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système nerveux. Lorsque la résistance naturelle de l’organisme a été accrue par la vaccination antirabique, un état réfractaire en résulte qui est plus ou moins complet. Ainsi s’expliquent les cas à longue incubation, ceux du Dr Thévenot et du professeur Chantemesse où l’on voit survenir la mort après un traitement antirabique qui, sans produire l'état réfractaire absolu, avait provoqué un état d'immunité relative. La période d'incubation prolongée aurait sans doute amené la guérison définitive sans un de ces accidents : traumatisme ou coup de froid qui jouent un si grand rôle dans le développement des maladies infectieuses. -
« Lorsqu'on étudie les observations des mordus qui ont succombé à la rage malgré le traitement, dit le professeur Chantemesse, on voit presque toujours que les symptômes de rage confirmée ne se sont montrés qu'après l’apparition de douleurs plus ou moins vives dans les nerfs de la région mordug. Parfois ces douleurs précèdent la mort de dix à quinze jours. Nous avons été témoin, à l'Institut Pasteur, de faits de ce genre. Quand les malades étaient sur le point de finir leur traitement, ou que la vaccination était terminée, on voyait survenir des douleurs, picotements, élancements, sensations d’engourdissement accompagnées d’anesthésie au niveau de la cicatrice, accidents disparaissant par une deuxième vaccination
intensive et après une lutte inquiétante où l’on se
demande chaque jour si le malade ne va pas être envahi par la, rage. Lorsque ces symptômes se
Lo —
déroulent avec une grande rapidité, les malades succombent malgré tous les efforts, mais qu’il ÿ ait mort ou guérison, ce sont les mêmes phénomènes de début dans la cicatrice et dansles nerfs de la région mordue : dans l’un et l’autre cas ce sont des phénomènes rabiques et on ne peut refuser cette dénomination aux accidents qui guérissent, »
De nombreux auteurs : Ivo Novi, Bordoni-Uffre- duzzi, Daddi, Zaccaria, Chemjelewsky semblent admettre aussi la guérison possible de la rage. Les observations qui suivent en sont une preuve.
OBSERVATION L
(Chantemesse. — Bulletins et Mémoires
Soc. méd. H6p. Paris, 1891.)
Une femme mordue à la paupière droite par un chien enragé vient à l'institut Pasteur cinq jours après. Dix-huit jours plus tard, elle ressent de petits picotements dans la cicatrice de la face. Peu après, les picotements deviennent plus vifs, et le vingt-septième jour, elle souffre beaucoup ; sensibilité extrême au niveau de la cicatrice qui a pris une teinte un peu violacée, douleur diffuse que la pression réveille dans toute la moitié interne de l'œil qui correspond au trajet de la cicatrice, douleur à la pression sur les branches frontales du trijumeau : anesthésie de la moitié interne de la paupière ; l'insensibilité s'étend à la moitié droite du nez et, de ce côté, on constate une diminution de l’odorat. En même
temps survient une céphalalgie vive, un peu de raideur de la
nuque et des vomissements. La malade devient très irritable, elle a un peu de fièvre et parfois des sensations brusques d’étouflement qui ressemblent au spasme pharyngé.
Ces spasmes survenus un mois après la morsure font redouter le développement de la rage et la malade est soumise à une deuxième vaccination.
Après quelques jours d’amendement, les phénomènes douloureux reparaissent encore, le moindre courant d'air, le souffle projeté sur le côté droit de la face et même sur le côté gauche amènent un arrêt subit de la respiration avec inspiration brusque. La malade peut boire, mais il lui est impossible d'introduire les mains dans l’eau froide sans ressentir un spasme subit avec arrêt de la respiration.
Peu à peu, les symptômes disparaissent. Quinze mois après il reste encore un peu de sensibilité à la pression de la cicatrice et parfois des élancements si la malade reçoit un coup d’air sur la face,
Malade hystérique et un peu alcoolique. On pourrait attribuer ces symptômes à l'hystérie (inoculation de la salive négative), mais l'évolution des symptômes, les troubles du pouls, de la respiration, la fièvre, les douleurs locales qui ont bien le caractère des douleurs rabiques permettent aussi de penser à une rage avortée. Le premier vacciné, Joseph Meister, a conservé, dans la jambe morduë, pendant deux ou trois ans après la vaccination, quelques douleurs revenant pendant les temps froids sous forme d’élancements. Peu à peu,
ces douleurs ont disparu.
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OBSERVATION LI
(Chantemesse et Roux, loc. cit.)
Femme mordue à l’aile du nez et dans la cloison. Deux mois après la vaccination, elle revient à l'Institut Pasteur. Les cicatrices étaient devenues douloureuses et,autour d'elles, la sensibilité avait disparu ; de ce côté, l’odorat était aboli. Cette femme présentait en outre un changement de caractère avec insomnie et vomissements.
Soumise à une nouvelle vaccination, les symptômes ont rétrocédé.
OBSERVATION LI
- (Chantemesse, loc: cit.).
Il s’agit d’un homme présentant à l'avant-bras gauche trois morsures, deux légères et une profonde. Il venait d'Algérie et ne s'était soumis que tardivement à la vaccination. Il ne présentait aucun stigmate hystérique et n’éprouvait pas la moindre inquiétude sur son état. Le jour même où il finissait le traitement, il appela notre attention sur des phénomènes nouveaux qu'il ressentait dans son bras mordu. Il éprouvait du malaise dans tout ce membre, de la faiblesse et des élancements douloureux. Les élancements, d’abord localisés aux morsures, irradiaient maintenant jusqu’au deltoide. Des
trois morsures, les deux superficielles ne présentaient pas de
modifications de la sensibilité. L'autre était complètement
insensible, violacée et douloureuse spontanément. Le membre fut entouré d’ouate et le malade soumis à une nouvelle vacci-
nation. Peu à peu, tous les accidents ont disparu.
OBSERVATION LIIL (Résumée)
(Laveran. — Mercredi médical, 1891.)
N..., vingt-deux ans, est mordu le 12 janvier 1800,au genou gauche, à travers ses vêtements, par un chien errant qui n’a pas été retrouvé; les blessures ont peu saigné et n’ont pas été cautérisées. - : Re
21 janvier. — Les plaies étaient complètement cicatrisées
etle 22, les inoculations furent instituées à l'Institut Pasteur.
Du 30 janvier au 7 février, se manifestèrent chez ce mala le les symptômes qui caractérisent l'invasion de la rage : tris-
tesse, insomnie persistante, douleurs vives partant de la
cicatrice de la morsure, hyperesthésie marquée de la peau
des parties voisines, affaiblissement musculaire considérable
des muscles, dysphagie sans hydrophobie. SE
OBSERVATION LY / | se
..(Darckschewitsch. — Neur. centr., 1898, p. 98.)
Homme de trente-deux ans, mordu par un chien enragé ; commence immédiatement le’ traitement qui dure douze jours. Cinq jours après la dernière inoculation, faiblesse considérable de la jambe droite; puis douleur dans la jambe
gauche et dans les deux bras, diminution de la sensibilité
dans la jambe gauche, maladresse des doigts. Trois mois après, parésie des quatre membres prédominant à droite, incoordination des mouvements des doigts, atrophie très marquée à la main gauche, moindre à la droite; quelques troubles de la sensibilité, pas de modifications des réflexes. Sept mois après, maladresse des doigts et encore quelques troubles de la sensibilité.
OBSERVATION LVI
(Rondot. — Rapportée par Brouardel.
Bull. Acad. Méd., 1897, p. 776.)
ARS Myélite ayant débuté immédiatement après le traitement à l’Institut Pasteur, pour morsures faites à la main droite par un chien reconnu enragé par un vétérinaire.
Cette femme avait attendu trente et un jours avant de se rendre à Paris. Traitement pendant quinze jours.
Elle s’apercçut, en revenant à Bordeaux, qu'elle avait de la peine à marcher, et, dès ce moment, s’accentua la paraplégie avec rachialgie, rétention d'urine pour laquelle elle fut admise à l'hôpital.
Elle présentait alors une paralysie motrice des membres inférieurs, moins accusée du côté gauche, ainsi qu’une parésie des mains, sans troubles de la sensibilité, sans douleurs, sans sensations anormales au niveau des cicatrices des morsures ou des zones au niveau desquelles avaient été pratiquées les injections.
Pas de troubles de la déglutition ; EL . et pouls fréquents, pupilles inégales ; au troisième jour, abaissement
Bregeon 10
de la température, ralentissement des mouvements respiratoires avec accélération et affaiblissement des pulsations radiales.
Au quatrième jour, eschares plantaires; symptômes cardio-pulmonaires très graves conjurés par des injections de sulfate de spartéine et de sérum artificiel.
Apparition d’eschares aux fesses et à 14 région coccygiènne. É
Quatorze jours après, crise dyspnéique avec tendance syncopale et respiration ronflante.
Cinq jours après, ces phénomènes ont disparu.
Les mouvements commencent à reparaître d’abord dans le
membre inférieur gauche, plus lentement du côté droit qui
reste seul frappé mais récupère peu à peu sa motilité.
OBSERVATION LVII
(Lebell et Vesesco. — Ann. Inst. Pasteur, 1895.)
Guérison d’un cas de rage chez l'homme
P. C..., six ans, mordu par un chien reconnu enragé à la face et au bras en août 1894. Traitement du 26 août au 11 septembre. |
9 septembre (quinzième jour du traitement). — L'enfant est pâle et abattu. : -
Le lendemain, tristesse, agitation, convulsion. Tempéra- | ture 39°4 ; pouls 80.
11 septembre. — Hydrophobie, aérophobie, respiration :
irrégulière à 42. Convulsions toniques et cloniques violentes ;
pouls imperceptible, râle trachéal. On suspend le traitement.
12 septembre. — Pouls plus sensible. Température 37°5. Les symptômes alarmants cessent.
20 septembre. — Reprise du traitement. Guérison.
Dans ces différents cas, nous avons vu la guérison survenir, complète, après un laps de temps plus ou moins long. Dans l'observation que nous allons maintenant rapporter, des lésions ont persisté, définitives, réalisant ainsi une sorte de rage chronique comme MM. Courmont et Lesieur proposent denommer le fait dont ils ont été témoins.
OBSERVATION LVIIT
‘Courmont et Lesieur.— Journal de Physiol. et Pathol.
générales, 1906.)
Rage chronique. — Myélite transverse rabique
B..., trente an excellente santé habituelle, tempérament nerveux, pas de maladie antérieure. Nie toute syphilis. Marié dépuis huit ans. Sa femme n'a pas eu de fausses couches. Deux enfants en bonne santé.
Ily a deux mois, le 15 février, B... a été mordu au coude-pied droit (4 dents, cautérisations à l'alcool) par un chien atteint de rage furieuse constatée à l'École vétérinaire (forme La rémission : début le 15 février, rémission le r9, accès furieux le 23, abattu le 27). Traitement pastorien à l’Insti-
tut de Lyon sans incident.
Dix ou quinze jours après la fin du traitement, B... ressentit, en se levant le matin, un mal de reins très violent qui l’obligea toute la journée à faire un travail moins pénible que d'habitude. Le lendemain matin, au lever, la jambe gauche était faible, traînante. Le surlendemain, rétention d'urine, Deux jours plus tard, la jambe droite se prenant à son tour, le malade se met définitivement au lit, Pendant huit jours, on dut le sonder, puis la rétention des matiéres s'installe, en même temps que la paralysie se complète.
A l'entrée, trois semaines après le début, paraplégie flasque, complète ; jambes inertes, pieds en extension, réflexes rotuliens abolis. Sensibilité très émoussée au-dessous de l’ombilic, douleurs provoquées par la recherche du signe de Lasègue ; léger œdème bimalléolaire ; pas de signe de mal de Pott, rien aux membres supérieurs. Abdomen dur et tendu, constipation avec défécation inconsciente, vessie remontant à l'ombilic ; rien aux poumons et au cœur. Pouls 80 régulier. Température rectale 37°3. Albumine dans les urines, pas de sucre. On institue le traitement antisyphilitique..
23 avril 1904. — Œdème de toute la région intra-ombi-
licale avec hypoesthésie et douleurs pendant les mouve-
ments ; large eschare trochantérienne droite. Ponction de Quincke : liquide clair, sans hypertension, de composition normale, de virulence nulle; séro-diagnostic tuberculeux négatif.
29 avril. — Douleurs plus vives dans la jambe et le pied gauches ; eschare sacrée envahissante.
21 mai. — Les eschares sont en voie d'amélioration, mais
suppurent abondamment.
95 mai, — Accès fébrile, 40 degrés, avec vomissements. On suspend le traitement. |
1e" juin. — À la suite de l’ingestion quotidienne de 1 gramme de sulfate de quinine, la température tombe de 4o à 38 degrés et 37°5.
En juin et juillet, fièvre légère attribuable aux trois
eschares ; bon état général.
Fin juillet, quelques mouvements réflexes et spontanés | réapparaissent dans la jambe droite. Quatre eschares dont trois grandes comme une soucoupe. |
Commencement d'août. Température oscillant autour de 3795; on refait trois injections intra-veineuses, puis on donne journellement 4 pilules de Dupuytren et 4 grammes de KI. He c
2» septembre. — Température 40°7, décrivant de grandes oscillations ; mauvais état général, coliques, céphalée. Ces
accidents sont dus aux eschares. Apyrexie le 30 septembre.
17 octobre. — A la suite de séances quotidiennes d’électrisation farvadique des membres inférieurs, la motilité s’amé-
liore, encore limitée toutefois aux genoux. Le cou-de-pied gauche est capable de mouvements spontanés. Les réflexes tendineux sont exagérés, la sensibilité à peu près normale. -Atrophie marquée des membres inférieurs ; les eschares sont en voie de cicatrisation surtout au sacrum. Urines troubles, avec globules de pus, polynucléaires ; pas de cylindres.
7 février 1905. — Pas d'accès fébrile depuis deux mois ; les urines s'étant troublées il y a trois semaines, on a donné o gr. 25 d’urotropine et lesurines sont redevenues claires. Le besoin de la miction commence à se faire sentir et le malade
passe plusieurs jours sans avoir besoin de cathétérisme.
Les plaies se cicatrisent lentement, la jambe gauche com-. mence à se mouvoir spontanément ; les pieds sont en équinisme très accentué, le droit surtout, et nécessitent l'appli- cation d’un appareil redresseur.
19 juillet. — On supprime définitivement l'iodure et le mercure qui ont été donnés par intermittence.
13 novembre. — Eschares presque cicatrisées, sauf celle de la jambe droite. Contracture des deux jambes surtout à gauche avec tremblement fibrillaire et pieds bots équins ; bon état général.
9 mars”1906. — Urines un peu troubles, vessie irritable.
29 mai. — Amélioration considérable, depuis deux mois ; la dernière eschare est réduite aux dimensions d’une pièce de 5o centimes, le malade peut marcher avec une canne, descendre l'escalier avec une béquille. Réflexes rotuliens exagérés, trépidation épileptoïde, pieds bots équins, tremblements fibrillaires dans les membres inférieurs. Depuis quatre mois, il ne reste plus dans son lit pendant le jour: De ses troubles sphinctériens, il a gardé de l’incontinence nocturne d'urine ; la pyurie persistant on donne journellement trois cachets de o gr. 25 de salol.
10 juillet. — Le malade part en convalescence; son état général est excellent, ses eschares cicatrisées, ses urines ne sont plus troubles que par intermittence. Un mois plus tard, il est capable de reprendre son métier de nickeleur.
1°" octobre 1906. — Il se dit très bien portant, se plaint seulement de douleurs des jambes à l’occasion des changements de temps, maïs il peut monter un escalier avec son appareil en s’aidant d’une canne et il continue à travailler.
de son métier.
En somme, il subsiste une lésion médullaire définitive, avec atrophie des deux membres inférieurs, tremblements fibrillaires, contractures intenses, pieds bots équins.
Ces faits montrent que la culture du virus rabique peut commencer chez l’homme et persister pendant longtemps sans aboutir à la mort. Les cas à longue incubation s’expliquent ainsi clairement. Sous l'influence du traitement pasiorien, le virus est neutralisé dans les centres mêmes. Si cette neutralisation n’est pas parfaite, il y aura seulement atténuation du virus qui pourra sommeiller à l’état latent pendant longtemps ; ou bien il pourra se réveiller sous l'influence d’une cause quelconque ou au contraire disparaître définitivement. Mais on peut aussi faire l'hypothèse que ce sommeil du virus rabique puisse se produire spontanément chez certains individus, et pour des causes qui nous sont encore inconnues. Parmi elles, l’état antérieur de résistance du système nerveux doit avoir une grande importance ; On comprend mieux ainsi pourquoi certaines personnes semblent jouir d’une sorte d'immunité contre lPinoculation rabique, pourquoi tous les individus mordus
par un animal enragé ne contractent pas forcément
la rage et que le plus grand nombre au contraire y échappent. Si cette immunité n’est que temporaire et non définitive, elle sera impuissante à arrêter le processus morbide, mais pourra toùt au moins, comme le pensait Féréol, retarder considérablement l’éclo-
sion des symptômes,
Mais il faut bien savoir, et c’est ce que nous avons cherché à montrer, qu'il existe des rages frustes susceptibles de guérir, ce que l’on ne pouvait soupçonner avant la découverte de Pasteur, rages atténuées par les inoculations préventives et que l’on doit considérer non comme des échecs, mais comme des succès du traitement pastorien qui, s’il n’est pas infaillible comme du reste toutes les autres méthodes thérapeutiques, a donné des résultats qui le placent au-dessus des calomnies dont il a été parfois l'objet.
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