SCENE II
FRANÇOISE. MAX, puis HONORE
max. qui arrive. — Soir, maman.
Françoise, froidement. — Bonsoir, men fils.
max, lui baisant la main. — En forme?
Françoise. — Qu'est-ce que vous dites?
max. — Je demande si vous êtes en forme.
Françoise. — Je ne comprends pas.
max. — Je m'enquiers de votre santé.
Françoise, sèche. — Je vous remercie. Ma santé est bonne... {Arrêtant Max qui se dirige vers le salon où Von joue.) Restez, je vous prie ! J*ai attendu dans ce salon afin de vous parler.
max. ■ — Gentil !
Françoise. — Mon cher Maximilien, votre place à table est demeurée vide, ce. soir...
(Une pause.) Vas parents vous demandent, en tout et pour tout, de dîner à la maison deux fous la semaine et il paraît que ce mince témoignage d'affection est encore au-dessus de vos forces. {Une pause.) Depuis dix jours, nous ne vous axons même pas aperçu... (Une pause.) Qu'avez-votis à répondre?
max. — Rien. Tout ce que vous avancez e^t rigoureusement exact.
Françoise. — - Oui... (Un temps.) Mon cher garçon, je serai brève...
max. — Aïe! Ça va être long, alors.
Françoise. — Maxiinilien, je te préviens
Françoise, impérieuse. — Asseyez-vous!
honoré. — Mais, Françoise...
Françoise. — Asseyez-vous !
Honoré se résigne et s'installe.
max. — Evening, p'pa !
honoré. — - Bonsoir, mon petit, comment vas-tu ?
Françoise. — Vous oubliez sans doute l'absence de Maximilien, son impolitesse?
honoré. — Mais je n'oublie pas!... Je n'oublie pas du tout. (A Maximilien.} Hum... pourquoi n'es-tu pas venu dîner?
HONORE. — Très chère, on vous réclame
qu'à la première impertinence j'appelle ton
max. - Ob ! non, maman, non! Tout, mais pas ça! Ne dérangez pas ce malheureux homme qui a bien gagné un peu de repos!
FRANÇOISE. Maximilien, si tu conti-
nues...
MAX Mais, maman, j'ai envie de jouci
au bridge, moi !
Parait Honoré.
honoré. Très chère, on vous réclame. fbançoise - Laissez-moi tranquille!
honoré. Mai.s .Jean \eut absolument tn poker.
INÇOI8E. Lai -e/-moi tranquille!
honore. Bien, bien.
i BANÇ0I8E. Et venez ici !
honoré. Très chère, je vous préviens
qu'il.-, m'attendent ...
max, vague. — Trop long!... Toute une histoire...
Françoise. — Bien! n'insistons pas! Il est entendu que tu manques de tout respect filial, il est entendu que tu mènes une vie stupïde, dégradante, lamentable... (A Honoré.) N'est-ce pas?
honoré, rêveur. — Oui...
Françoise. — A quoi pensez-vous donc, vous?
honoré. — Mais, très chère, je vous écoute.
FRANÇOISE. — Vous n'en avez pas l'air!
Qu'est-ce que je disais?
HONORÉ. — Voii.s disiez... lamentable! (A Max, et avec une subite véhémence.) Lamentable!...
Françoise. — ■ Tu lo vois, mon enfant, ton père est de mon avis.
m\x. Le contraire m'aurait étonné.
Françoise. — Il est entendu aussi que tu gâches des dons admirables.
honoré. — Admirables!
Max ricane.
Françoise. — Pour l'iimour de Dieu, Honoré, taisez-vous une seconde, rien qu'une seconde !
honoré. — Bien, bien.
Françoise. — J'ajoute que... que... La. vous m'avez interrompue... Ah! oui!... Tu ruines ta santé. Tu te lèves à cinq heures de l'après-midi! Tu passes tes soirées et tes nuits dans des cafés !
max. — Oh! des cafés!
j'appelais papa Honoré, au lieu de dire Nono comme tout le monde !
honoré, très frappé. — Tu m'appelles Nono ?
max. — Pas quand je vous parle, bien sûr!... Non, quand il est question de vous dans la conversation...
honoré. — Mais je te l'interdis! Je te l'interdis formellement.
max. — Voyons!
honoré. — Tu me surprends beaucoup Max. Je te regardais comme un garçon sérieux...