SCENE PREMIERE
CLOTILDE, puis FRANÇOISE et HONORE
Au lever du rideau, Clotilde est seule en scène. Elle est vêtue d'une façon sommaire. Au saut du lit, elle s'est glissée clans une jupe et a ieté un ehùle sur ses épaules. Elle est penchée à la fenêtre, elle inspecte l'avenue. Le bruit d'une voiture qui roule. Clotilde quitte le balcon et va ouvrir la porte. La pièce voisine s'éclaire. Au bout d'un moment, Françoise et Honoré font une entrée pittoresque. Toilettes nocturnes... Chemises de nuit et pyjama sous de hâtifs manteaux. Françoise a moins de cheveux que dans le jour.
honoré. — C'est nous, Clotilde!
Françoise. — - Eh bien, Clotilde?
clotilde. — Madame la marquise... madame la marquise!...
Elle s'essuie les yeux.
Françoise. — Mon enfant, ne perdons pas de temps!... Parlez!
honoré. — Oui, racontez! Racontez-nous tout!
clotilde. — Oh! madame la marquise saura depuis le commencement... Madame est rentrée à minuit.
honoré. — Vous dites, minuit?
clotilde. — Oui, monsieur le marquis.
honoré. — • Exactement?
clotilde. — A quelques minutes près...
honoré, à sa femme. • — C'est bien simple, elle venait tout droit de chez nous!
Françoise. — Mon ami, je vous en prie, «'interrompez pas!
honoré. — Bien, bien!
Françoise. — Alors, ma petite?
clotilde. — J'attendais madame pour la déshabiller, mais elle a pris un livre et elle m'a dit : « Tout à l'heure, je vous appellerai. » En effet, un peu plus tard, madame me sonne et me commande : « Clotide, un autre manteau... le manteau de zibeline. Je sors. — Mais madame n'a pas gardé la voi-
ture! Le mécanicien est parti! — Ne vous inquiétez pas do cela! » J'étais tellement surprise, qve je n'ai pas pu m 'empêcher do demander : « -Madame va se promener toute seule à cette heure-ci? » Et madame a répondu un peu sévèrement : « Apportezmoi ce manteau et vous pourrez vous coucher ensuite. » J'ai ohéi pour le manteau. Seulement, madame la marquise me comprendra, j'ai ouvert une fenêtre et j'ai suivi madame des yeux. J'étais inquiète... Alors... N'est-ce pas, je ne cache rien à madame la marquise?...
Françoise. — "Rien!
honoré. — Absolument rien!
clotilde. — J'aperçois une automobile qui stationnait devant la maison voisine : devant le 88. Quelqu'un a, de l'intérieur, ouvert la portière. Madame est montée et en route !
honoré. — Une automobile!... De quelle couleur cette automobile?
clotilde. — - Monsieur le marquis, je n'ai pas distingué.
Françoise. — Que vous importe la couleur?
honoré. — Très chère, dans les affaires de ce genre, il ne faut négliger aucun détail.
Françoise, à CMilde. — Après?
clotilde. — Ce départ dans la nuit me semblait drôle. Je demeure un instant à la fenêtre... Je réfléchissais... Tout à coup, du côté opposé, arrive à pied un homme... enfin, un monsieur... Je le regarde qui approche et je pense : a S'il n'avait pas pris le train ce soir même, on jurerait M. Braohart! » Au premier réverbère, plus d'erreur, c'était monsieur! Madame la marquise se représente ma frayeur... Une idée me passe!... J'ai peut-être eu tort... Je ferme à clef les portes de madame, je prends les clefs et vite, vite, je monte. J'étais à peine couchée qu'un bruit terrible me fait sauter du lit... Je cours, je me penche sur la rampe... Monsieur avait enfoncé la porte du cabinet de toilette!... Je ne sais pas si madame la marquise s'en souvient de cette porte, mais il a fallu un de ces coups d'épaule!... Philippe n'en revenait pas!... J'ai entrevu monsieur qui redescendait... 11 avait trouvé la chambre vide, naturellement... Il faisait une figure... Une figure que je ne lui connaissais pas!... La porte cochère a claqué de nouveau... Monsieur avait quitté l'hôtel à son tour... Les deux maîtres étaient partis, il ne restait que les domestiques. Dans ces conditions, l'ai cru faire pour le bien en envoyant aussitôt le valet de pied porter la lettre à madame la marquise.
T'u temps.
honoré. — Cetf. aventure est fanta tique!... En vérité, elle me déconcerte. De boute évidence, il se trouvait un homme dans l'automobile, mais la question...
Françoise. — Honoré !
honoré. — Très chère ?
Françoise, des yeux terribles. — De grâce!... C'est tout, Clotilde?
clotilde. — C'est tout, madame la marquise.
Françoise. — Fort bien... Parfait... Je vous remercie, Clotilde.
clotilde. — Madame la marquise est trop bonne. Madame la marquise sait qu'elle peut compter sur mon dévouement et sur ma discrétion.
François. — Voilà, ma fille... Je n'ai plus besoin de vous.
clotilde. — Madame la marquise reste
Françoise. — Nous allons rester un peu, oui,
clotilde. — Madame la marquise veut-elle que j'allume?
Françoise. — Allumez.
Pleine lumière.
clotilde. ■ — Madame la marquise prendrait peut-être quelque chose... Du thé?
Françoise. — Pien du tout.
clotilde. — Comme je plains madame la marquise... et monsieur le marquis aussi.
Françoise. — Bien! bien! Vous pouvez, vous retirer, ma fille...
clotilde, qui s'en va. mais à reqrct. — Bonsoir, madame la marquise! Bonsoir 5 monsieur le marquis !
Françoise. — Bonsoir.