HISTORIQUE
La rage est une maladie dont la connaissance remonte aux temps les plus reculés de l’histoire de la médecine. On la trouve mentionnée partout aussi loin qu'on remonte dans les annales médicales. Jusqu'à nos jours, elle n’a cessé d’exciter la curiosité des savants, gardant toujours un certain côté mystérieux dû à l’ignorance de sa cause et de sa nature. . Pour Hippocrate,c’est une épizootie;pour Démocrite, une inflammation des nerfs. Plus près de nous, Boss quillon en fait une vésanie.
Mais ce n'étaient là que simples hypothèses sans intérêt scientifique. Avec Magendie, Bouley, Galtier, Youatt, Hertwig, Virchow, nous entrons dans la période des observations cliniques et des recherches expérimentales qui amènent eus auteurs aux conclusions suivantes : ;
C’est une maladie virulente, non infectieuse, affectant le système nerveux. Elle n’est jamais spon-
tanée, mais transmise le plus souvent après morsure d’un animal enragé. C’est la bave qui, déposée au niveau de la morsure, sert de véhicule au virus et perpétue la maladie.
La personne ou l’animal ainsi contaminés traversent plusieurs périodes se succédant dans un ordre invariable et aboutissant à la mort.
Après une incubation dont la durée, très variable, est en moyenne de trente à soixante jours, et pendant laquelle l’état général du sujet ne présente rien de particulier, arrive la période d’état qui évolue en quelques jours et présente différents symptômes caractéristiques marquant autant d'étapes vers la terminaison fatale.
Tout d’abord, changement dans les habitudes et le caractère du malade. Il devient triste, inquiet, en proie à une agitation constante. Il est hanté par l’idée qu'il va devenir enragé. Il fuit la compagnie de ses semblables, est indifférent à tout ce qui se. passe autour de lui. Souvent, le lieu de la morsure devient le siège de troubles nerveux, douleurs, fourmillements, ou bien il y a des aberrations de la vue, de l’ouïe, de véritables hallucinations. |
A ce stade de dépression, fait bientôt suite un état d’excitation traduisant l'empoisonnement aigu du système nerveux. La fièvre, l'oppression, l’exagération des réflexes, le spasme pharyngien qui s'oppose à la déglutition des liquides et que la simple vue d’un verre d’eau suffit à faire apparaître en sont les principaux symptômes. Le plus souvent, le malade suc-
| mr combe à ce moment par asphyxie, sinon, il traverse une dernière période, période de paralysie qui l’emporte en quelques heures.
Telle est la description classique de cette terrible affection, répondant en effet aux cas les plus nombreux.L’hydrophobie y tient une place prépondérante au point qu'aujourd'hui encore ce mot est synonyme de rage. Symptôme trompeur, car nous verrons qu'il esl inconstant, qu'il peut exister dans des affections diverses et faire défaut au contraire dans des cas de rage vraie.
Mais si l’on connaissait bien le cadre clinique de la maladie, on ignorait encore tout de sa nature. Les : essais de transmission expérimentale tentés de différents côtés étaient, pour la plupart, demeurés infruc- tueux. Magendie, Hertwig avaient montré les premiers la virulence de la salive: Zinke, en 1804 avait réussi à provoquer expérimentalement la rage en souillant avec la bave d’un animal enragé des plaies cutanées faites chez le chien et le lapin. Il en était d’autres qui faisaient mordre des chiens et des lapins par des animaux enragés, employant ainsi une méthode d’inoculation directe qui le plus souvent restait sans résultat. ;
Hertwig avait bien essayé d'aller chercher dans le sang et les nerfs le germe de la maladie, maisil avait échoué.
D'un autre côté, loutes ces méthodes étaient infidèles, les animaux ainsi inoculés succombant le plus souvent à la suppuration de leurs plaies. De plus,
l'attente indéfinie de l’éclosion plus ou moins certaine d’une maladie dont l’'inoculation durait plusieurs mois était faite pour décourager les plus patients et, en tout cas, enlevait aux expériences tout caractère de précision.
Si nous ajoutons que les diverses tentatives faites pour isoler, chez les animaux morts de la rage, un imicrobe spécifique, étaient demeurées vaines, on verra que personne ne pouvait transmettre la maladie à coup sûr.
C'est Pasteur qui, en 1881, donna la solution du problème en instituant une méthode efficace d'inoculation.
Partant de cette idée que la rage est une maladie lu système nerveux, il en conclut logiquement que c'était là le milieu de culture du virus, qu'il fallait aller l’y chercher pour aller le déposer directement dans le cerveau de l'animal en expérience. Cetté méthode de trépanation présentée par Pasteur à la stance du 30 mai 1881 de l'Académie des Sciences a donné des résultats constants et a servi de base fondamentale à toutes les études expérimentales qui ont contribué depuis cette époque à étendre nos connaissances sur la pathogénie de l’infections rabique.
Siège du virus rabique dans l'organisme. — C'est ainsi qu’elle a permis de rechercher d’une façon scientifique la présence du virus rabique dans les divers tissus de l’organimse. Nous allons passer rapidement en revue les résultats de ces recherches.
Salive et glandes salivaires. — C’est dans la salive