MÉDÉE
— Pas mal. Tu es surpi-i.se de me
Tu ne nous gâtes pas.
» Tu ne nous gâtes pas » est une merveille!
hélène. - Ecoute, l'hiver dernier, à Pari.-. j»;i;i;i t'a invité deux fois à dîner...
AMÉDÉE. - Oui, oui, je les connais, ses invitations! ■]'• suis compris dans la fournée ena pas <iii'-.
HÉLÈNE. - Tu es injuste I Tu as refusé
deux dîners très intéressants... Tu aurais fait la connai jance de Meister, !<■ grand sa~ '. ani hollandais. Certainement, il nous est difficile de te recevoir avec nos amis. Tu ton temps a déblatérer contre l'aristocratie, ;i traîner dans la boue tout homme <iui porte un t it re.
AMEDEE. — Bonsoir I
quatre heures... Je lâcherai le bureau très tôt.
hélène. — A l'heure qu'il vous plaira. Je ne bouge pas. Tu travailles toujours beaucoup ?
amédée. — Non. Bourse calme. Pas hélène.
d'affaires... Aujourd'hui dimanche, je me ami... suis offert Longchamp. amédée.
— Pour la dernière fois, mon cher
— Là ! Je ne blasphème plus.
HELENE. — Des entraîneurs !
hélène. - — Tu es allé aux courses, toi !
amédée. — Moi. Pas amusant une journée de courses! Je suis parti avant la fin. Tiens, j'ai vu ton père... Lui, il ne m'a pas remarqué. Il avait un air affairé et important, une grosse jumelle qui lui battait le ventre. Il causait familièrement avec des messieurs anglais qui ressemblaient à des cochers...
hélène. - — Des entraîneurs!
amédée. — Peut-être bien. Il causait aussi avec des messieurs français, il leur faisait des risettes, il les prenait par le bras, il leur contait de petites histoires à l'oreille... C'était sans doute du gratin, des nobles. Ce que tout le monde doit se payer sa tête !
hélène. — Tu te trompes! Papa est très aimé.
amédée. — Qu'est-ce que ça lui coûte par an, cet amour-là?
hélène. — Mon cher Amédée, si tu me rends visite pour me parler de mon père, sur un ton qui...
amédée. — Je me tais, je me tais!... Mais tu ne m'empêcheras pas de le trouver un peu ridicule. Une seule chose m'intrigue... Pourquoi ne s'est-il accordé qu'un titre de baron? A sa place, je me serais promu prince tout de suite. C'était plus avantageux!
hélène. — Tu sais très bien que les parents de maman...
amédée. — J'oubliais! Six mois après que ton père eut gagné une cinquantaine de millions dans la hausse du cuivre, ta mère se découvrait une baronnie.
(Un temps.) J'ai aperçu ton mari aussi. Il n'embellit pas, ton mari ! Il porte un lorgnon, à présent?
hélène. — Il est myope... comme toi!
amédée. — Moi, j'ai le droit! Mais M. le comte devrait se servir d'un monocle, il me semble !
hélène, indulgente. — Que c'est stupide! Mon pauvre Amédée, tu es resté le même.
amédée. — Tu peux le dire! Et je ne changerai pas. Je suis de la branche qui ne change pas, moi. Mais, que je te regarde un peu ! Toi non plus, tu ne changes pas.
hélène. — Je te remercie!... J'attends encore mon premier cheveu blanc. J'ai vingtsix ans, tu sais !
amédée, qui la considère. — Quand je pense que je t'ai aimée!
hélène. — N'y pense donc plu<!
amédée. — Car je t'ai aimée! Et j'ai souffert... j'ai souffert très fort. Est-on bête!... Tu n'es seulement pas jolie.
hélène. — Non, je ne suis pas jolie.
amédée. — Je parle sincèrement.
hélène, souriant. — Moi aussi. Je me connais. Je sais que je ne suis pas jolie, et je m'en moque. Voilà le plus fort !
amédée. — Possible! (Un silence.) Vrai, cela me cause une stupéfaction de te voir, de t'entendre.
hélène. — Une... Ah!...
amédée. — Pourquoi t'ai-je voulue si ardemment?... Des femmes, il n'en manque pas, pourtant ! Le tout est de les rencontrer... Et moi, j'ai toujours vécu une vie de
timide... Et puis, tu me représentais un être différent, supérieur...
Hélène. — Quelle illusion!
amédée. — Quelle illusion, en effet ! Tu ne tenais pas à moi ; mais tu as épousé un homme auquel tu ne tenais pas davantage. Car tu ne l'aimes pas, hein?
Hélène. — En quoi cela t'intéresse-t-il?
amédée. — Tu ne peux pas aimer ça! Et alors, aux côtés de cette brute, tu mènes, de gaieté de cœur, une existence plate et désolée. Tu sers les ambitions mondaines de M. et Mme Lebourg : fréquenter des gens chics et puis de6 gens encore plus chics. Et^ il parait que tu es vertueuse, fidèle!... En comble!
Hélène. — Tu te renseignes?
amédée. — Non... Le hasard des conversations. Ainsi, tu n'as même pas pris un amant'....
Hélène. — Le regretterais-tu?
amédée. — Presque!... Si je te connaissais une liaison, je serais moins déçu à ton sujet.
Hélène, se levant. — Mon petit Amédée, rompons notre entretien, veux-tu?... Ma patience est épuisée. Longtemps, j'ai supporté tes manières, parce que je te croyais du chagrin... Mais je vois que la simple méchanceté t'inspire. Restons-en là.
amédée. — Tu as raison. Je te quitte.
N'importe! Chaque fois que je t'ai revue,
AMEDEE. — Et alors, aux cotés