‹ La rafale. Samson. Illus. d'apres les dessins de ReneferChapitre 43 sur 76 · ANNE-MARIE, LE GOVAIN · texte numérisé non relu

ANNE-MARIE, LE GOVAIN

Aussitôt que Françoise est sortie, Le Govain prend la main d'Anne-Marie.

le govain, murmurant. — Bonsoir, mon mignon... Bonsoir, mon mignon que j'aime.

anne-marie. — Bonsoir, mon chéri.

le govatn. — Oh ! ce « mon chéri » ! Quelle voix glacée !

anne-marie. — Glacée?

le govain. — Enfin, distraite.... Veux-tu bien me dire un bonsoir un peu propre!

anne-marie. — Bonsoir, mon Jessie.

le govain. — C'est mieux!... Ce n'est pas la perfection, niais c'est mieux. Annette, ton Brachart ne revient pas souvent!

anne-marie. — 11 nous quitte!

le govain. — Enfin, il y va, à Londres, ce coup-ci ?

anne-mauie. — Tu l'as entendu.

le govain. — C'est que, par deux fois, il a lâché son voyage à la dernière minute...

anne-marie. — Oh! il ne peut plus remettre, il est obligé de partir. D'ailleurs, il est rentré à la maison pour se rhabiller.

le oovain. — Minuit vingt-sept, son train?

anne-marie. — Minuit et demi. C'est cela...

LE GOVAIN. Bon... et à la même heure

un ravissant jeune homme stoppera devant le 88 de l'avenue Malakoff...

ANNE-MARIE. Jo te guetterai.

\Pâ

LE GOVAIN. — Mais. Anninette, tes gens bavarderont.

le govain. — Oui, mon cher tout petit, descends aussitôt. Et ta femme de •chambre, les domestiques?... Comment t'arranges-tu ?

anne-marie. — Je ne m'arrange pas.

le govain. — Mais, Anninette, tes gens bavarderont.

anne-marie, ironique. — Pas possible !

le govain. — Et on saura que tu n'as pas couché sous le toit conjugal.

anne-marie. — Quelle affaire!

le govain. — Sans plaisanterie, admets ■que ton mari l'apprenne.

anne-marie. — Je l'admets.

ie govain. — Et qu'il t'interroge?

anne-marie. — Brrr!... Tu vois ce ■drame !

le govain. — Sois sérieuse une minute!... Evidemment, tu t'en tirerais en prétextant une frayeur, en racontant que tu as patsé la nuit chez Rosette, ou...

anne-marie. — Jessie, tu te moques, n'estre pas?

le govain. — Tout de même, que répondrais-tu ?

anne-marie. — Pas un mot. Je hausserais les épaules. Je ne rends pas de comptes à ce monsieur.

le govain. — Ce monsieur... Elle est étonnante!... Ah! tu as de la classe! Tu es brave. Anninette, tu es comme moi... On se ressemble... Tu m'aimes?

anne-marie. — J'aurais fort... terriblement...

le govain. — Mais ça y Tu m'aimes terriblement :

\nne-marie. — Je ne sais pas... je ne crois ■

pu t'aimer, si est. je pense !...

lf govain. — Tu ne m'aimes pa.s? Tu n'aimes pas ton homme?...

anne-marie. — Tu n'es pas mon homme.

le govain. — Elle devient folie ! Je te dégoûte, alors?

anne-marie. — Non... Tu me plais... Toujours tu m'as plu... Oh! tu nie plais moins qu'autrefois... qu'avant...

le govain. — Celle-là est raide, par exemple ! Et pourquoi ?

anne-marie. — On n'explique pas ces choses... Tu m' apparaissais insouciant, chic...

le govain. ■ — Eh bien ?

anne-marie. — Tu n'es pas insouciant...

tu n'es pas très, très chic...

le govain. — Je te remercie! Marche! Marche!... Je m'amuse, moi! Veux-tu la vérité, Annette? Tu m'adores!... Je ne ris pas... Tu me fais une scène, en ce moment... une bonne et simple scène!...

anne-marie. — ■ Peut-être!

le govain. — Voyous, si tu ne tenais pas à moi davantage, tu m'espacerais... tu me verrais de loin en loin... La liaison convenable... Et, tu me recherches, tu me cherches, tu m'appelles !

anne-marie. — Mais, mon Jessie, je désire te garder! Je n'ai jamais prétendu le contraire. Vous êtes mon amant, le premier, et je compte que je n'en aurai pas des tas d'amants... J'essaye avec passion de retrouver mon cœur haletant du début... Et, quand tes bras me prennent, je le retrouve... Tu me plais, Jessie.

le govain. — ■ Petite dinde, tu m'adores! Tu entends, tu m'adores!... Une preuve irréfutable : ton mari s'absente pendant quarante-

huit heures et il ne sera pas plus tôt installé dans son sleeping que tu te précipiteras chez ce Jérôme Le Govain que tu dédaignes, que tu débines. Vous ne regagnerez votre hôtel qu'au petit jour... Il n'y a pas, tu découches, madame Brachart... C'est risqué, ça, mon trésor, c'est ardent, c'est l'élan d'une femme amoureuse... ou je n'y connais plus rien!... Oh! tu ne l'admettras jamais...

anne-marie. — Tu es drôle! Ai-je l'air de me défendre ? Jessie, la pensée que tu viendras tout à l'heure, que tu m'attendras, que tu m'emporteras, cette pensée me cause une joie, une impatience!... Songe, mon chéri, je m'évade une nuit durant de ma maison, de ma prison... je veux que notre fuite dans le

le govain. — Laisse!... Ne me questionne pas. Une idée de génie.

anne-marie. — Oh ! tu m'inquiètes un peu...

le govain. — Allons donc ! rien ne t'inquiète, toi, rien ne t'effraye!... Anninette, tu me demandais un souvenir? Je t'en promets un beau, un complet... Je te promets que notre soirée aura de la branche.

anne-marie. — De la branche, à présent!... Je n'ai jamais parlé de branche, moi !

le govain. — Ah! tu me trouves raplapla ! Ah! tu me reproches tes illusions perdues...

anne-marie. — Mon Jessie, vous êtes un serin ! Je ne souhaite que votre chambre, pour nous enfermer, pour nous aimer...

■li

ANNE-MARIE. — Je ne crois pas...

noir me grise... Oui, je voudrais être un peu ivre, un peu folle auprès de toi... Je vois 1 avenir f-i désespérément laid... Cette nuit de liberté, c'est mon aventure, ce sera un souvenir secret, un refuge... Mais tu ne peux pas me comprendre...

le GOVAIN. — Pardon, je comprends à merveille! Tu me considères vraiment comme une brute! Les aventures... Mais j'ai vécu pour les aventures, pour le toupet, pour les coups 'l'audace... Je t'assure que nous nous emblons!... Et, tiens, une idée m'était venue, un projet pour ce soir... D'abord, je l'avais écarté, mais à la réflexion... Oui, oui, oui, ii faut nue nous nous payions cette fautai Le-la ! Elle esi digne de nous deux.

\\M.-MAitiK. - Quelle fantaisie?

ii GOVAIN. Voici : à minuit, au lieu de

filer toui droit avenue Montaigne, nous cornerons par... Flûte!... Je préfère te rér la mu prise. Veux-tu te fier à moi?

ANNE-MARIE - Enfin de quoi fi' agit-il?

le govain. — Petit chéri, nous y arriverons à la chambre... mais un peu plus tard...

anne-marie. — Jérôme, je t'en prie, dismoi au moins ce que...

le govain. — Mon Anouechka, je t'en prie aussi, je t'en supplie!... Ne m'oblige pas à raconter... Je médite une petite escapade que ta compagnie rendra si originale... unique... Aie confiance.

ANNE-MARIE. — Et cette... cette chose te l'ait un tel plaisir?

LE GOVAIN. — Elle nie dit... oui... elle me séduit... Maintenant, j'y renoncerais à contre-cœur. Passe-moi ce caprice!

anne-marie, CO n se n ' ont . — Bien...

LE (jovain. — Comme vous êtes gentille, non tout petit!... Par exemple, il faut que je me sauve.

ANNE-MAKIE. -- Sauve-toi ! Je reste encore une demi-heure, puis je rentre et je ne quitte plus ma fenêtre,

ii ovain. — A minuit vingt, au plus, tu

Sa m son

entendras l'automobile. Au revoir, Annette- AnousChka !

anne-marie. — Au revoir, Jessie.

le govain, la retenant. - — Je suis ton homme ?

anne-marie. — Quelquefois... Au revoir!

-Frôlement de mains. Ils se séparent. Anne-Marie a gagné la porte du saion.

le govain. — Annette! Anne-Marie î...

Vous gardez cette robe, n'est-ce pas?

anne-marie. — Bien sûr, sous un grand manteau...

le govain. — Bravo! Perfect ! Elle est ravissante cette robe. A tout de suite.

Il suit des yeux Anne-Marie qui a pénétré dans le salon. En se retournant, il se trouve face a face avec Grâce Ritherford, qui vient d'arriver.

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