JACQUES, FLACH
flach, essoufflé. — Je suis venu au galop! Lo.^ plus graves événement-!
Jacques. — Chut! Fait-on six cents?
flach. — Oh ! non !
Jacques. — Parlez bas. Combien?
flach. — Sept cent cinquante1.
jacques, indigné. Quoi? Même pas cent francs de baisse! De quel droit avez-vous quitté la Bourse?
flach. — Mais, monsieur...
JACQUES. — Je donne à mon fondé de pouvoirs l'ordre de ne pas bouger avant que le cours...
FLACH. ■ — Monsieur, écoutez mon rapport...
JACQUES. Eh bien, parlez!
flach. — On a ouvert à huit cent cinq...
Londres nous a envoyé quarante francs de recul...
Jacques. — Seulement ?
flach. — Seulement. Nos gens se sont mis immédiatement à vendre et je vous prie de croire qu'il a fallu taper! Quelle résistance! J'estime qu'avant d'atteindre le cours de six cents, vous auriez jeté sur le marché plus de cent mille Cuivres. Comme vous en possédez vingt-quatre mille, vous voyez le découvert !
Jacques. — Et après? Je vous écoute avec stupeur ! Vous ai-je fixé une limite ?
flach. — ■ Monsieur...
Jacques. — Il fallait vendre au besoin deux cent mille actions ; mais il fallait m'obéir. ..
flach. — Eh bien, non, monsieur, il ne fallait pas!
Jacques. — Parce que?
flach. — Parce que demain, vous étiez un homme ruiné.
Jacques, saisi. — Hein?... Expliquezvous !
flach. — Monsieur, il s'est produit une intervention... Elle est encore officieuse...
jacques. — Une intervention?... Qui?
flach. — Le petit Picard m'a porté luimême cette commission de la part du baron.
Jacques, rudement. — Mais sa raison?
flach. — Le baron vous tient en grande amitié, seulement il craint à juste titre que la chute du Cuivre ne provoque une dégringolade générale.
jacques. — H se trompe. Les autres compartiments ne seront pas touchés. Courez à la banque et tâchez de...
flach. — Vous connaissez le baron. Inutile de discuter avec lui. 11 ne reviendra pas sur sa décision.
jacques, arec rage. — Ah!
Il se promène farouchement. Un temps.
flath. — Dans ces conditions, mon devoir était tracé. J'ai arrêté les frais et me voici ! Si j'avais continué, si je m'étais conformé aveuglément à vos instructions, que se passait-il? Oui, nous descendions aujourd'hui à six cents. Résultat le plus net, vous massacriez bien inutilement un grand nombre de spéculateurs. Demain, ces malheureux auraient été vendus d'office, exécutés. Leurs ventes forcées poussaient le baron en scène
JACQUES
C'est impossible !... Impossible!
flach. — Le baron.
mcques. — Hart ? Nous sommes dans les meilleurs termes.
flach. — Je n'en disconviens pas, mais le baron vient de me prévenir discrètement qu'à cinq cents francs il met une barre, il rachète tout ce qui se présente, il enraye, il arrête la baisse.
jacques. — C'est impossible!... Impossible !
et dès lors notre affaire était claire! On ne reculait plus d'un centime. Tout au contraire, le cours rebondissait brutalement. A la panique d'un jour succédaient l'enthousiasme, le délire, le boum!... Vous laissiez dans la reprise votre argent, votre fortune Tout! tout! tout! Vous sautiez... Je vous le dis, monsieur, vous sautiez. (Un silence. Jacques ouvre violemment la fenêtre et respire Vair du dehors.) Avouez-le. je me se-
rais montré criminel on von* obéissant coûte que coûte. (Un silence.) Il est heureux que le baron nous ait avertis sans retard. Il a été relativement gentil. Les dégâts ne sont pas terribles... (Un silence.) Alors, monsieur Brachart, je retourne à la Bourse et je vous rachète au mieux? (Un silence.) J'attends vos ordres.
Jacques. — Eh bien... Eh bien... (Il a un regard vers la porte de Le Govain et prononce d'une voix qui s'étrangle un peu:) Eh bien, mes ordres restent les mêmes. Vendez des Cuivres sans relâche, jusqu'au cours de six cents francs.
flach. — ■ Non!... C'est sérieux? Vous persistez r...
jacques. — Je vous ai écouté attentivement; vous jugez mal la situation.
flach. — Mais tonnerre de tonnerre, il n'existe pas deux manières de la juger! "Vous \oulez entrer en lutte avec un des hommes les plus riches du monde ?
jacques. — J'ai mon idée.
flach. — Quelle idée?
jacques, violent. — Ceci me regarde.
flach. — Vous vous perdez, monsieur Brachart, vous vous perdez! J'en suis sûr! Et le plus incroyable, c'est que vous en êtes sûr aussi!... Il est impossible qu'une intelligence comme la vôtre...
jacques. — Flach, nous gâchons un temps précieux.
flach. — Voilà, voilà, c'est leur vertige à tous. Votre force vous grise!... Vous ne vous contentez plus de prévoir les événements, vous voulez...
jacques. — Flach, je ne déteste rien autant que les mots inutiles. Etes-vous disposé à exécuter mes ordres, oui ou non?
flach. — Tant pis! Je vous dois tout, vous m'avez fait, vous avez fait ma fortune, je reste votre homme jusqu'au bout. (Regardant sa montre.) Bigre! plus le temps, par exemple, de travailler en douce ! Il faudra ee démasquer... Ça vous est égal?
jacques. — Ça m'est égal.
flach. — Parfait! Dussé-je me faire lyncber par les joueurs, les Cuivres égyptiens feront six cents francs avant la clôture... Seulement, quand trois heures sonneront, vous pourrez vous dire que Jacques Brachart, riche ce matin à trente millions, s'est coulé en un jour, en moins d'un jour, par gloriole... pour le plaisir de ne pas reconnaître qu'une foi.s dans sa vie il s'était trompé. Bonsoir I (// gagne la porte du fond, l'ouvre, puis se retourne et murmure:) J'y vais?... (Jacques ne répond que par un signe de tête affirmatif.) Allons-y!
Il sort. Jacques aussitôt fait un mouvement pour se précipiter ;'i sa poursuite. Il se domine, marche rapidement vers l'autre porte, la porte <lc ht chambre, l'ouvre, et d'une voix presque désespérée :
Jacques. — Le Govain! (Criant.) Le Govain ! Le Govain !