrier! Enfin, il ne s'agira pas d'argent avec toi, je pense.
hélène. — Et tu te trompes!
lebourg. — Ah! tu me tapes comme les autres!... Ma fille me tape!... Un pauvre, au moins ?
HÉLÈNE. — Xon...
lebourg, se levant. - Peu importe! ("<>< accordé, c'est octroyé, si tu me permets d'aller rejoindre ta mère et de...
hélène. — Papa, reste! Et ne plaisantons plus! Donne-moi, s'il te plaît, quelques minutes de conversation sérieuse.
lebourg. — Aïe! aïe! aïe!... Quelle idée m'a pris de passer devant tes fenêtres!... Enlin!...
Il se rassied.
HÉLÈNE. — Mon Hier papa...
LEBOURG. - Tu es solennelle!
hélène. — Mon cher papa, j'ai conscience
LEBOORG. — Elle aussi!.,.
ae m'être montrée toujours assez sage, assez discrète... Est-ce exact:'
lebourg. — - Très exact, mon enfant... Tu es une brave petite bonne femme.
hélène. — Tu me comprends bien?... Je crois que jamais tu ne t'es plaint d'un caprice de moi, d'une lubie, d'une exigence. E.^t-ce exact ?
lebourg. — Oui. Tu désires des compliments ?
hélene. — Tu sais que je ne les cherche pas. Je désire que tu me rendes justice et que tu considères le passé à l'instant précis où je sors de cette constante réserve... Car je suis forcée, papa, d'en sortir et de te demander, à titre de prêt, une somme, une très grosse somme.
lebourg. — ■ A titre de prêt... Une très grosse somme... Tu as tout l'air de me tirer une carotte, toi !
HÉLÈNE. — Oh !
lebourg. — Tu as dépassé ton budget, hein ?
hélène. — Non... Mais ta bonté consistera surtout à ne pas m'interroger. Laisse-moi te dire le...
lebourg. — Ah! ah! c'est la carotte mystère !...
hélène. — Papa, si tu me permettais de te dire...
lebourg, se levant. — Xe me dis rien! J'adore les mystères et je te glisserai avec plai-
sir mille ou deux mille louis en cachette. Là !
hélène. — Deux mille louis?
lebourg. — Ça fait quarante mille francs. Ils suffiront, je suppose?
hélène. — 11 faut en finir. Je ne sui,> pas à court, je ne tire pas une carotte. J'ai besoin d'une somme déterminée. Voici la chose, tout net. Je te supplie, papa, de m'avancer cet après-midi.. immédiatement...
en un chèque, six cent cinquante mille francs.
lebourg, bondissant. — Hein?
hélène. — Tu as entendu le chiffre. Veuxtu?
lebourg. — Ah ! c'est une farce !
hélène. — Réponds-moi, papa.
lebourg. — Tu parles sérieusement ?
hélène. — - J'attends avec anxiété un oui ou un non.
lebourg. — ■ Eh bien, non !
hélène, douloureusement. — Pourquoi?
lebourg — Tu me demandes pourquoi je refuse de... Sur l'honneur, tu me déconcertes! Mais à quoi les destines-tu, ces six cent cinquante mille francs?... Du reste, je m'en moque!... Ah çà ! vous me prenez, les uns et les autres, pour un rajah! Ou pour un imbécile!...
hélène. — Xe me confonds pas avec des étrangers. Je sais que mon père m'aime bien, qu'il est très large, très généreux, qu'il possède cinquante ou soixante millions...
lebourg, furieux. — C'est possible, mais ça ne te regarde pas! Et je ne posséderais rien du tout si je m'étais amusé à distribuer des chèques de six cent cinquante mille francs comme des prospectus! Tu entends?
hélène. — Tu as tort de te fâcher, papa !
lebourg, criant.
— Je ne me fâche pas! Tu es une inconsciente , voilà tout !
— Je ne q u'om- C'est un
papa. Je
HELENE
souhaite
pr tinter !..
emprunt,
te rembourserai.
lebourg. — Oui !
Tu me rembourseras avec mon argent !...
Assez d'enfantillages! Et d'abord, que signifie cette plaisanterie? Tu as fait des bêtises, des dettes ? Toi ?
HÉLÈNE. — Je te jure que non !
LEBOURG. Alors ?
hélène. — Papa, il est nécessaire, je te l'assure, il est urgent, il est indispensable que je trouve cette somme.
LEBOURG. — TV parles sérieusement?
lebourg. — Eh bien, soumets le cas à ton mari! Vous disposez d'une fortune personnelle. En te dotant, je n'ai pas lésme...
hélène. — Jamais mon mari ne m'autoriserait à retirer ainsi...
lebourg. — J'aime à le croire, et tu t'imaginais que moi...
hblkne. — En aucune occasion, je ne me suis adressée à mon père...
leboubg. — Parbleu! Je te laisse rarement cette peine.
hblkne. — Et je compte sur sa tendresse.
:.i:uoir:;. — Tu y comptes un peu trop! Et puis, je déteste les mystères, moi, et j' entends apprendre le motif de cette...
hélènk. — Il m'est impossible, papa, de le j.é\ cier.
HÉLÈNE — En aucune occasion.
LEBOUBG. — Très bien, ma petite, trè3 tien! Je n'insiste pas
HÉI.ÈNS. — Mais... tu seras gentil, tu...
LEBOUBG, qui gagne la porte-fenêtre. — Ah! n'insiste pas non plus et restons-en là!
HÉLÈNE. — Ne te montre pas impitoyable! l'u iik connais, je suis sérieuse, sensée...
i: . Oh! tu te répètes! Tu es
'-"H i < nte de toi aussi '
BÉLÈNE. •!•' ne t'ennuierais pas de la
une raison grave, sans la plus impérieu ■«• des raison
lbboubg, s'arrêtant. — Donne-la, ta raison ! [Mouvement d'Hélène.) Ou garde-la! le même prix.
hélèkb. - C'est Le même prix. Voilà le fond de ta pensée!...
i.i soi ao. - Parfaitement.
HÉLÈNE. — Papa, réfléchis!... Ne m'abandonne pas sans...
lebourg, sur le seuil. — C'est tout réfléchi !
hélène. — Au moins, parlons! Do grâce...
lebourg, scandant les syllabes. — Tu m'embêtes!
I" sort.
Hélène, dans un cri. — Arrête! Ton dernier moti'
lebourg, dans le parc. — Sur cette question? Oui.
Hélène. — Ainsi, dans l'unique circonstance où je me sois tournée vers toi, tu me repousses brutalement, avec une mauvaise figure âpre, comme si j'étais un des tapeurs dont tu te plaignais!...
leboubg, rentrant et allant à elle. — Dics donc, Hélène, il me semble que tu oublies...
hélène. — Ta curiosité le cède à la frayeur de donner de l'argent, de cet argent que tu prodigues, que tu jettes, quand c'est ta vanité que tu satisfais!
leboubg. — Ma vanité!... Petite malheureuse!... Veux-tu me demander pardon tout de suite! Mais tu deviens folle?... C'est la première fois de ta vie...
hélène. — Tu as raison, c'est la première fois de ma vie que j'élève la voix et je conçois ton ahurissement. Moi, le petit être muet, docile, soumis, moi qui jamais n'ai pesé d'une once sur tes décisions, j'ose revendiquer et protester... J'ose parler!
lebourg. — Très attendrissant!... Je ne parviens pas cependant à te considérer comme une victime. Je découvre en ma fille une ingrate, oui, une ingrate et une hypocrite !...
HÉLÈNE. — Je ne me suis pas tue par hypocrisie.
leboubg. — C'était par affection, par gentillesse. Je la connais, celle-là ! Mais toute ton éloquence ne m'apprend pas de quel droit tu exiges, sur ce ton, une pareille libéralité, après tant d'autres!
HÉLÈNE. — Ce droit, tu as envie vraiment que je te le rappelle ?
leboubg, tout pris d'elle. — Ah! furieusement envie !
héène, qui fait effort sur elle-même. -- ■ — Eh bien, non!... Je t'ai manqué de respect, papa... Ne m'en tiens pas rigueur, j'étais nerveuse.
Elle essaie de l'embrasser.
lbboubg, se dégageant. — Non, non, non!... Assez de simagrées!... Tl me faut une réponse, à présent. De quel droit, toi, que j'ai toujours gâtée, comblée, prétends-tu m'imposer cette dépense extravagante, ce nouveau sacrifice?
HÉLÈNE, se révoltant. Ce nouveau sacri-
fice! Vraiment, tu vas trop loin!... Il y a cinq ans, je t'ai fait un sacrifice autrement lourd que tous les tiens !...
lebourg — Il y a cinq ans?...
hélène. — Le jour où tu m'as suppliée ■d'épouser Armand de Bréchebel.
lebourg. — Je t'ai suppliée!...
HÉLÈNE. — Oui!... Oh ! tu m'as menacée aussi. Mais des menaces n'auraient pas vaincu mon dégoût. Tu m'as suppliée d'accepter un mari qui n'était ni jeune, ni beau, ni séduisant, ni... ni acceptable. Tu m'as suppliée avec de l'émotion... avec des larmes, tiens !
lebourg. — Tu mens!
HÉLÈNE. — Pourquoi nies-tu? Personne ne .nous écoute.
ieuourg. — Mauvaise fille!
HÉLÈNE. — Tu ne m'atteins pas!
IjEiîoi'kg, furieux et gtné. — Mauvaise fille!... Si j'ai pleuré, c'était de joie, sans <loute, en songeant à toi... à ta chance, à •cette union brillante... inespérée... Est-ce que je .->ai.s ! Est-ce que je peux me souvenir de tous les détails?... Remonte donc à l'époque où tu faisais des pâtés aux Champ.s- Klysées!... Ton mariage... ton mariage, c'est tle l'histoire ancienne!
hélènk. avec violence, avec douleur. — l'our toi, pas pour moi ! C'est l'histoire de toute ma vie ! Toute ma vie, je la passerai aux côtés de ce coureur de dot sans élégance, de ce vilain petit bourgeois de l'aristocratie, de cet être sournois et aride qui ne m'aime pas et que je ne peux pas aimer. Et, quand viendront ma vieillesse sans enfants, la solitude à deux, un étranger maussade, avare, ennuyeux, figurera pour moi la famille et le foyer !
..kisourg. — Tnis-toi!...
hélène. Allons, allons, tu peux m'ohli-
ger, papa, tu resteras tout de même mon obligé.
lebourg, qui est allé fermer la porte-fenêtre. — Veux-tu te taire, à la fin ! (Un temps. Un peu plus calme.) Vous avez une manie indécente de crier, ta mère et toi ! Vous l'êtes, mal élevées, toutes les deux!... (Un silence. Lebourg marche de haut en bas. Hélène, droite, immobile, attend. D'une voix toute différente.) Voyons, voyons!... Tout cela n'est pas sérieux... ^ous allons nous aigrir, je vais m'emporter et cela ne sert jamais à rien, de s'emporter. Il vaut bien mieux causer... causer en bons amis. Je ne prends aucune sorte d'engagement, mais je désire que nous causions un peu, toi et moi.
hélèxe. — Je t'ai dit ma hâte, mon inquiétude...
lebourg. — J'en tiens compte. Cela ne tramera, pas... Assieds-toi là!... Je m'assieds là... et je vais te poser quelques questions.
hélène. — Alors, comme je ne peux pas y répondre...
lebourg. — Attends!... Je vais te poser quelques questions et je ferai moi-même les réponses. Ah!... Libre à toi de m'interrompre si je me trompe. Je commence!... Pour-
quoi as-tu besoin de six cent cinquante mille francs? Pour quelqu'un!
HÉLÈNE. — Pardon...
lebourg. — Pardon ! Tu ne dois m'arrêter que si je me trompe. J'ai mes petits nuicules, comme tout le monde, mais je passais dans mon temps pour assez fort, et je ne nie crois pas complètement ramolli. SeuJement, la personne à qui tu t'efforces de procurer six cent cinquante mille francs... cetie dame... {Mouvement d'Hélène.) Ah! c'est un homme!... cet homme, est-il très intéressant, très estimable?... Je ne le pense pas.
LEBOURG. — Mauvaise fille!
Hélène. — Cette fois, tu te trompes !
lebourg. — Hum, un monsieur qui recourt à toi, jeune femme inexpérimentée...
hélènk. — Mais ce monsieur ignore absolument que je m'occupe de lui, ce monsieur ne demande rien, l'n hasard, qu'il ne soupçonne pas, m'a appris que je lui rendrais un inappréciable service.
lebourg, qui a fait entendre un sifflement. — Si tu te mets à rendre service aux gens qui ne demandent rien!...
Hélène. — Je préfère ces gens-là!... Et sois persuada que je plaide la cause d'un gentleman. Tu rentreras dans ton avance jusqu'au dernier centime !
lebourg. — Cette phrase m'est familière et elle ne m'inspire pas une parfaite tranquillité. Mais peu importe!... A présent, ma petite fille, il faut nie dévoiler le nom du monsieur en question.
Hélène, se levant. — Ah! jamais!... Ne l'espère pas.
lebourg. — Pourquoi? Tu viens de me raconter le gros de l'affaire, va!... 11 ne me serait pas très difficile de deviner ou de découvrir le reste... Je veux éviter une perte de temps, puisque l'urgence est grande. Voilà tout !
hklène. — Tu joues un jeu tant soit peu cruel, mais je résisterai !
lebourg. — Tu auras tort. Je ne peux même pas prendre en considération ta requête avant de savoir si ton protégé mérite une pareille sollicitude.
Hélène. — Il la mérite, papa !
lebourg. - — Je crains ta jeunesse et ton emballement. Encore une lois, je ne promets rien, mais si tu souhaites un bon conseil et peut-être... peut-être... un coup de main, dis-moi le nom.
hélène. — Je ne m'en reconnais pas le droit !
lebourg. — Ecoute, Hélène, tout à l'heure, tu as passablement malmené ton vieux papa, mais tu ne doutes pas de sa loyauté, je suppose :
hélène. — Je n'ai jamais suspecté ta loyauté ou ta droiture.
lebourg. — Eh bien, je te donne ma parole d'honneur que je garderai scrupuleusement ta confidence. Et, tu sais, ma- parole vaut ma signature... et ma signature vaut de l'argent. Allons, le nom?
hélène. — Vraiment, tu me tortures!...
lebourg. — Tiens-tu, oui ou non, à tirer d'embarras ce mystérieux personnage?
Hélène. — Alors, sous le sceau du secret?
LEBOURG. — Ki i r. EST si Q
lebourg. — Du secret le plus absolu.
hélène. — Chacéroy.
LEBOURG. — Chacéroy !... J'avoue que je ne prévoyais pas Chacéroy... Et il est si gêné?
hélène. — Il court Paris éperdument, désespérément, à la poursuite de cette somme. 11 ne la trouve pas.
lebourg. — Probable.
hélène. — Et, sous peine de conséquences inconnues de moi, mais très graves, il faut qu'il ait trouvé avant demain midi.
lebourg. — De qui tiens-tu ces renseignements ?
hélène. — D'une tierce personne à qui Chacéroy a confié ses embarras. C'est la vérité, papa !... Je m'étais engagée à la taire... Tu m'as harcelée, contrainte...
lebourg. — Une tierce personne... une tierce personne... Tu es certaine que Robert ne t'a pas révélé lui-même la situation?
HÉLÈNE. — Oh!...
lebourg. — Hier soir ?
hélène. — Tu plaisantes! Lui, si fier, si réservé !
lebourg. — Tous les jours, de beaux messieurs, fiers et réservés, défilent dans mon cabinet et empochent ma bonne galette.
hélène, imprudente. — En tout cas, Chacéroy n'y a jamais touché!
lebourg, la regardant. — C'est exact, mais comment le sais-tu ?
hélène, troublée. — Je l'en juge incapable. Sincèrement, papa, tu ne te représentais pas Chacéroy arrivant à Ohampville pomme taper, selon ton expression? (Elle rit nerveusement.) Dis !...
lebourg, conciliant. — En effet.
hélène, enhardie. — D'ailleurs, lui et moi, nous ne nous parlons guère... Tu as dû le remarquer ?
lebourg, même jeu. — Oui.
hélène, même jeu. ■ — Je me sens de l'amitié pour Chacéroy, il me rend, je crois, cette amitié... Nous nous rencontrons souvent. Mais nous ne sommes pas très... très liés.
lebourg, qui de nouveau la regarde fixement. — Oui... (Une pause.) Aussi, je comprends de moins en moins ton explosion de tout à l'heure! ton exaltation, ton angoisse.
hélène — Tu exagères!
LEiioriu:, même jeu. — Pas beaucoup!
HÉLÈNE, qui perd pied. — Tu m'avais montré, dès le premier mot, un visage si dur, si hastile, que j'étais un peu indignée... enfin, blessée... Et puis, cette nouvelle m'émeut, je ne m'en défends pas... .Te m'intéresse au sort d'un ami de ma famille... d'un homme que tu aimes tendrement..
lebourg, très inquiétaut. — Oui.
Un temps.
HÉLÈNE. — Du reste, à quoi rime vei interrogatoire? [Geste de protestation de Lebourg.) Si!... Tu es maintenant informé des
Rafale
LEB0U3G. — C'est exact, mais comment le sais-to7
moindres détails... Veux-tu que nous étudiions ensemble les moyens de tirer notre ami de ce mauvais pas?... de l'en tirer à son insu?... Tu n'hésites plus, j'espère?
LEBoritG. — Si! j'hésite.
Hélène. — Tu hésites à secourir Chacéroy, que tu considères à peu près comme un fils ? Ah! tu l'as déclaré en ma présence, maintes fois!
lebotrg. — Possible, mais je ne lâcherais pas si aisément six cent cinquante mille francs à mon propre fils. La preuve, c'est que je viens de les refuser à ma fille.
hélène, nerveuse. — Je t'en prie, ne t'amuse pas ! Je suis forcée de sortir. Il me reste à peine trois quarts d'heure. Réglons cette question.
LEBori::,, très ciilme. — Elle est toute réglée dans mon esprit. Tu ne connais pas la valeur de l'argent : mais, moi, je la connais. Un homme ne donne pas à un autre homme...
héi.ène. — Mais il prête !
lebourg. — Prêter! donner!... Ne prête pas à un autre homme un pareil paquet sans
des motifs puissants. Ces motifs n'exi. tent pas.
hélène. — Et votre amitié?
lebourg. — J'ai des tas d'amis et, à ce compte...
hélène. — Je croyais que, parmi tous, Chacéroy...
lebourg. — Tu étais dans l'erreur. Tout au contraire, je m'applique depuis quelque temps... discrètement, très discrètement, à écarter Chacéroy petit à petit... à l'espacer... à le semer.
hélène. — Qu'est-ce que tu dis?
lebourg. — Une chose véritable et raisonnable. Je ne suis pas un snob. Oh ! mon Dien, non!... Mais j'ai un goût très vif pour notre monde, pour l'aristocratie. J'y occupe une jolie situation...
hélène. — Je ne saisis par le rapport.
lebourg, avec un flegme insupportable. — Tu vas le saisir. Cette situation, il faut que je la conserve... que je l'administre. C'est cela, que je l'administre. Par dessus tout, je dots me soucier du choix de mes relations. Comprends-tu ?
hélène, qui se contient avec peine. — Je commence.
îEBonRG. — Or, Chacéroy descend la côte. 11 devient chaque jour plus antipathique... Il est si cassant!... Avec cela, il joue une partie d'enfer, et il joue farouchement. Encore, s'il gagnait comme autrefois! Mais il perd, il ne cesse de perdre! Et il paye!...
hélène. — Tu le lui reproches?
lebourg. — Moi, je ne compte pas! Les gens de notre monde se demandent d'où vient l'argent. Et comme Chacéroy n'est pas aimé, les hypothèses les moins flatteuses circulent. Hier, Clialon-Croucy l'accusait d'être entretenu par une femme.
hélène. — Tu n'as pas relevé cette infamie ?
lebourg. — Je ne m'érige pas en arbitre. J'administre ma situation. Les gens de notre monde tiennent de moins en moins à rencontrer Chacéroy, donc...
hélène. éclatant. — Ah! tais-toi! Je ne peux pas en tolérer davantage!
lebourg. — Et moi, je ne tolérerai pas un nouveau manque de respect !
hélène. — Alors, ne parle pas un langage qui me révolte !
lkeoltrg. — Hélène!
hélène. — Ainsi, tu choisis, pour abandonner ton camarade, l'heure où les indifférents se changent en ennemis, parce qu'une catastrophe le menace !
lebourg. — Une catastrophe?... Quelle catastrophe ?
hélène, Itors d'elle. — Que t'importe, puisque tu le « sèmes » ?
LEBOCRG. — Mus. KOI, n LA CONNAIS
lebourg, du ton le plus loyal. -- Tu travestis ma pensée. Si Chacéroy se trouvait en péril, j'interviendrais.
hélène. — Vraiment?...
lebourg. — Je ne mens jamais.
hélène. — Alors, il ne m'est plus permis de te cacher les choses. Je compte toujours sur la discrétion jurée?
lebourg. — Bien entendu!
hélène. — Chacéroy court un danger terrible.
lebourg. — - Ah, ah!...
hélène. — Jeudi soir, il a perdu une fortune...
lebourg. — Je le sais, mais il a tout réglé.
hélène. — Il a réglé avec de l'argent qui ne lui appartenait pas.
lebourg. — Comment!... Dis-moi ça, dismoi ça !
hélène. — Une défaillance, un coup de folie! Il a joué des fonds qu'il devait remettre le lendemain aux propriétaires de son écurie de courses, à ces deux industriels du Nord...
lebourg. — Les bonshommes de Roubaix?
hélène. — Oui. Les six cent cinquante mille, c'est pour eux. Ils feront toucher demain soir et... et ils n'attendront pas davantage !
lebourg. — Voilà donc l'histoire!... Ah! je le sentais qu'il y avait anguille sous roche! Je te remercie! On va le coffrer, tu sais.
hélène. — Mais... mais tu le sauveras!
lebourg. — Ce filou!
HÉLÈNE. Quoi !
lebourg. — Ce filou sans excuse !
hélène. — - Non!... Tu m'as arraché mon secret, bribe par bribe, et maintenant. . Ah! quelle trahison, quelle honte!
lebourg. — De voler de biaves gens? Oui, c'est une honte !
hélène. — Un coup do folie! Tu pardonnerais un coup de folie à ton fils!
lebourg — Mais fiche-moi la paix! Chacéroy n'est pas mon fils'
hélène — Il n'est pas ton fils, non, mais il est... ton ami
lebourg, ullant à elle. — Non, 'non, achève ta phrase!... Achève ta phrase! {Lui saisissant le poignet.) Regarde-moi un peu, toi !
hélène, calme. — Eh bien, oui, Robert est mon amant.
LEBOURG, avec 1/n rire de triomphe, de rage. — Parbleu!... Alors, c'était vrai? Mais non, je suis bête!... Ce n'est pas vrai!... Hein? Ce n'est pas vrai?
hélène. — Si. Nous nous aimons depuis trois ans.
lebourg. — Non!... Ce n'est pas possible! Tu as un amant? Toi! toi!...
helene, tranquillement. — Tu t'en étonnes? Tu ne me croyais pas éprise de l'individu dont je porte le nom.
lebourg. - Ah! la gredine! ..
hélène. — Gredine, parce que je subis M. de Bréchebel, un gendre chic? Gredine,
HÉLÈNE. — Mais... mais tu le sauveras
parce que je mène à ton profit une existence abominable, nue existence de courbettes et de platitudes?
leeouug. — Oui, gredine !
iiélène, passionnément. — J'ai rencontré, dans ce monde que tu aimes, un homme que j'aime, et il aurait fallu te sacrifier encore ma dernière chance de bonheur ! Tu en demandes trop !
lebourg, en fureur. — Tu es une misérable! Tu déshonores une famille respectée.
Hélène, d'une telle voix que Lebourg est obligé de se taire. — Pas de phrases, papa ! Allons au plus pressé! Ecoute-moi. Nous sommes du même ^ang et, quoique tu ne t'en sois jamais douté, je sais vouloir comme tu sais vouloir. Tu veux être de la rue Royale, je veux sairver mon amant. Si je n'y réussis pas, s'il fait naufrage, je sombre avec lui. S'il part, je pars avec lui S'il e^t arrêté, je me tue. Enfin, s'il y a un scandale, j'en serai de ce scandale! Voilà! Et je no bluffe pas. Maintenant, agis au mieux de tes intérêts.
lebourg. — Coquine, tu es complète!... Tu veux me faire chanter.
hélène, très posément. — Je veux sauver mon amant.
lebocrg. — Ah! [Il agite son poing sous It nea d'Hélène. Un silence. Lebourg va à lo porte, l'ouvre violemment, et respire Vair di dehors. Puis, d'une voix contenue.) Va trou ver ta mère et envoie-la-moi.
hélè.ve. — Je te rappelle que mes minutes? sont comptées.
lebocrg, du même ton. — Envoie-moi tanière et attends mes ordres.