FORME SYMPATHIQUE
La forme : ympathique a été vue par tous les auteurs au moins à la période terminale de la maladie. Ceci n’a rien qui doive étonner si on se rappelle que les lésions des ganglions sympathiques sont constantes. Golgi, Van Gehuchten, Nelis, Paviot et Lesieur les ont décrites. Cette forme existe rarement à l’état pur. Cependant, le cas que nous rapportons semble - bien démontrer que, si elle est exceptionnelle, elle peut néanmoins exister.
- Elle est caractérisée par de la sudation, de la pâleur de la face, du ptyalisme, de l'agrandissement - des fentes palpébrales, de l’exorbitisme.
OBSERVATION XLIII
(Paviot et Lesieur.)
M. G:.., quarante-sept ans. Pas d’antécédents héréditaires. Personnellement carie osseuse du pied droit, à l’âge de vingt-huit ans, ayant nécessité une amputation de jambe.
Mordu le 12 juillet 1900, au bord radial du poignet droit ;
deux dents profondes de deux centimètres, cautérisation
immédiate avec un liquide, puis au fer rouge. Petit abcès consécutif nécessitant une incision au bistouri.
Le chien mordeur a, le lendemain, une crise d’excitation, mord une autre personne ; les jours suivants, hurlement rabique puis paralysie du train postérieur ; il meurt brusquement le 16juillet après avoir mordu, le 15, un autre chien qui mourra lui-même dix jours plus tard. Malgré ces symptômes, un vétérinaire, ayant pratiqué l’autopsie trois
jours après la mort, se prononce contre l'existence de la rage.
Le mordu s’est vivement préoccupé de son état ; à maintes reprises il s’est exposé au froid et à l'humidité. Aucun traitement antirabique.
Début des symptômes le 17 août, trente-six jours après la | morsure, par un état de tristesse anormale. Le 18, sensation de morsure au lieu inoculé, de fourmillements dans tout le : membre supériéur droit.
Symptômes plus nets dans la nuit du 18 au rgaoût: céphalalgie, dysphagie, accès de constriction pharyngée à la vue des potions, agitation croissante.
19 août. — Accès de suffocation, sudation abondante, la salive s'écoule hors de la bouche. Lorsque le malade est amené à l'Hôtel-Dieu, il raisonne bien, peut se tenir debout et marcher, ne présente aucun phénomène parétique.
Dans le service du professeur Boudet, accélération des mouvements respiratoires réguliers mais très rapides, accélérés encore par la moindre excitation telle que la vue ou le bruit de l’eau qui réveillent chez luides spasmes. Face angoissée et pâle, peau couverte de sueur, fentes palpébrales grande-
ment ouvertes, léger exorbitisme, mydriase. Réflexes tendi-
neux normaux, sensibilité objective intense. Pouls régulier à 80 degrés. Température rectale 40 degrés. Urines troubles sans sucre ; disque épais d’albumine rétractile.
Dans la nuit, le malade délire, tient des propos incohé- rents, surtout d'ordre professionnel, cherche à s'échapper de son lit et de sa cellule, crache autour de lui, on est obligé de l'attacher et de lui faire des piqûres de morphine.
. Au cours d’un accès de dyspnée plus intense, il meurt presque subitement en asphyxie, le 20 août, à une heure du matin, deux jours et demi après le début des accidents,
trente-huit jours après la morsure.
Rien donc de plus variable que la symptomatologie rabique, on comprend aisément qu'il doive en être ainsi, en remarquant avec Brouardel, que la rage n’est que l'excitation simultanée des organes innervés par le bulbe. Et ce n’est pas seulement Île bulbe qui peut être affecté, mais encore le cerveau et la moelle, organes dont l’excitation est en général successive et se produit dans un ordre déterminé mais non cependant invariable. Pasteur, dans une communication au Congrès de Copenhague, avait déclaré que le virus rabique peut se cultiver d’abord en un point quelconque de l’axe nerveux. L'étude des symptômes chez l’homme, des sympômes et des effets de l’inoculation chez lesanimaux lui ont donné raison,
Si le virus se développe d'abord ou principalement dans le cerveau, on aura une exaltation dans la sphère intellectuelle. Dans certains cas, on note un réveil d'anciennes impressions, de vieux souve-
nirs, Niepce cite le cas d’un idiot qui recouvra la raison : c'est à ce moment que les illusions des sens se montrent avec le plus d'intensité. Le malade entend des voix qui le poursuivent. Il voit les objets qui l'entourent sous un aspect terrifiant.
Si la moelle est la première atteinte, on verra survenir des troubles parétiques ou paralytiques. Si c'est le bulbe, les troubles de la sphère des troncs. nerveux qui s’en détachent seront primitifs et prédominants et si d’ailleurs l’envahissement du bulbe est rapide, la mort pourra survenir avant que la maladie ait parcouru toutes ses périodes.
Les centres moteurs sont atteints. On note constamment une activité musculaire, un besoin de mouvement impérieux.
. La sphère sensitive est profondément lésée. Hyperresthésie rendant le moindre attouchement désagréable et douloureux. Le malade est irascible, ou bien au contraire présente un développement exagéré de ses sentiments affectueux envers les siens. Le froid, le plus léger courant d'air deviennent insupportables et sont capables de déterminer des crises. Chez l’homme rarement, chez les animaux souvent surviennent des troubles trophiques, démangeaisons qui forcent l’animal à se gratter constamment au point même de s’emporter les chairs. Mais. cette irritation finit par rendre la cellule indifférente. A l’hyperesthésie succède l’anesthésie
Les centres spéciaux peuvent être pris aussi dès le début. On a noté des erreurs dans le sens de la vue,
de l’amblyopie passagère, de la cécité, des hallucinations olfactives, de l’aphasie.
Dans un cas cité par Trélat, il y eut des éternuements qui durèrent un jour et la nuit suivante.
Le centre génital est souvent profondément atteint. L'excitation génésique, les érections, les éjaculations, la nymphomanie, longtemps considérées comme des lésions asphyxiques doivent plutôt être le résultat d'une lésion directe comme le prouvent les cas où ces symptômes constituent les phénomènes prémonitoires ou prépondérants de la maladie.
La fièvre qui est constante peut constituer longtemps le symptôme unique dela maladie; de même, les vomissements qui peuvent durer plusieurs jours, huit dans un cas cité par Trolliet, avant l'apparition de l’hydrophobie.
Beau rapporte qu’il a observé comme symptôme dominant, chez l’un une extrême loquacité, chez un autre un appétit furieux, chez un troisième une grande prostration.
« l'ans chaque cas de rage, -on trouve la combinaison de lésions déterminées dans les divers centres nerveux d’où le polymorphisme de la symptomatologie rabique » Gamaléia, (Annales de l’Institut Pasteur 1889. |
Que l’on ajoute à cela le cachet que le tempérament, le caractère, l’état antérieur du système nerveux peuvent imprimer à ces diverses manifestations et l’on aura une explication des aspects multiples et parfois décevanis que peut revêtir [a rage,