‹ La rafale. Samson. Illus. d'apres les dessins de ReneferChapitre 29 sur 76 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

HELE.NE, ROBERT A un moment le VALET DE CHAMBRE

hélène, se jetant dans les bras de Robert, et blottie, serrée. — Toi!... toi!... Ah! toi...

robert. — Hélène!...

hélène. — Ne dis rien!... Tiens-moi fort!... Garde-moi!... Ne dis rien!... Toi, toi!

robert. — Mon cher petit... tu pleures?

hélène. — Non!

robert. — Si ! Et tu trembles. Et cesmains glacées!... Tu m'effrayes! Explique-moi...

hélène. — Je ne sais pas... (Sur Vépaule de Robert.) Je sors d'un cauchemar. Cette promenade, ces courses à travers Paris, sombre, boueux, pluvieux... Je me suis sentie, tout à coup, si loin de toi, si seule!... L'on n'imagine pas une solitude, une détresse comme celle-là!...

robert. — Tu es nerveuse, Lénette!

hélène. — Oui... très nerveuse. {Riant.) Ma pauvre tête, depuis quarante-huit heu-

HÉLÉNE — Je ne sais pas

ROBERT. — Tu écoutes?

res!... Ah! j'apprends l'existence!... N'estce pas, de longues années durant, j'ai vécu «arts but, et puis je me suis mise à vivre pour toi. Jamais je n'avais eu besoin des gens... je ne m'étais pas encore meurtrie à la méchanceté des gens, à leur brutalité !

robert. — Tu n'aurais pas éprouvé la brutalité de ton père si tu n'avais pas trahi ma confiance. Hélène, tu as osé demander à ton père...

Hélène. — Chut ! ne recommence pas, puisque je euis pardonnée! D'ailleure, je ne regrette rien. Non rien, ni ta colère, ni notre effroi... ni... cette aventure... ni... rien! Dans ces jours qui me marqueront, il y a notre nuit, notre première nuit à nous. Robert, comme je t'ai aimé, pendant cette nuit!... Je me suis donnée, donnée... je n'existais plus!... Plus une pensée... On ne se donne pas davantage.

Robert, lui prenant la main. — Mon Hélène adorée.

Hélène, se dégageant presque violemment.

— A présent, quoi que je commette, je t'aime, entends-tu ! Je glisserais à une abomination... tu l'apprendrais, tu le verrais, que tu ne pourrais pas douter de moi!... Même, si je me perds, même si je me salis, tu dois, à présent, croire à mon amour. [Elle se jette sur lui.) Dis, malgré tout, tu croirais à mon amour! Réponds, réponds!...

robert. — Mais que (signifient cette exaltation, cette fièvre?... Tais-toi, mon petit! Je ne veux pas. Sois sage.

hélène, riant. — Tu as raison... Je divague. Ecoute, Robert, j'ai si peur.

robert. — Peur !

hélène. — Peur de toi.

robert. — De moi ?

hélène. — Que trames-tu encore, contre nous-mêmes ?

robert. — ■ Franchement, je...

hèlene. — Si! si! (Lui touchant le front.) Tu ne m'as pas livré tout cela. J'en suis sûre, car je souffre obscurément. Je sens des menaces autour de moi, sur moi. Je sens du danger. Tu me fais si peur !

robert, souriant. — Pas possible!

Hélène. — Pourtant, tu ne médites plus de me lâcher. Tu ne peux plus. Je te tiens, mon cher !

robert. — Lénette!

hélène. — Je te tiens. Pour toi, j'ai planté là un nom, un rang, ma famille, mon honorabilité, tout ce que tu voulais tant me conserver!... Vrai, tu m'aimais drôlement!... J'en serais morte, mon ami !

robert. — Je t'en supplie...

hélène, tendrement. — Ah! que j'ai bien fait, hier soir, de rester, de ne pas m'en retourner là-bas!... Misérable! 11 en a fallu une lutte, une bataille pour n'être pas chassée !

robert, — Je ne me reconnais plus! Ma faiblesse et ma lâcheté m'indignent.

hélène, câline et tout contre lui. — Non, mon petit Bob!... C'était gentil de céder. Tu as cédé tout à coup. Au milieu d'une

phrase furibonde, tu t'es interrompu, tu as murmuré : << Et puis flûte! Advienne que pourra! » Et j'ai vu que la passion, comme un grand fleuve, te prenait et t'emportait... C'était gentil.

robekt, après un silence et pensif. — Oui...

Entre le valet de chambre; en apercevant Hélène, il s'arrête, gêné.

Robert. — Qu'y a-t-il?

le valet de chambre. — C'est ce monsieur que monsieur attend.

robert. — Déjà! Je vais le recevoir.

Un instant!... (Le valet de chambre sort.) Le représentant de mes commanditaires.

hélène. — ■ Tiens! je le croyais à Roubaix pour porter tes propositions...

robert. — Non, il n'est pas parti... Il a préféré demander des instructions par depêche...

hélène. — Alors, c'est peut-être la réponse...

robert. — La réponse?... Peut-être!...

hélène. — Je te laisse. Je m'installe dans le cabinet de toilette et j'écoute de toutes mes forces.

robert. — Tu écoutes?...

hélène. — A travers la porte!

robert. — Jamais de la vie ! Tu me troublerais terriblement.

HÉLÈNE. Moi !

robert. — Pour une aussi grave .conversation, il me faut la plus absolue liberté d'esprit!... Ta présence, ton voisinage...

HÉLÈNE. — Oh !

uobirt. — - Te savoir là!... Impassible! Je vais t'enfermer dans ma chambre, tout au fond de l'appartement.

hélène. — M'enfermer! Jamais de la vie!

robert. — Mon amour, l'heure n'est pas aux enfantillages. Je m'étais réservé cet après-midi, tu le sais. Viens!... Je vais t'enfermer dans ma chambre, à clef!... (Il ouvre la porte de gauche.) Viens, je t'en prie!

hblène. — Bien. (S' arrêtant.) Qu'est-ce qu'il y a... mais qu'est-ce qu'il y a derrière ce regard ?...

itom.RT, riant. — Folle !

Ils sortent. La scène reste vide quelques secondes. Chacéroy revient seul; il sonne. Paraît le valet de chnmbre qui, sur un signe introduit le visiteur.

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