‹ La rafale. Samson. Illus. d'apres les dessins de ReneferChapitre 64 sur 76 · JACQUES, FLACH · texte numérisé non relu

JACQUES, FLACH

flach. — Monsieur, il n'efit que onze heures vingt, j'arrive un quart d'heure trop tôt, mais je n'y tenais plus!

Jacques. — Bah !...

flach. — Vous concevez mon impatience?

Cette nuit, je vous ai quitté sur le quai de la gare du Nord, cinq minutes avant le départ du train de Calais... Et ce matin, vous me convoquez, dans le plus grand mystère, à la place Vendôme!... Je suis un peu... un peu inquiet.

ja(qces. — Xe vous inquiétez plus. Voici

IOI

l'explication : d'abord, Flach, je n'ai jamais eu l'intention de partir.

flach. — Comment ?

Jacques. — Pour Londres. Jamais.

flach. — Mais vous deviez y rencontrer Stanton Forbes. qui...

Jacques. — Laissons cela... Jamais. Mon prétendu voyage est destiné à faciliter une opération de Bourse, une opération importante... capitale...

flach. à demi-voix. — Laquelle?

Jacques. — Flach, nous allons baisser.

flach. — Baisser !

Jacques. — Baisser. La baisse sera rapide, brutale, foudroyante. Les Cuivres égyptiens tomberont aujourd'hui même de deux cent cinquante franc.-.

flach. — Hein?... Quoi?... Deux cent cinquante...

Jacques. — Deux cent cinquante. Les Cuivres clôturaient hier à huit cent quarantequatre : j'entends que nous touchions, cet après-midi, le cours de six cents.

flach. — Monsieur... parlez-vous sérieusement?

jacques, sèchement. — Et vous?

flach. — Mais... je...

jACQHES, lui imposant silence. — Je vous en prie, mon petit Flach. le temps presse... Accordez-moi toute votre attention et ne m'interrompez plus. Depuis ce matin onze heures, depuis l'ouverture de la Bourse de Londres, deux maisons anglaises vendent des Cuivres à tous les cours, à tours de bras... Dans une demi-heure, à midi. Londres nous enverra, par conséquent, une forte baisse... quatre-vingts ou cent francs.

flach. — Cent francs !

Jacques. — Je l'espère. Aussitôt, trois maisons de notre place entameront ici, dans le même secret, la même besogne. J'ai choisi nos gens habituels, Gotlieb. Fischer et Germot. Je ne leur ai pas fixé de limite. C'est plus prudent. Je leur ai donné l'ordre d'ouvrir tout grand le robinet et de ne le refermer que sur un signe de vous. Le signe, vous le ferez donc, lorsque l'action cotera six cents francs, et alors seulement. Je pense que ce résultat sera atteint entre deux et trois heures. Jusqu'à ce point, nous comprenonsnous bien ?

flach, sans enthousiasme. — Certes...

Jacques ■ — Vous paraissez troublé, ému...

flach. — Monsieur Brachart. on le serait à

FLACH — Vous m'avez habitué a plus de confiance

moins!... Je vous l'avoue, je demeure abasourdi... Votre projet m'effraye... il me bouleverse... Et puis vous m'avez babitué à plus de confiance. Vous n'attendiez pas la dernière minute, pour me communiquer vos décifiions. Il est vrai que vous n'en aviez jamais pris une pareille.

jacques. — Oui... (Un temps.) Flach, vous êtes acheteur de Cuivres:-'

FLACH. — Bien sûr.

JACQUES. — Combien de titres? Trois mille?

fi.ach. — Trois mille... Parfaitement!

jacques. — Mes souvenirs ne me trompaient pas. Eh bien, les trois mille premiers titres vendus à Londres, ce matin, l'ont été

FLACH. — Soit ! ..

pour votre compte. (Un temps.) Ça va mieux ?

flach, le sourire même. — Je vous remercie. Je suis très touché que vous ne m'ayez pas oublié... Je vous remercie de tout mon cœur... Me sera-t-il permis, toutefois, de vous poser une question ?

jacqi ES. - Faites vite, alors. Il faut que

je complète mes instructions... et je crois

qu'on a ouvert une porte... Une visite doit

ttdre. (Un geste vers la chambre.)

Vite!

fi.ach. — Puia-je savoir pour quel motif vous avez résolu subitement de jeter bas, de démolir, de...

JACQUES. — Qui vous dit que ma résolution ne remont e pas à...

ii\' ii. Non, monsieur! Vous pronos-

tiquiez la hausse, vous la suiviez, vous la ■ /.. .

j\< qces. Si je laissais deviner ma intenl ions à chacun...

FIjACH. — Soit! Mais votre but aujourd'hui?

jacques. — Il est d'une enfantine simplicité. A cette heure, moi, le promoteur, moi, le grand chef, je me trouve à la tête d'un portefeuille ridiculement léger. J'ai gardé vingt-cinq mille Cuivres...

flac'h. — A peine !

jacques. — A peine. C'est peu, c'est trop peu. Voilà une affaire que j'ai créée, elle est belle, elle a ma confiance, je veux en demeurer le maître. Il me faut cent mille titres. A huit cents francs, ils sont un peu chers... pour moi... Alors j'ai décidé de faire la baisse. D'ici une dizaine de jours, nous ne coterons guère plus de deux cents francs... mais j'aurai ramassé cent mille actions et dans quelques mois, je vaudrai, je le pense, cent millions de francs. Vous apercevez?

flach. — Oui! Evidemment... l'entreprise est tentante... Seulement... les conséquences?

jacques. — Quelles conséquences ?

flach. — Ne redoutez-vous rien ?

jacques. — Rien. Nous parlerons d'une place surchauffée, d'une spéculation excessive... C'est la vérité, d'ailleurs... Enfin, j'ai pris mes précautions. Je suis inattaquable.

flach. — Un dernier détail : nous sommes à la veille de la liquidation... Vous vous en souvenez ?

JACQUES. — Plutôt!

flach. — Mais aviez-vous songé à ceci, que vous étranglerez la plupart des spéculateurs ? Cette chute énorme les mettra dans l'impossibilité de fournir, demain, des marges supplémentaires, de régler leurs différences.. Us seront sabrés impitoyablement.

jacques. — Je ne suis pas l'ange gardien de ces messieurs; le métier de joueur comporte des risques.

flach. — - Parmi les perdants, vous compterez nombre d'amis.

jacques. — Flach, mon ami, je ne me connais pas un ami... Depuis que je travaille, depuis que je lutte, depuis que j'existe, jamais je n'ai reçu le secours d'une parole amie. Mais cette conversation me semble...

flach. — En effet, pardonnez-moi mon indiscrétion... Je vous suis tout dévoué, je tenais à me rendre compte... A présent, je me sens rassuré pleinement et je vous seconderai de mon mieux. J'ai compris vos instructions, je pars et...

jacques, l'arrêtant. — Un instant! Vous devinez, n'est-ce pas, que cette brusque réaction causera en Bourse une effervescence, du tumulte?

fi.ach. — Fichtre, oui!... A propos, quelle attitude devrai-je prendre?

JACQUES. — L'attitude d'un homme aussi surpris, aussi affolé, aussi ignorant que les voisins.

flach. — Bon.

JACQUES. - Dès que les Cuivres seront offert s à six cents, glissez à nos bonshommes l'ordre de cesser les ventes, précipitez-vous

dans votre auto et, à toute vitesse, apportezmoi la nouvelle ici.

flach. — Comptez sur moi.

Jacques. — Je ne bouge pas. Mon valet de chambre sera de planton dans le premier ves-

JACQUES

Ux instant!

tibule et la porte de l'appartement ne s'ouvrira que pour vous. Entendu ?

flach. — Entendu, monsieur. A tout à l'heure!

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