HONORÉ
— Scrieu:
- Sérieux.
sérieur... enfin a6-
FRANÇOISE. — Sérieux!
Françoise. — Enfin, dans des restaurants... dans des bars!... à jouer aux dés, à boire du -whisky, en pantalonnant pour la joie d'une bande de polissons!... Bel usage de tes facultés!... Dépenser l'intelligence, la verve, l'esprit que Dieu a mis en toi. à faire rire des abrutis comme le petit Saint-Gérard ou Pierre de Rochepont! Ma parole, dans ces conditions, j'aurais préféré un fils idiot!... (.4 Honoré.) Et vous?
honoré. — Mais cent fois! mille fois!... Vous permette/?... {A Max.) J'ai appris dernièrement qu'on te surnommait le La Rochefoucauld de chez ment...
max. — C'est moi qui
FRANÇOISE. — Je te Maximilien.
max. — Maman, non!... Appelez-moi Max!... Maximilien, c'est aussi lisible que si
Maxim... Franche-
l'ai fait!
félicite, mon
cher
sez sérieux pour ne pas l'afouer son père, pour ne pas.. .
Françoise. — Pourquoi voulez-vous qu'il vous épargne, quand il débite sur le compte de tous les siens le.^ plus détestables facéties!
max. — Allons, bon !
Françoise. — Mon fils, j'ai guetté ton arrivée tout exprès pour t'annoncer ceci : je suis résolue à ne pas supporter un jour de plus ton attitude révoltante!
max. — Pas un seul jour?
Françoise. — Tu n'ignores rien des difficultés parmi lesquelles nous nous débattons depuis un an...
max. — Depuis un an?
Françoise. — Oui... depuis le mariage de ta sœur.
max. — Quelles difficultés?
Françoise. — Ne fais pas la bête!
max. — Je ne vois pas les difficultés... En
une année, vous avez payé toutes vos dettes, •vous avez gagné plus d'un million à la Bourse, vous...
Françoise. — 11 n'est pas question d'argent... L'argent passe après!
max. — Après quoi?
Françoise. ■ — Mon ami, tu ne parviendras oas à me mettre en colère!
max. — Est-ce que j'essaye? Je n'ai qu'une envie : ratisser une petite somme à vos invités.
Françoise. — Tu sais très bien à quels désagréments, à quelles tristesses je fais allusion...
mam. — ■ Je sais?... Je sais que votre gen-
FRANCOISE. — De Thélème, oui!
dre s'appelle M. Brachart... Et qu'en plus il er t pacha... l'n pacha!... Vous devriez danser de joie! Ça ne court pas les rues.
FRANÇOISE. — Très drôle, très noble!
m\x. — Si on ne peut plus rire...
FRANÇOISE. - 11 est des cas où rire est une mauvaise acl ion.
max. Simplement?
Françoise. -- Simplement. Nous portons plus grands noms de France, notre famille c I une des plus anciennes...
sonore. — Une 'les quatre plus anciennes!
Françoise. — Et de douloureuses circonsnout on< contraints de donner aotre . Ohl Jacques Brachart est un charmant nomme... Je l'aime tendrement... Mais enfin. nce, ion... son existence, sa...
sa profession, De lui permettaient certes pas
de prétendre à une alliance comme la nôtre... Le monde nous a, bien entendu, jugés saus indulgence... Cette union nous vaut l'hostilité générale.
max. — Vous avez le délire de la persécution !
Françoise. — Pas du tout ! Et je trouve un peu violent que notre propre fils se joigne à nos ennemis, et...
Max. — Oooh ! Se joigne!... Je me tords! Tout ce raffut, à cause de mes petites blagues! Mais personne n'y prête attention... ça n'existe pas!...
Françoise. — Cela existe. Avant-hier encore, dans une gargote où tu passes tes nuits... l'Abbaye... de je ne sais quoi...
max. — Thélème.
Françoise. ■ — De Thélème, oui! tu t'es livré à une bouffonnerie d'un goût!... Tu as exposé publiquement ton budget de recettes...
max. — Pas possible!... On vous a déjà raconté ?
honoré. — L'histoire fait le tour de Paris!
Françoise. — Tu étais sans doute ivre, tu as dit : << Bon an, mal an, le bridge me rappoito tant... »
max. — C'est la vérité. Je me défends comme un dieu.
ii inoré. — Tu as dit aussi : « Mes parents me donnent par moi: ... »
max. — N'en parlons pas!
Françoise. — Et tu as conclu : « Mais tout cela c'est le casuel. Heureusement je possède un beau-frère qui possède lui-même une trentaine de millions et, grâce à ce parent, je me transformerai bientôt en un confortable petit rentier! » Ce sont tes propres termes.
max. — Pardon, ils étaient bien plus rigolo mes termes! J'ai eu un succès bœuf!
honoré. — Bœuf ou non...
•rançoise. — Enfin, tu as tenu ce langage. Tu l'avoues !
max. — Et après! Je ne dis jamais que ce que je veux dire. Ces boniments-là, c'est mon petit jeu, à moi. Parfois, ça vous taquine d'avoir Jacques Brachart pour gendre?... Eli bien, il y a des jours où il ne m'amuse pas comme beau-frère. Alors, je m'en tire à ma façon... je m'en tire en" mettant les rieurs de mon côté, en...
Françoise. — Maximilicn, assez! Vos propos nie répugnent. Je ne m'étais jamais doutée de cet impudent trafic, mais...
max. — Trafic !
FRANÇOISE. — Avec Jacques...
max. — Mes petits comptes?... Ah! minute'... vous déplacez la question!... Je ne marche plus! Les autres jouent à la Bourse sur les conseils de Brachart et avec sa galette, moi je lui demande de temps en temps un service... oui... et au lieu de risquer L'argent, je le place. Cest mon affaire.
Françoise. — C'est la mienne aussi ! Je to jure que tu n'exploiteras pas davantage la
bonté, la faiblesse de Jacques et que, dès ce soir...
max. — Oh! mais, oh! mais, la barbe! (Se croisant les bras et élevant le ton.) A la fin, que sigmfe votre acharnement?
Françoise, avec un inquiet regard vers les salons. — Chut! veux-tu...
max, même jeu. — Alors, vous vous ima.giniez que, dans ce truc-là, tout le inonde allait faire son beurre, et que moi seul je serais chocolat !
Françoise, à demi-voix. — Veux-tu te taire !
max. — Vous ne m'avez pas regardé!
Françoise. — Max, ne crie pas «insi!
max, plus bas. — Je suis prêt à susurrer. Je ne cherche pas un esclandre!
Françoise. — Tu es un être effrayant, abominable! Nous n'avons .songé, ton père et moi, qu'au '• onheur de notre fille.
max. — Mais oui !
Françoise. — Quant à tes injures, je les méprise! Du reste, je ne les comprends pas...
honoré. — Moi non ph.s: Chocolat...
beurre...
max. — Et moi je ne comprends rien à la querelle que vous me cherchez!... C'est risible! Malgré mon genre un peu débraillé, un peu... un peu...
François::. — Un peu voyou !
max. — ■ Merci, le mot ne me venait pas!... Malgré mou genre, vous m'adorez...
Françoise. — Misérable enfant, je te maudis!
max. — Mais non, mais non! ça n'existe pas !
Françoise. — Et ton père te maudit aussi !
h.)noré, placide. — Oui.
max. — Jamais de la vie! Regardez-le!
E>t-ie qu'il a l'air de ça?... Ah! maman, ne pleurez pas!... Je vous en supplie! Ma petite maman... Vrai! depuis que nous comptons un millionnaire dans la famille, ce que vous vivez sur les nerfs!
Françoise. — Non sans raison, je suppose!
max. — Sadis l'ombre d'une. Ma parole, maman, vous me causez une déception! Je vous considérais comme une femme épatante...
Françoise. — De grâce, dispense-moi de tes...
max. — Un peu d'estomac, voyons!... Enfin, vous aviez le choix. Ou bien la dèche, avec un nom immaculé, ou bien la mésalliance et le sac. Vous avez marché pour le sac, moi, je vous approuve; mais, à présent, tenez le coup !...
Françoise. — Quelles expressions!
max. — Vous vous préoccupez uniquement du sourire du vieux La Baume ou du qu'en dira-t-on chez Alice de Hautemart... Vous!
Françoise. — Evidemment ! A moins de rompre avec notre monde, avec les gens comme il faut...
max. — Il ne s'agit pas de rompre. A vous entendre, on s'imaginerait que vous êtes en
quarantaine! Les amis du bridge vous ont-ils lâchés? (Avec un geste vers le salon.) Je les vois d'ici. Il n'en manque pas un.
Françoise. — Ceux-là, parbleu!
honoré. — Us spéculent sir les Cuivreségyptiens.
Françoise. — ■ Us ont tous besoin de Brachart !
max. — Les autres spéculent aussi. Et qu'ils spéculent ou non, c'est le même prix... Maman, un conseil!... Reprenez illico vos airs d'autrefois, votre abatage... Redevenez Pailurale marquise d'Andeline, comme dit cette tourte de Glorieux, et puis ne vous fatiguez plus à pousser votre petit beau-fils dans la société... D'abord vous ne savez pas y faire! Confiez hardiment cette besogne à un gaillard qui la connaît dans les coins, qui aime tendicment Brachart et qui ne le trahira jamais, j'en répondis!
FRANÇOISE. Toi ?
max. — Non ! Jacques Brachart lui-même ! Ah çà ! vous le comptez donc pour zéro cet homme-là? Je vous jure, moi, qu'il peut sortir tout seul!... Il veut les gens du monde? Il les aura.
Françoise, incrédule. — Oui... oui...
max. — Vingt-cinq louis qu'il les aura! Il est imbattable. Il a toujours pratiqué la course d'attente... Regardez sa vie!... C'est né à Marseille, c'est fils de Dieu sait quoi, à vingt ans, ça meurt de faim! Il paraît que mon Jacques a fait le portefaix sur le quai de la Joliettt !
honoré. — Une légende.
Françoise. — Une infâme calomnie! Jacques était le secrétaire de...
max. — Entendu! N'approfondissez pas.
La réalité serait peut-être moins reluisante encore. Quinze ans plus tard, notre monsieur habite l'Egypte, il s'intitule Brachart pacha, il dirige un grand journal, il administre deux grandes compagnies, enfin il est dans les huiles. Joli travail, déjà, vous l'admettez!... Un beau matin, Jacques s'installe à Paris. Il vient pour lancer ses fameux Cuivres égyptiens et aussi pour s'offrir une petite existence à la hauteur... 11 connaît tout juste trois ou quatre personnes bien, qu'il a embobinées pendant des saisons au Caire. Ah! elles ont fait des petits, ses relations! En un rien de temps, notre bonhomme s'envoie une tapée de connaissances chic. Le voilà en plein gratin.
Dans l'intervalle, la fortune de cet innocent a, bien entendu, doublé, triplé... Les Cuivres égyptiens, introduits à cent francs, valent cinq cents, six cents, sept cents... Et, tout le monde joue, tout le monde gagne, tout le monde rit, tout le inonde chante! L'âge d'or, quoi!... Et vous craignez qu'avec une santé pareille votre gendre ne s'arrête en chemin!... Laissez-moi sourire.
Françoise. — Tu oublies, seulement, qu'à l'annonce du mariage, personne...
max. — Bien sûr! Le jour où monsieur
Jacques a tiqué sur Anne-Marie d'Andeline,
nia petite sœur, où il l'a demandée, où il l'a obtenue, nos amis ont un peu grogné... Il les ahurit, le bougre! Il va vite, terriblement vite... On grogne déjà moins... In an encore de patience, de bons tuyaux, un an de
Hautemart, qui a trente berges, qui est deux: fois grande comme moi et qui me ficherait des piles... Merci !
Françoise. — Enfin, Max...
max. — Ma petite maman, en tout cas, pas ce soir!... Ce soir, il faut que je gagne