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FORME CÉRÉBRALE

Nous avons vu, en étudiant la forme bulbaire, qu'il pouvait y avoir une excitation intense sans que cependant les facultés intellectuelles cessent d’être intactes, sans que le malade perde sa raison. Ces désordres dus à la lésion des lobes frontaux ne font que rarement défaut dans la rage. Mais ils sont en général décrits d’une manière trop vague pour que l’on puisse conclure à une affection primitive. C’est que souvent, en effet, ces désordres psychiques peuvent n'être que passagers ou être plus ou moins masqués par les symptômes bulbaïres. 11 devient parfois très difficile d’en faire la démarcation et de faire la part de ce qui revient en propre au délire et de ce qui appartient à l’agitation.

Dans la forme que nous allons étudier maintenant, les manifestations cérébrales vont devenir prépondérantes. C’est par ce côté que l’hydrophobie se rapproche le plus des maladies mentaies. Rieaux, dans sa thèse, a bien montré cette analogie. Pour lui, le rabique devient un malade atteint de manie aiguë ou d’un délire quelconque. Quels sont les caractères de ce délire, quelle forme affecte-t-il ? C’est en général un délire de paroles et d’actions. Le malade est d’une loquacité extrême, il parle d’une voix saccadée et tremblotante, poussant parfois de véritables hurlements. Au paroxysme de sa furie, il brise tout ce qu’il trouve à portée de sa main, injurie les personnes de son entourage, prononce des mots orduriers. Mais à côté de cette forme furieuse, le délire peut être mélancolique, érotique, religieux. Souvent il est

intermittent, laissant, suivant l'expression de Trolliet « des intervalles pendant lesquels les réponses justes peuvent faire douter de son existence ».

C'est sur l'existence de ce délire que Pierret a voulu faire de la rage une folie expérimentale. Que

penser de cette conception ! Les lésions de l’intelligence, si elles étaient constantes, autoriseraient en effet à ranger la rage parmi les vésanies. Maïs le délire n’existe pas toujours, et quand il existe n’a rien de caractérisque :tantôt furieux, tantôt affectant plusieurs types à la fois. Chez les uns ïl roule sur des objets différents, chez d’autres, il est dominé par ‘une idée fixe quelconque. En un mot, il varie à . l'infini dans ses manifestations, suivant la prédispo-

sition de chaque individu. Ce délire n’est pas continu, mais coupé d’intervalles de calme et de lucidité pendant lesquels, dit Bæœrhaave, « l'esprit reste prudent et ferme ». |

Il paraît donc plus logique de penser que, dans la rage, le délire n’est que ce qu'il est dans un grand nombre d’autres affections telles que la fièvre typhoïde, la méningite, les empoisonnements par les narcotiques, etc.,c’est-à-dire un symptôme venant s'ajouter à d’autres symptômes, mais n’offrant rien de constant ni de caractéristique.

OBSERVATION XXXII

(Christian. — Annales médico-psychologiques, mars 1869.)

Marguerite G..., cinquante ans, cabaretière. Bonne santé habituelle, Vie très active. Il paraît que cette femme avait des chagrins domestiques et s'adonnait à la boisson.

22 octobre 1867. — Un chien inconnu pénètre dans sa cuisine et se jette sur un chat qui s'y trouvait. En voulant les séparer, elle est mordue légèrement à la main. La plaie fut lavée aussitôt à l’eau froide.

Le lendemain, elle me fait appeler non pas pourelle, elle n’a aucune crainte, étant persuadée que le chien qui l’a mordue n'est pas enragé, mais pour rassurer sa famille. Il ne restait presque pas trace de morsure à la main,

12 décembre. — On me rappelle chez Mme G..…. Elle était levée, travaillait à son ménage. En me voyant arriver, elle

me dit en riant : je suis beaucoup plus malade que je n’en ai

l’air; voyez, je ne puis plus boire. L’avant-veille, elle avait eu des vomissements et aussitôt après, elle avait ressenti de la difficulté à avaler, difficulté qui n'avait fait qu’'augmenter.

Toute tentative pour boire amène un spasme épouvantable des muscles du pharynx.

L'intelligence estnette, mais le regard est excessivement brillant.

Vers le soir, aggravation des symptômes. Il survient du délire, des oiseaux viennent sifiler à ses oreilles, elle voit des souris courir sur le plancher et sur son lit. Les spasmes sont de plus en plus forts.

13 décembre.— Nuit très agitée. Continuation du délire ‘avec des intermittences de calme. Il se rapporte aux occu- - pations habituelles de la malade qui se croit dans son auberge. Loquacité intarissable. Les hallucinations de la vueet de l’ouie ‘ persistent. | 14 décembre. — Nuit assez calme, mêmes attaques convulsives produites non seulement par les liquides, mais par la vue de tout objet brillant. La Jangue est sèche et violacée, Ni accès de fureur ni envie de mordre. Pouls go.

15 décembre. — Pouls 120. Ventre ballonné. Délire. Spasmes un peu moins violents. Me G... peut avaler quelques cuillerées de bouillon. Légère raideur tétanique des muscles du cou.

16 décembre. — La raideur tétanique s'étend dans le cou et dans le dos, la tête est légèrement renversée en arrière. Affaiblissement marqué dans tout le côté gauche. Parole voilée mais distincte.

15 décembre. — Pouls 105 le matin, 90 le soir, faible,

dépressible. Légère cyanose de la face. Respiration embarrassée. Paralysie du côté gauche de plus en plus marquée.

Ces «ymptômes s’aggravent insensiblement jusqu'au 19 à 3 heures de l'après-midi, où la mort survient sans agonie, Le délire avait continué, mais jusqu’à la fin avait présenté des rémissions pendant lesquelles la malade jouissait de la plé-

nitude de son intelligence.

Dans cette observation le délire a revêtu la forme du delirium tremens.

OBSERVATION. XXXIIT

(Beurmann. — Reoue de Médecine, 1884.)

Début par une irritabilité inaccoutumée que laissait prévoir un changement de caractère existant depuis cinq mois et caractérisé par de l'inquiétude et une exagération des sentiments de piété. ; ;

Tout d’abord douleur à la déglutition, qui aboutit peu à

peu à un spasme douloureux du pharyvnx empêchant la malade d’avaler même sa salive. Toute tentative faite dans ce but, la vue des objets brillants, un courant d'air sur la peau déterminent des crises de plus en plus violentes. Agitation extrême. Angoisse et sensation d'étouffement. Peau chaude, couverte de sueur. Température axillaire 4ova. Après une nuit sans sommeil, la malade est conduite dans une maison de santé où elle meurt le lendemain. Seize mois et demis auparavant, un chien appartenant à cette dame était mort et pendant sa maladie, avait léché à

plusieurs reprises une excoration qu’elle avait à la lèvre.

NE Le

OBSERVATION XXXIV-

(Doléris. — Rapportée par Gamaléia.)

Délire tranquille.

Üne jeune femme mordue par un chien qui disparaît, fut prise au bout d’un certain temps, d’une tristesse si profonde qui s’accompagna quelques jours plus tard d'un dérangement tellement marqué des facultés mentales que l’on erut à un début de véritable folie. C'était une folie douce et triste à

la vérité. Toutefois ces accès de mélancolie étaient interrompus par de fréquents retours à l’état normal. durant lesquels la jeune malade se montrait gaie, mais comme avec eflort, affectueuse à l'excès, pleurant avec la plus grande facilité et d’une bizarrerie de langage insolite ; en un mot, offrant à s’y méprendre: le tableau de la folie hystérique. Ce n’est que ! plus tard qu'apparut le premier accès spasmodique et les symptômes de la rage. Après la mort de la malade,on apprit

que le chien était enragé.

OBSERVATION XXXV

(Paviot et Lesieur. -— Journal de Physiologie et Pathologie

générales, 1902.)

: M..., quarante-sept ans. Pas d’antécédents héritaires. ‘Personnellement, éthylisme avéré. Mordu le 8 juin 19or. Morsures profonde, suivies d’hémorragie abondante : cinq

au nez, ane à l'index droit. Pas de cautérisation.

mt TD

Le chien mordeur abattu de suite a été reconnu enragé par un vétérinaire.

A la suite de sa morsure, le malade s’est montré très

inquiet, demeurant obsédé de cette pensée pendant toute la durée de son traitement.

- M... s’est présenté à l’Institut de Lyon le 11 juin, trois jours après avoir été mordu Il a été soumis de suite au traitement intensif que l’on devait continuer pendant vingt-quatre jours et que l’ont fut obligé d'interrompre le 29.

Les premiers symptômes apparurent, en effet, le 27 juin,

dix-neuf jours après la morsure.

Ce ne fut d’abord que de la tristesse, de l’inappétence. Le 29, le malade est pris de constriction thoracique, de dysphagie.

Symptômes très nettement accusés le 30 juin; faiblesse des membres inférieurs, excitation extrême. Il peut encore marcher, mais se fatigue vite. On est obligé de le conduire

en voiture dans le service du professeur Lépine.

Alternation de chaleur et de frisonnements, spasmes pharyngo-laryngés très douloureux, à la moindre tentative de déglutition et même à la vue d’un liquide, au bruit de l’eau, | à la seule pensée de boire ou de manger. Une tentative d’ingestion d’une potion est suivie d’un tressaillement de tout le corps et d’un accès de suffocation qui dure quelques

minutes.

Réflexes normaux. Pouls irrégulier: 48 le matin, 100 le soir; température rectale 38 degrés le matin, 3802 le soir. 1* juillet. — Violent délire de parole et d'action, il croit

voir le chien qui l’a mordu,brise en partie la porte de sa cel-

lule ; ptyalisme. On lui metla camisole de force, on lui fait des piqûres de morphine.

Pouls 144 le matin, 180 le soir. Urines rares, disque d'albumine, pas de sucre. ë

Le malade, très dyspnéique, tombe dans le coma au cours de l'après-midi et meurt à 3 heures du soir.

Autopsie. — Vaisseaux pie-mériens gorgés de sang. Congestion intense des poumons, du foie, de la rate et des reins.

Cœur un peu gros.

OBSERVATION XXXVI

(Legendre. — France médicale, 1885.)

Accidents rabiques chez un alcoolique, délire

systémalisé avec crainte d'être tué par: les médecins. (

Bi , quarante-huit ans, alcoolique, mordu au bras par un chat reconnu enragé. Depuis, obsession de devenir enragé, s’étourdit en buvant plus que jamais.

Un mois et demi après, fourmillement dans les bras, hydrophobie, agitation.

Le troisième jour, il se dégage de sa camisole de force et s'élance de son lit en criant, mord un malade qui veut le retenir, puis saisissant tous les objets qu'il trouve, il les lance sur les arrivants. Alors fermant les deux portes de sa chambre, il se dispose à soutenir un siège. Ayant épuisé tous les projectiles qu’il avait sous la main, et brisé les vitres, il arrache une tringle en fer de son lit et conservant dans

l'autre main un poids de 2 kilos, il menace quiconque

l'approche. Ruisselant de sueur,les yeux hagards et injectés, il crie de temps en temps à l'assassin. |

Cette scène de violence dure une heure et demie. À un moment, il se calme. Il peut boire. Mais l'agitation recommence bientôt. 11 demande qu'on ne lui coupe pas le cou, mais qu'on l'étouffe à force de boisson. Il à un regard haineux et féroce, cherche à mordre. Crises d’opisthotones, aérophobie, photophobie. Après quelque moments de calme, il s’écrie en nous voyant entrer : « À l'assassin, je vais y passer, voilà la couverture avec laquelle on va m'étouffer. » Dès lors, il n’eut plus une minute de raison. Vomissements,

spasmes. Mort le quatrième jour.

OBSERVATION XXXVII (Gapoa Michele. — Rapportée par Gamaléia).

Délire furieux et mystique.

M. F..., mordu par un chien enragé, présenta pendant les six premiers jours de sa maladie, plusieurs variétés distinctes de troubles psychiques.

Tombé malade le 28 juillet, il a, la nuit, un irrésistible désir sexuel.

29 juillet. — Dans l'après-midi, il est pris d’une inquiétude et d’une agitation si grandes qu'elles ne Iui permettent pas de rester assis un seul instant. Ii se calme le soir.

30 juillet. — L’agitation est très forte le matin, puis elle se calme, mais les idées sont très confuses.

31 juillet. — Le malade devient furieux, crie, menace,

veut enfoncer la porte. :

1°" août. — Délire calme.

2 août. — Délire furieux et maniaque le matin. Priapisme à 10 heures. Délire de persécution, hallueïnations effrayantes (bêtes fauves, hommes armés, monstres). Ce délire dure cinq heures et fait place à un délire professionnel : le malade récolte des fruits et les porte au marché.

3 août. — Le malade recouvre la conscience qui était tout à fait abolie. Il est très affectueux est ému et pleure pour des riens.

A midi, il est pris de délire mystique : il voit des saints et . l'ombre de sa femme morte, et passe plusieurs heures à prier et à pleurer.

Ce délire cesse le soir, les facultés intellectuelles redeviennent intactes et normales jusqu’à la fin. Le malade

= succombe le 10 août aux progrès de la rage paralytique.

OBSERVATION XXXVIII

(Landouzy. — Progrès médical, 1873.)

A laconsuliation de l'hôpital Beaujon, le 16 juin 1873, se présente T... Édouard, vingt ans, d'apparence vigoureuse, se plaignantdemalaise généralqu'ilressent depuis la veille avec mal à la gorge et douleur précordiale. Rien à l'examen de Ia bouche et du pharynx. Rien à la percussion et à l’ausculta tion du thorax. Devant notre hésitation à le recevoir, le malade se plaint irémont de la gorge. Je ne puis avaler, dit-il, et par moments, je ne puis respirer, j'ai comme un grand poids au niveau du cœur. Le malade insiste sur son

malaise général et cela avec une grande vivacité de paroles,

une sorte d’exaltation qui donne à la physionomie quelque chose d’étrange, cette étrangeté même fait admettre le

malade dans le service de M. Lecorché suppléant M. Axenfeld. | ;

L’après-midi, T.. est examiné dans son lit Depuis quelques jours,il n’a plus d’appétit; la veille dans l'après-midi et toute la nuit, il a été mal à l’aise sans souffrir d’aucune partie du corps, il ne savait ce qu'il avait, il était inquiet,

agité, il ne se trouvait bien nulle part et n’a pu fermer l'œil.

Jamais il n'a été malade et, ces jours derniers, il n’a faitni

excès, ni travail extraordinaire qui puissent expliquer son

malaise. En ce moment encore, il a dans la gorge et dans la

poitrine une sensation de gêne qui augmente par intervalles et va jusqu'à l’angoisse.. É RER Pas plus que le matin, nous ne trouvons rien ni du côté de la bouche,ni du côté de la poitrine. Un verre de tisane est bu devant nous sans difficulté. Rien dans les urines ; aussitôt après notre visite, T... descend au jardin où il reste jusqu'au diner ; il prend seulement quelques cuillerées de bouillon et.

se couche.

La première partie de la nuit est calme. T... dort peu.

Vers minuit, il se remue, ‘se retourne constamment dans son

lit sans pouvoir trouver une bonne position.

Il se plaint d’avoir soif d'étrangler, de manquer d'air. Il sent qu'il va mourir et qu ‘on veut l’'empoisonner. À maintes reprises, il s ’assied brusquement sur son lit, porte les mains du côté gauche, puis à la gorge, retombe sur son He reste calme quelques instants, puis il recommence à se plaindre et

à s'agiter. T... passe ainsi la nuit, semblant d'autant plus

en]

agité et anxieux que ses voisins, qui ne peuvent fermer l'œil, s'occupent plus de lui.

17 juin. — À 8 heures du matin, T... est très inquiet, se dit plus mal, souffre toujours à la gorge et au niveau du

sein gauche, ilse plaint qu enlui parlant nous lui soufflions

dans la figure et sur la poitrineet que nous lui fassions froid.

- IL estde fait que, par instants, le malade frisonne des pieds

à la tête. T... demande qu'on lui ferme une fenêtre pourtant éloignée de son lit « parce que l’air m’horripile et me fait l'effet d’un grand vent » dit-il.

Le facies est inquiet, d’une mobilité extrême, exprimant tantôt la souffrance, tantôt la terreur. À chaque instant le malade:fait avec effort des mouvements de déglutition, puis expectore des crachats blancs mousseux. Pouls régulier à 60. Température rectale : 38 degrés. Peau fraîche.

Le malade avale une gorgée de tisane, aussitôt survient un spasme pharyngien,puis l'expulsion de 2 ou 3 crachats.

T... se dit empoisonné, prétend qu onlinterroge et l’examine avec curiosité pour faire une expérience sur lui; il demande qu'on ne le fasse pas languir.

Un verre d’eau est apporté au malade qui semble se jeter dessus, l’approche brusquémentde ses lèvres, l’éloigne aussitôt puis se laisse tomber sur son lit en grimaçant et en frissonnant ; à plusieurs reprises,mêmes tentatives même résultat ; le malade accuse une angoisse plus forte et se met à cracher abondamment. Les mêmes faits se reproduisent plus accentués pendant la visite alors que le malade est entouré et interrogé par les personnes du service.

Son excitation devient plus grande, il ne reste pas une minute en place et tantôt il s’assied d'un bond sur son lit,

Bregeon 8

avec des mouvements de tête, des grimacements de la face

| qui semblent vouloir happer l'air, tantôt se couche,en ramenant vivement les draps jusqu'à son menton pouréviter, dit-il, le vent qui souffle de tous côtés. T... semble haletant, sa parole est entrecoupée et la respiration se fait par 4 ou 5 inspirations se succédant brusquement. À ces convulsions respiratoires succèdent une respiration normale et un calme relatif que fait cesser la vue d’un miroir ; à ce moment, frisson général,spasme de la gorge et respiration haletante. Les pupilles sont également dilatées, la sensibilité est retardée et un peu émoussée.

L'excitation devient extrême à plusieurs reprises : dans la brusquerie de ses mouvements, le malade manque de se jeter au bas de son lit; on met la camisole de force avec beaucoup de peine.

Traitement. — Chloral 6 grammes en lavement, chlorhydrate de morphine 2 centigrammes en injection sous-

cutanée,

Après quelques instants de calme, T... se raidit contreles liens qui l’étreignent et fait de grands efforts pour dégager ses membres ; rapidement l’excitation cesse etla face exprime une sorte de béatitude et de jouissance en même temps quele malade prononce des .paroles érotiques. Pas d’érection.

Bientôt la sputation cesse. T... est immobile dans le décubitus dorsal; la face et les lèvres deviennent violacées ; de chaque commissure coule, en grande quantité, de la salive blanche et mousseuse. L'immobilité est presque absolue. Les battements du cœur sont sourds et précipités. ;

La température axillaire monte à 42°8 et reste à ce maxi-

mum jusqu’au moment de la mort qui survient à midi. .

. Deux mois auparavant, T... avait été mordu par un chien

qui était parti sans qu'on ait su ce qu'il était dévenu. Autopsie. — Turgescence des vaisseaux de la pie-mère sur

la convexité des hémisphères. Rien à l'œil nu du côté du

bulbe ou de la moëlle.

OBSERVATION XXXIX

(Courmont et Nicolas. — Bulletin Société médicale

des Hôpitaux de Lyon, 1904.)

Rien à noter sinon que la malade présente de l’éthylisme,

Mordue le 26 mars dernier sur la face dorsale de la main gauche par un chien errant. Ne suit pas le traitement.

Depuis un mois, changement de caractère, moins sociable, inquiétude, certain degré d’exaltation. Douleurs du côté de

la main lésée, qui ont monté le long du bras et gagné le

thorax.

22 mai. — Crisesdouloureuses plus violentes dans le bras. 23 mai. — Yeux fixes et hagards. Début des phénomènes hydrophobiques.

Dans la nuit du 93 au24, agitation et excitation, le malade se lève brusquement, fait plusieurs fois en courant le tour de sa chambreet finit par faire une chute suivie de mouvements convulsifs. Puis elle saute ensuite avec violence sur son lit, se plaignant de souffrances vives et disant à la personne qui la veillait : « Je souffre trop, tuez-moi, tuez-moi. » 24 mai. —Hydrophobie intense avec spasmes pharyngiens très douloureux, spasmes respiratoires laryngés et thoraciques provoquant une dyspnée vive et des sensations

d’étouffement. Agitation et excitation extrêmes.

Yeux fixes et hagards, facies rouge et vultueux. Le corps est couvert de sueur. Pas de sputation. Pupilles égales. Ni faiblesse, ni parésie. Réflexes rotuliens exagérés.

Pouls irrégulier mais lent à 60.

25 mai, — Crises d’excitation qui obligent à isoler le malade et à lui mettre la camisole.

Vers 10 heures du matin, aux phénomènes d’excitation physiques se sont surajoutés des phénomènes d’excitation psychique avec délire, mots orduriers, jurons. La malade dispute les personnes qui s’approchent d'elle, mais sans paraître les reconnaître. Pourtant vers midi, une amie étant venue la voir avec son propre neveu, elle les a reconaus tous deux, mais le délire a continué en leur parlant.

Les phénomènes d’excitation motrice vonten s’atténuant. Le délire actif et la loquacité diminuent parallèlement.

Facies rouge, vultueux, troubles vaso-moteurs. Pas de paralysie. Réflexes exagérés. Yeux hagards et fixes. Regard perdu et vague à certains moments. Pupilles paresseuses et inégales, surtout la droite très dilatée.

La bouche est animée de mouvements de mâchonnement constants avec diduction et projection de la langue entre les arcades dentaires et les lèvres.

Respiration irrégulière. Pouls 160, régulier. Température rectale * 4105.

. Mort dans le coma à 5 heures du soir.

nor

OBSERVATION XI

(Secrétan.— Reoue médicale de la Suisse Romande, 1888.) Un cas de rage à forme délirante

Délire à la fois furieux, mystique, érotique

H.M.., seize ans, campagnard, sérieux travailleur. Mordu le 27 juillet 1888 à la main droite par un chien. Il oublie l'accident.

21 septembre, — Douleurs et fourmillements dans le bras droit : agitation, inquiétude, insomnie.

24 septembre. — Dysphagie, aérophobie; le lendemain, délire, sputation. Température 38°3.

26 septembre. — Hydrophobie. En avalant, il a la sensation qu'il va étouffer. Deux choses feraient penser chez lui à de l’hystérie: ses grimaces et son rire qui ont quelque chose de cherché ; une demi-heure avant cet examen, il avait

déjeuné avec les autres malades et bu sans difficulté. 11se conduit grossièrement, injuriant ceux qui laissent la porte ouverte, répond sottement aux questions de ses parents. Pour ceux qui le connaissent, son caractère est profondément modifié. \

Le soir, agitation extraordinaire. Température 38°9. Imagination surexitée ; injurie les assistants, s’agenouille pour prier, dit qu’il mourra dans deux jours.

Hydrophobie moins accusée, crache toujours avant de boire. Son entourage l'irrite. Il me lance un bol au visage. Son délire est alternativement furieux: menaces, injures grossières, moqueries ; religieux: il prie; érotique : il dit des

obscénités inouïes pour son âge empruntant des images au

lesbisme et sollicitant directement les personnes qui le soignent ; violent : il déchire son drap, chante.

27 septembre. — Température 4o°4 ; pouls 163. Plus calme, a beaucoup maigri. Devient faible, marche avec peine. Boit assez facilement. Le soir, recommence à parler et à délirer. Son délire prend parfois de la gaieté mais rarement ; il continue à être obscène. Son imagination paraît hantée de tableaux érotiques. Puis il se remet à prier. Il accable son père d'injures. L'état décline et il meurt le 28.

Inoculation du bulbe positive,

FORME CÉRÉBELLEUSE

Asthénie, faiblesse des membres inférieurs, démarche ébrieuse, gestes choréiques, tels sont les principaux symptômes que nous trouvons ici. Ils sont le résuliat des lésions prédominantes et précoces du cervelet, lésions qui ont été vues depuis longtemps chez l’animal par Kolesnikof et Daddi, et qui s’expliquent facilement si on admet la dissémination des lésions rabiques dans tout le système nerveux central. Rien d’étonnant à ce que pareille chose existe chez l’homme. ;

Le plus souvent, les symptômes cérébelleux sont masqués par les symptômes cérébraux on bulbaires : ils peuvent passer inaperçus ou n'être qu’un épiphénomène dans l’évolution de la maladie. à

La forme cérébelleuse pure est rare. Son existence toutefois semble bien ressortir des deux observations que nous allons maintenant rapporter.

OBSERVATION XLI (Gamaléia)

S..., soixante-treize ans, mordu par un chien enragé à la face et à la cuisse gauche. Le traitement venait de commencer quand la maladie est venue l’interrompre, quatorze jours après les morsures.

Début par des douleurs du ventre. Le lendemain, insomnie, frissons, céphalée, douleur dans les jambes. Température 38°4 qui atteint bientôt 39°%6. Tremblement des avantbras et des muscles de la face.

Le troisième jour, hoquet, constriction spasmodique de la la gorge. Dysphagie. Température 37°6. Il a un fort vertige quand il veut se lever. Il est toujours très calme, bienveillant et reconnaissant.

Le soir, il éprouve une sensation violente de vertige comme s’iltombait hors de son lit. Vertige allant jusqu'à la terreur, Il exéente des mouvements de rotation longitudinale sur son axe, cherche à se touruer de l’autre côté, se met sur le ventre, se cramponne, supplie qu'on le retienne. Cette sensation qu'il tombe revient toujours pendant une heure et demie, ne le laissant pas en repos. II a toujours pleine conscience. Dyspnée.

Puis la paralysie envahit tout son corps et il meurt le soir

à 9 heures,

OBSERVATION XLIT

(Paviot et Lesieur, loc., cit.)

M. J..., six ans, mordu le ro octobre par an chat errant

inconnu, abattu de suite: trois dents à la racine du pouce

gauche, deux au poignet droit assez profondes ; légères hémorragies. Pas de cautérisation, cicatrisation lente. Aucun traitement antirabique.

L'enfant aurait pris froid, puis aurait en une frayeur quelques jours avant l’éclosion des accidents.

Début des symptômes le 17 novembre, trente-huit jours après la morsure, pa de vives douleurs dans le membre supérieur droit. |

Dans la journée du 18, il est triste, abattu, refuse toute nourriture.

20 novembre. — Il est extrêmement agité,ne peut tenir en place, a des gestes choréiques, une démarche ébrieuse rappelant celle d’un cérébelleux-

Dans le service du professeur Teissier, la faiblesse des membres inférieurs s'accuse, s'accompagne d'abolition des réflexes rotuliens, de priapisme: face pâle, mydriase, sialorrhée. Bientôt délire de paroles et d'action, hallucinations ; ilne reconnaît plus sa mère, la bat, lui crache à la face, pousse des cris à la vue de la lumière et, au moindre attouchement, se débat dans son lit. Il refuse de manger. L’ingestion d’une potion, la compression des globes oculaires provoquent quelques spasmes pharyngés, mais sans dyspnée.

Pouls petit à 100,irrégulier. Température rectale 39 degrés. Urines rares.

Un lavement de chloral produit un calme relatif, interrompu par une crise d’agitation terminale; la mort survient le 21 novembre à une heure du matin, trois jours et demi après le début de la maladie, quarante-deux jours après la morsure.

Inoculation du bulbe positive.

- Autopsie. — Substance cérébrale molle, congestionnée, présente des suffusions hémorragiques sous-pie-mériennes disséminées et un peu de liquide sous pie-mérien. Légère congestion des bases du poumon. Pas d’autres lésions viscé-

rales.

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