SCENE IV
HONORÉ. — Tachez qu'il ne m'appelle plus Nono...
Françoise. — Elles le servent lorsqu'il s'agit de ses affaires ou du monde... Mais pour une femme, il manque d'élan, de fougue... il manque de... de furia!
honoré, rêveur. — La furia... oui...
Françoise, orrc un écrasant regard de rôti. — ■ Mais de quoi je vous parle, mon pauvre ami!... Retournons auprès de ces gens i
Paraît Ann '-Marie qui vient du salon.
anne-marie. — Eh bien? Vos invités?...
oubliés?
honoré. — On pourrait le croire. J'en suis honteux.
Françoise. — Calmez-vous. Ils ne se seront même pas aperçus de notre absence... Quand ils tiennent leurs cartes!...
honoré. — Jean doit écumer. Il réclame un poker depuis une heure!... Très chère, j'organise une table, voulez-vous ?
Françoise. — Organisez, mais je n'en suis pas.
ANNE-MARIE, FRANÇOISE, puis JEROME LE go Vain
Françoise. — Tu ne t'en vas pas encore, ma petite fille F
anne-marie. — Xon. j'attends... J'attends son retour... Mais leur fumée me donne mal à la tête.
Françoise. — Te voilà bientôt veifve !
anne-marie. — Veuve?... Ah! oui, oui...
Il part tout à l'heure.
Françoise. — Il revient après-demain ?
anne-marie. — Je ne sais pas.
Françoise. — Comment, tu ne sais pas!
Mais je te le dis! Après-demain, après-demain soir. C'est la première fois, depuis votre mariage, que Jacques te quitte, n'estce pas?
ANNE-MARIE. — Je Cl'ois... OUI...
Françoise. — Et cette idée-là ne te... enfin, tu n'éprouves pas un peu de... je voudrais savoir si... si...
anne-marie. stupéfaite. — Si je souffre?
Françoise. — Mais non, mais non!... seulement, je crains que cette nuit, toute seule, dans votre grande maison...
anne-marie. — C'est quand il est là, maman, que je me sens seule.
Françoise. — Annette. ne pourrais-tu regarder ton mari avec plus d'indulgence?... tenter un effort... Jacques est si épris... Il me touche...
anne-marie. — Maman, vous n'allez pas, maintenant, me demander de l'aimer!
Françoise. — Mon Annette, je ne poursuis qu'un seul but, un seul... tu le sais... Tiens! Jessie... (Le Go vain est entré.) Vous ne jouez plus?
le govain. — Je ne suis pas dans un soir de bridge.
Françoise. — Jessie, une jolie, jolie dame, m'a parlé de vous, cet après-midi !
le govain. — Bah !
Françoise. — C'est une provinciale... une lointaine petite cousine à moi... Je ne L'avais pas vue depuis des éternités... Elle s'est écriée : « Le Govain ! Jérôme Le Govain ! Mais je le connais!... Quel homme terrible!... Un jour de courses, à Blois, en plein pesage, il a tiré le nez de mon mari. »
le govain. — • Tiré le nez... Quelle est cette (histoire?
Françoise. — Vous aviez monté un cheval qui appartenait à ce pauvre homme, vous n'aviez pas gagné, il vous a adressé une critique... le propriétaire, pas le cheval... Alors, vous avez tiré le nez du malheureux Heurtebelle.
le govain. — Heurtebelle !... Ah! Je me souviens, je me souviens... A Blois, un mili-
ANNE-MARIE. — Si je souffre?
tary... ça ne date pas d'hier! C'était l'époque où je montais en course.
Françoise. — Il y a une dizaine d'années, j'imagine.
le govain. — Parfaitement!... Je me souviens très bien! Ce grand imbécile... Nous nous sommes battus, d'ailleurs... Je lui ai flanqué un bon petit coup d'épée là... Deux centimètres de- plus...
Françoise. — Jérôme, vous vous êtes battu avec l'univers entier.
LE GOVAIN. — J'ai eu quelques affaires.
Françoise. — Et ce ii'c.-t pas fini.
le govain — On me trouve toujours...
Seulement on ne me cherche plus beaucoup.
Françoise. — Quel malheur! (Un pas vers le salon ) Vous restez, Jessie?
i.i, govain. - Madame, il faut que je passe au cercle .Je bavarde cinq minutes avec Anne-Marie et je file ..
anne-marie. — C'Y.-t cela. Tenez-moi compagnie un peu !
FRANÇOISE. — A samedi?
le govain. — YVuli pleaèure!
Françoise. — Venez dîner.
LE GOVAIN. — Impossible, hélas!... Après le dîmr...
PRANÇOIS] Enfin, si par hasard vous
vous rendiez libre... Au revoir, Jessie.
ii govain, familièrement. — Au revoir, madame.
Il lui baise la main.