SCENE III
Les Mêmes, MAX
max, tres gai. — Je n'ai pas traîné, hein! Je me suis amené sur une 35 Renault. Ça s'en va !
Françoise. — Mon fils, ouvre tes oreilles. En deux mots, voici le drame. Ton beaufrère est allé à la gare, mais il n'a pas pris le train.
max, très calme. — Bah!
Françoise. — Ta sœur, qui croyait son mari parti, n'était pas, elle, à la maison.
max. — Tiens !
krxnçoise. — Jacques est rentré et il n'a pas retrouvé sa femme.
max. — Oui.
Françoise. — Là-dessus il est ressorti également, mais en tapant les portes et même en en brisant une.
max. — Bon !
honoré. — Tu te rends compte?
max. — Etonnamment. Et puis?
Françoise. — Ces événements ne te suffisent pas?
max, indigné. — C'est pour ça que vous m'avez dérangé?
Françoise. — Petit imbécile, tu n'as donc pas saisi le...
max. — Je vous répète que je saisis à merveille.
Françoise. — Une simple question.
max. — Mais c'est moi qui la pose. Qu'estce que vous faites ici ?
Françoise. — Comment?
max. — Oui!... Qui vous a invités?
Françoise. — Tu es ridicule...
max. — C'est le propriétaire? C'est M. Brachart?
Françoise. — Je te dis qu'il est parti comme un fou !...
max. — Alors, c'est Anuette?
Françoise. • — Nous ne savons pas davantage où elle est allée !
max. — Encore une fois, qu'est-ce que vous faites ici ?
Françoise. -- Tu divagues! Nous avons reçu un mot affolé de la femme de chambre, et...
max. ■ — Ah! très bien!... Vous êtes au service de la femme de chambre... On le dit ! Très bien !
Françoise. — Max, tu commences à m'agacer !
honoré. — Ce ton est souverainement déplaisant... D'ailleurs, tu sens le vin à trois pas!
max. — J'en ai bu! J'en ai bu pas mal. Mais j'y vois clair encore... Preuve : en débarquant, je viens de distinguer, dans une encoi nui-o de porte eoohère, la silhouette robuste de ce bon Jacques. Il est en bas, Jacques.
Françoise, terrifiée. — Quoi, ton beaufrère est embusqué?...
m.nx. — Embusqué, oui, maman!... Blotti, tapi, embusqué...
Françoise. — Tu ris? 11 guette simplement le retour de ta sœur pour bondir sur •elle !
max. — Pensez-vous! Il ne tient pas à se montrer, le pauvre diable! Tout au plus, collerait-il, en échange de quelques tuyaux, dix louis au cocher qui ramènera Annette... •c'est pins nature.
Françoise. — Moi, je prétends...
max. — Non, maman, non! Assez d'enfantillages! Des histoires de cet acabit, il s'en passe à la pelle. Et ça s'arrange à tous les coups! Ça n'existe pas. On n'a jamais convoqué les parents et connaissances pour de pareilles balivernes, ni fait lever un innocent jeune homme au milieu de son souper... Notre présence dans cette maison, savez-vous comment je la juge? C'est un manque de dignité. Et je m'y connais!... Allons, le camp! le camp! Je vous en conjure, trottons-nous!... Vous me jetterez chez Maxim... [Paraît Jacques Brachart.) Zut!
Françoise. — C'est que votre absence à tous deux... Nous nous sauvons.
max, même jeu. — Pas trop tôt!
Françoise, le ton des grandes circonstances. — Mon cher, mon bon Jacques... (Paraît Anne-Marie. Elle est livid'<e. Sa toilette est déchirée. Autour de sa mai» droite un mouchoir. Françoise change de façons, et d'une voix très claire ;) Et voici notre fille!... Vous êtes réunis... Eh bien, nous partons complètement rassurés. Mon Annette, tu as commis une imprudence... une simple imprudence... mais à l'avenir...
max, bas à ses jmrents qu'il s'efforce d'entraîner. — Venez donc!... c'est fini, c'est enterré! Ça n'existe plus. Venez!
Françoise. — Oui... au revoir, Jacques!
Au revoir, Annette.
honoré. — - Bonne nuit, mes enfants, bonne nuit.
max, qui ferme la marche. — Bonne nuitl Ouf!