ANNE-MARIE, JACQUES
Un temps. Presque une gêne.
anne-marie. — Je ne veux pas vous mettre en retard... J'espère que votre voyage...
Jacques. - - Si je vous reconduisais à la maison, Anne-Marie?
anne-marie. — A quoi bon? Vous manqueriez votre train.
Jacques. — Certainement pas! Il n'est que onze heures et demie... les rues sont désertes, nous filerions...
anne-marie. — Non, ne vous donnez pas cette peine! J'ai commandé l'électrique... Je prendrai un peu l'air... j'ai si mal à la tête...
jacques, compatissant. — Si mal?... Pauvre!... Asseyez-vous, tout de même, quelques minutes.
anne-marie. — Je ne demande pas mieux... quelques minutes...
Elle s'assied. Un silence.
jacques. — Quel dommage, Annette, qu'une promenade à Londres ne vous ait pas tentée! Je ne me console pas de partir seul.
anne-marie. — ■ Je redoute le bateau... Puis les voyages me fatiguent tellement!
jacques. — Sans doute est-il plus sage que vous demeuriez... Je crois que la vente de lord Harlington vous eût amusée pourtant... Vous adorez 'l'école anglaise... Pour ma part je me fais une véritable fête de vous rapporter le Reynolds...
anne-marie. — J'ai vu dans le New-York Herald que vous vous rendiez à Londres pour y rencontrer le Roi des chemins de fer.
jacques — En effet Stanton Forbes est à la veille de retourner en Amérique. Il faut que nous conférions avant son départ.
anne-marie. — Ce milliardaire n'est-il pas.
ANNE-MARIE — Quelle erreur!
l'homme .avec qui vous deviez lancer ce... cette affaire... enfin bâtir en Egypte une... une sorte de...
JACQUES. — Uue véritable ville aux confins du Sahara.... Parfaitement... une ville de santé, de repos, de plaisir aussi... Une Nice égyptienne... Cette ville comporterait un sanatorium immense, d'immenses hôtels, un théâtre, un casino, des aqueducs... Et nous créerions aussi, pour ravitailler notre colonie, une voie ferrée... C'est là un projet colossal et très séduisant. J'espère que demain, Stanton Forbes et moi. nous pourrons former le groupe qui... Mais, je vous ennuie, A mut -
ANNE-MARIE. — Quelle erreur!
facqoes. - Vous professez un tel mépris pour ce qui touche aux entreprises, aux airain
ANNE-MARIE. — Aucun mépris!... Vous venez de tn' intéresser très fort... seulement, dans une minute, vous parlerez émissions, papier, ei dès qu'il s'agit d'argent, je... je ne comprends plu.-... Son... L'argeni me semble un peu ridicule, à moi... une sorte do divinité grotesque...
Jacques. — Vous le calomniez, A miette. L'argent eel parfois magnifique. Et je m'étonne... \'<>\i portez en voua l'amour des grandes action-, des grandes choses... E/h ['argent...
anne-marie. — Mais pas des grandes choses en vue... en vue de gagner, de... J'aime les grandes choses que l'on fait... même pas pour la gloire... même pas pour le plaisir... Pour rien... vraiment... pour rien!...
Jacques. — Anne-Marie, voulez-vous qu'à tout jamais, je renonce aux affaires? Que je ne m'occupe plus ni de la Bourse, ni des Cuivres, ni de mes entreprises?
Anne-marte. — Mon Dieu ! Cette idée !
Jacques. — J'y suis prêt.
anne-marie. — Quelle folie!
jacques. — Je jure, Annette, que, pour vous plaire, j'y suis prêt.
anne-marie. — Mais je ne l'entends pas ainsi!... Faites des affaires... C'est votre métier... Ce fut toujours votre métier .. Du reste, vous plaisantez, je suppose..: Et le temps passe, et ma migraine no passe pas!... 11 faut absolument que...
Elle veut se léser. ,1 arques la retient.
JACQUES. Annette... ma obère Annette, je sens, à l'heure de vous quitter, une émotion... j'ai du chagrin, Annette... un tel chagrin !
anne-marie. — Quoi, pour cette séparation de deux jours?
jauquks. — - C'est que je ne m'en vais pas le cœur en paix... Vous le devinez bien! Loin
•de vous, ma chérie, je serai déchiré... plus déchiré encore...
AiNNE-MAT.iE. — Jacques, il me semblait que nous ne devions plus...
Jacques. — Tant pis!... Je vous aime, mon .Annette... je vous aime... les mots ne disent pas... je vous aime... comme cela, Annette, ■comme cela !...
Il s'est agenouillé devant elle.
anne-mauie. — Jacques, je vous en supplie... C'est absurde! Et d'un romanesque!...