HISTORIQUE
La maladie du « Chien fou » qui, nous le verrons, n'est autre que la rage, est connue depuis longtemps des indigènes ; elle existait avant l’occupation européenne, et il est probable qu’elle est venue avec les chiens qu’amenèrent avec elles les peuplades du Nord; on retrouve dans les régions sud-sahariennes et saheliennes du Soudan des sloughis d’origine berbère, et leurs croisements descendent assez loin au Sud. Or la rage existait en Egypte (Babès), et la Bible la mentionne. D’autre part les premiers cas certains ont été diagnostiqués loin dans l’intérieur, à une période où il fallait beaucoup trop longtemps pour y parvenir pour qu’on puisse penser à une importation de la maladie au cours des campagnes d'occupation. C’est depuis ce moment qu’on a quelques données précises sur la maladie. Nous les classerons par colonie.
Au Soupan. — Les vétérinaires des troupes d’occupation ont soupçonné la maladie, mais les premiers
qui la signalèrent comme existant sûrement furent PEGAUD et CazazBou en 1905, le premier à Kati et Bamako, le second à Ségou ; en 1909, à Bamako, Bour- FARD en observe un cas sur un chien mordeur ; en 1912, il résume ses observations, faites depuis 3 ans ; en 1917, j'en trouve un à Kayes et transmets la maladie au lapin ; en 1919 de nombreux cas sont signalés dans la région de Tombouctou et de Niafunké ; DELORME prélève un cerveau qui permet à ARLO d’inoculer positivement un lapin à Bamako ; il essaya vainement de fixer le virus. Âu cours des années suivantes la maladie fut observée tous les ans par les Vétérinaires : XÉMARD, WILBERT, etc Depuis 1922, j'ai eu à l’étudier à diverses reprises au laboratoire de Bamako. Les échanges de virus avec les laboratoires de Dakar et Tanger en ont permis une étude comparative. Dans la HAUTE-VocTA qui, avant 1918, dépendait en grande partie du Soudan, des cas ont été observés dès 1918, dont un à Ouagadougou par DELORME. En 1930 Dupuy a observé un cas de rage humaine, et L'ABBADIE, à partir du cerveau d’un « chien fou », a pu transmettre la maladie au lapin par passages. Au SÉNÉGAL, THIROUX signale la rage canine dès 1910 ; TEPppaz publie une première observation en 1910, à Saint-Louis. Il rencontre à nouveau la maladie en 1910 et 1919. Dans la même région, NAINSOUTA l’'observe en 1915, à Saint-Louis ; HECKENROTH étudie la maladie à l’Institut de Biologie de Dakar. Pendant les deux années 1915 et 1916, de nombreux cas sont observés dans la région du Sine-Saloum ; la rage est rencontrée chez le chacal sauvage, et les années suivantes, dans la même région, dans celle de Thiès, de Rufisque; en 1920, un Européen est victime de la rage, et surtout de l’opinion très répandue alors que la rage du Sénégal n’est pas transmissible à l’homme. Depuis, et chaque année, des cas plus ou moins nombreux
ont été observés dans tous les points de la Colonie. Au DaHoMEY, dès 1909, PEcaup observe à Porto-Novo et Abomev, des cas de rage furieuse et de rage mue chez le chien et le chat. Le Docteur BLIN en a rencontré d’autres-«cas les années suivantes à Cotonou. BourFARD (1917) observe la rage mue chez le chien indigène ; il conclut que la rage canine existe au Dahomey. GAUTHIER (1922) relate le cas d’un enfant indigène mordu par un chien du pays, et qui mourut de rage trois semaines après. Depuis, des cas ont été observés à intervalles plus ou moins éloignés non seulement à la côte, mais dans le Haut- Dahomey. En GUINÉE, ALDIGE pouvait écrire en 1912 que la rage n’avait jamais été observée. Mais la même année, le Docteur CAvAssE la rencontre au cœur du pays, à Kadi, sur un indigène ; ALDbiGE retrouve la maladie en 1918 dans le Fouta-Djallon. D’autres cas sont observés en 1922, 1924. En 1925 BLonDiN, WiL- BERT et DELORME (1927) signalaient un cas à Labé, toujours dans le Fouta-Djallon, sur un chien indigène. En 1926, un cas est observé à Koumbia. En 1930, DELORME a rencontré une véritable épizootie à Kindia.
Dans la colonie du NicEr la rage a été signalée dès 1919 ; en 1920, une véritable épizootie de rage canine existe dans le cercle de Tahoua, et on observe deux cas humains ; en 1925, plusieurs cas sont signalés autour de Niamey et Zinder. Depuis, d’autres cas ont été observés. En COTE D'IVOIRE, la maladie a été également vue à plusieurs reprises ; BLANCHARD l’a rencontrée à Grand-Bassam (1919), STEVENEL à Bamoro (1921), AILLERIE en divers endroits ; à Bouaké, elle réapparaît périodiquement et au cours des dernières années elle a été observée tous les ans. Au CAMEROUN et au Too, la maladie a été vue avant la guerre et, depuis, assez souvent,