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la moelle et aux nerfs des animaux morts de rage des rues ou de laboratoire nous a appris que, dans la majorité des cas, on trouve des lésions assez constantes, pas spécifiques cependant, car on les a retrouvées dans d’autres maladies.
Au point de vue macroscopique, les anciens auteurs avaient déjà signalé l'hyperhémie, la congesüon et les hémorragies punctiformes. Roux a trouvé une congestion parfois très : vive, marquée par - lengorgement des vaisseaux méningés, par des arbo-
risations el un piqueté rouge de la substance ner. veuse ou éncore par une diminution de la consistance. Mais, ajoute cet auteur, ces lésions sont loin d’être constantes à part cependant l'état congestif qui ne manque que dans uñ très pelil nombre de cas -et qui peut être porté à un degré d'intensité tel qu'on a pu voir des hémorragies étendues dans divers segments de la moelle. Ou bien, il arrive de constater une infiltration œdémateuse plus ou moins étendue donnant au tissu nerveux une coloration grisâtre,
Mêmes lésions d'hémorragie en foyers miliaires aussi bien dans la substance blanche que dans la substance grise du cerveau. :
Sur la moelle, on retrouve ces lésions grossières bien visibles surtout sur des coupes et consistant en tuméfaction des cornes antéricures où postérieures.
Gamaléia et Schalfer avaient considéré comme lésion caractéristique de la rage ces foyers de nécrose et de ramollissement dans la moelle dorsale et y trouvaient l’explication des symptômes rabiques.
Bregeon 2
Gamaléia accorde la prédominance au ramollissement qu’il appelle ramollissement blanc et voici comment il explique la succession des phénomènes. Le virus rabique qui n’a pas d’action nocive directe, entrave par son accumulation la circulation sanguine dans les centres nerveux puis détermine une thrombose capillaire : si cette thrombose n’est pas compensée par la circulation collatérale, il se produit une asphyxie locale, puis une nécrose en foyer qui se traduit par le ramollissement blanc. C’est donc l’altération dégénérative qui, pour cet auteur, joue le rôle le plus important, ‘
Schaffer,au contraire,accorde cette prévalence au processus inflammatoire. («Dans la rage, la moelle subit une myélite aiguë complète intéressant tous les tissus. » Les lésions constatées sont la destruc- tion granuleuse du protoplasma, la dégénérescence vacuolaire des noyaux, une migration leucocytaire abondante, surtout dans la corne äntérieure où ces leucocytes viennent former des amas correspondant à la distribution des vaisseaux sanguins. Ceux-ci offrent de l’infiltration périadventitielle et un endothélium gonflé. Ces lésions sont le résultat de la lutte de la cellule nerveuse atteinte dans sa vitalité par le poison rabique et consécutives par conséquent au processus irritatif. Elles ne sont pas généralisées à toute l'étendue du système nerveux, mais dispersées en îlots et affectant des localisations en rapport avec les nerfs périphériques qui ont servi à la propagation du virus. C'est ainsi que, dans un cas de
ad
morsure à la jambe, l’infiltration aura son maximum dans la moelle lombaire. « J’ai vu la chose se vérifier dans tous les cas que j’ai étudiés et même, ce qui est probant, j’ai vu dans un cas de morsure à un bras et à une jambe, le segment cervical et le segment lombaire présenter les altérations les plus marquées, les plus marquées, en effet, car il n’y a guère de portions dans la moelle ou dans la bulbe qui soient absolument indemnes.
De cette myélite ou plus exactement de cette encéphalo-myélite, Schaffer tire l'explication de toute la série des symptômes rabiques :
1° Jrritation inflammatoire dela moelle épinière et de la moelle allongée, d’où dyspnée inspiratoire, dysphagie, spasme laryngé, aérophobie, dilatation pupillaire, augmentation des réflexes sensoriels et cutanés; |
20 L'irritation se propage à l'écorce cérébrale et
provoque des hallucinations, du délire, de l'augmentation de la sensibilité réflexe. Puis cette irritabilité diminue et alors surviennent les troubles de la motilité. Enfin les convulsions annoncent des modifications du même ordre dans la couche corticale du cerveau. |
Déjà,en 1872, Nepveu avait bien décrit les lésions observées dans l°s ganglions spinaux et dansles centres nerveux des rabiques. Le tronc nerveux (trijumeau), comme le ganglion lui-même, est fortement congestionné; tous les vaisseaux sont bourrés de globules sanguins. En cutre, le tronc nerveux
op
présente sur des coupes transversales des cellules blanches incolores, rondes ou ovales, qu’on retrouve dans le ganglion entre les cellules ganglionnaires. Ces cellules blanches accompagnent les capillaires et les filets nerveux qu’elles séparent.On les retrouve autour des cellules ganglionnaires qu’elles compriment, qu’elles déforment.
Benedikt a signalé des lésions d’inffammation el de désintégration. Il décrit, dans les centres nerveux des rabiques, la diapédèse des globules blancs formant des noyaux autour des vaisseaux et insiste sur la forme miliaire des foyers pathologiques.
Balzer a vu les altérations propres aux neurones des centres.
Gowers confirme ces résultats. Il précise en ajoutant qu'il a vu les veines présenter des agrégations de petites cellules dans l’intérieur des gaines périvasculaires formant une ou plusieurs couches et.se groupant en masses assez compactes pour comprimer le vaisseau qu’elles entouraient. :
En 1881, Kolesnikoff décrit une altération inflammaloire des vaisseaux sanguins caractérisée par :
1° Une prolifération des cellules endothéliales ;
oo Une prolifération du tissu conjonctif dans la tunique externe infiltrée en outre par les éléments lymphoïdes ; !
3° Une accumulation des mêmes éléménts entre la a externe et la moyenne ;
° Une infiltration de même nature dans l'épais seur or la lunique moyenne, avec prolifération des
SCT
éléments musculaires. Ces lésions sont d’abord nodulaires.
A côté de ces lésions vasculaires bé connues, Babes, en 1587, montre que les lésions les plus constantes sont dé nature microscopique et siègent surtout dans la substance grise qui entoure le canal cérébro-spinal et dans les noyaux moteurs du bulbe et de la moelle.
On constate d’abord de l’hyperhémie et de l’accumulation des cellules embryonnaires autour des petits vaisseaux d’origine périthéliale ou migratrice. Quant à la lésion des cellules nerveuses, elle con-
siste dans des signes de prolifération ou dans une dégénérescence uniforme et souvent vacuolaire avec phénomènes du côté du noyau consistant en une réduction et même dans sa disparition complète, ou bien avec effacement de son réseau chromatique.
Ces cellules renferment souvent du pigment et des éléments ronds le plus souvent mononucléaires, envahissent le protoplasma même de la cellule et remplissent les espaces lymphatiques péricellulaires dilatés en formant de petits noyaux.
Gianturco, dans un cas d’autopsie d’un jeune homme mort rabique quarante et un jours après avoir été mordu par un chien et après avoir présenté des symptômes prédominants de paraplégie, a observé une périépendymite étendue de la région lombaire au bulbe, avec infiltration leucocytaire à nodules miliaires autour du canal central et des vaisseaux de la corne antérieure. Les cellules de cette corne pré-
senlaient des degrés divers d’altérations atrophiques allant jusqu’à la complète disparition du noyau et du nucléole.: |
En 1894, Golgi publie les résultats de ses recherches histologiques et décrit trois sortes de lésions :
Tuméfaction des noyaux, modifications accompagnant la karyokinèse et apparaissant d’abord dans l’endothélium des vaisseaux sanguins, puis dans les cellules de la névroglie et enfin dans l’épithélium de l’'épendyme.
Les altérations des cellules nerveuses sont constantes et assez étendues. Elles portent sur la forme et la structure et consistent, en une vacuolisation parfois si prononcée que la cellule présente laspect d’une éponge. De plus, on peut constater une atrophie progressive des prolongements cellulaires et du corps même de la cellule. A un stade plus avancé, on observe parfois de la dégénérescence qui peut aller jusqu’à la destruction complète des élé- | ments dans certains cas de rage paralytique.
Quant aux altérations des ganglions intervertébraux, elles consistent en formation de vacuoles, en dégénérescence granuleuse de leurs cellules, avec dilatation de leurs vaisseaux sanguins et amas leucocytaires. |
Germano et Capobianco attachent. une grande importance aux lésions de la névroglie consistant surtout en hyperplasie et hypertrophie de ses éléments. Il y a des altérations anatomiques constantes
— Poens
attaquant tous les éléments du tissu nerveux avec prévalence dans les régions motrices. Ces auteurs notent aussi une phlogose aiguë du tissu nerveux avec dégénérescence des cellules nerveuses. L’hypertrophie et l’'hyperplasie contribuent probablement de
. leur côté au sphacèle des cellules et des fibres ner-
veuses.
Nagy a étudié surtout les modifications de la chromatine contenue dans les cellules nerveuses.
Dès le début de l'infection, on observe un processus
de chromatolyse, ou bien encore la cellule nerveuse
elle-même s’atrophie ou se morcelle. Au moment de
Papparition de la fièvre et des phénomènes d'excita-
tion, la chromatolyse devient intense et se généralise.
Du côté de la substance blanche des centres, on constate parfois une hypertrophie du cylindraxe, des varicosités, des hémorragies légères, des concré-
tions amyloïdes.
Van Gehuchten et Nelis pensent que la rage est une infection spécifique du système nerveux se manifestant par une légère encéphalo-myélite mais sur: tout par une ganglionite cérébro-spinalé et sympathique caractérisée par la production d’une néoplasie
/ infectieuse. Il y aurait, selon ces auteurs, un rappro-
chement à faire entre la rage et d’autres maladies infectieuses telles que la tuberculose, la syphilis, la morve, la lèpre. S’ilest vrai que le nodule rabique peut se fixer dans n'importe quelle partie du névraxe, il se localise néanmoins de préférence et d’une façon précoce et constante dans les ganglions spinaux,
craniens et sympathiques. Le processus rabique affeeterail en quelque sorte une électivité toute spéciale pour les ganglions.
L'existence de ces nodules aurait en outre une valeur diagnostique considérable, en permeltant de constaler rapidement si l’animal mordeur était enragé ou non et supprimerait ainsi la longue attente de l’inoculation. |
Pour J. Crocq, ni les lésions vasculaires et cellulaires décrites par les auteurs antérieurs à Van Gehuchten, nila lésion capsulaire découverte par lui ne sont, à proprement parler, spécifiques de la rage. Les premières ne sont que les manifestations d'une inflammation et d’une infection suraiguës des centres nerveux ; la deuxième semble résulter des conditions spéciales dans lesquelles se trouvent cerlains organismes profondément intoxiqués.
Il y aurait plutôt une toxi-infection suraiguë povoquant des altérations profondes, physiques ei chimiques, sans spécificité -propre, dans tout le névraxe et les ganglions périphériques, et ces lésions expliqueraient relativement facilement la physiologie pathologique de la rage.
Paviot et Lesieur signalent Ja présence d’embolies capillaires de polynucléaires dans les ganglions spinaux etsympathiques, la moelle, le cerveau et le cervelet ; lésions précoces consistant en engorgement leucocytaire dans les capillaires. :
Courmont et Lesieur ont constaté chez l'homme atteint derage une hyperleucocylose du sang pen-
dant la période terminale avec polynucléose neutro-
phile intense. D'un autre côté, le liquide céphalo-
rachidien serait le siège d’une polynucléose très nette
au moment de la mort et même dans le cours de la
maladie. |
En 1903, Négri crut avoir trouvé enfin la lésion
vraiment spécifique de la rage dans le cerveau de chiens morts de cette affection. Ces corpuscules,
‘ trouvés par Négri dans la corne d’Ammon et consi: dérés par lui comme des parasites, sont de forme el
de taille variables, de structure vacuolaire et occupent le plus souvent le corps de la cellule. Ils furent retrouvés par nombre d'auteurs dans le cerveau de l’homme, du chat, -du cheval, du bœuf et
non plas seulement dans la corne d’Ammon, mais aussi dans les cellules dé Purkinje du cervelet, dans
les grosses cellules du cerveau postérieur, et plus
tard dans le ganglion de Gasser, la protubérance et
la moelle dorsale. Des examens de contrôle furent
pratiqués, portant sur le tétanos, empoisonnement par la strychnine,la maladie des jeunes chiens, l'épilepsie. En aucun cas, au cours de ces examens, on ne retrouva de corpuscules de Négri vrais, et on put croire un instant que lon élait en présence de la véritable lésion spécifique de la rage.Peu à peu cependant, les recherches expérimentales se succédant, des constatations nouvelles vinrent battre en brèche cette conception et diminuer l'enthousiasme qu'elle avait tout d’abord provoqué. Poor avait déjà rencontré chez un cobaye tétanique quelques petites
inclusions analogues aux formes minuscules des corpuseules de Négri. Lina Luzanni reconnut plus tard que, chez le chat tout au moins,on peut retrouver dès corps de Négri typiques en dehors de toute infection rabique el les voir manquer au contraire chez les chats en puissance de rage.
Pace a retrouvé ces corpuscules ou du moins des corps très analogues dans le cerveau de trois personnes mortes de vieillesse, d’embolie cérébrale et d'insuffisance aortique ; Babes, dans un cas d’intoxication par l’arsenic.
Comment interpréter cette lésion ? Suivant A.Marié «on est porté à conclûre que les corps de Négri représentent un mode assez général de réaction de la cellule nerveuse non pas contre des micro-organismes, comme le pensait Babes, mais contre des poisons de nature différente ». : à
Comme on le voit, malgré les nombreuses recherches qui ont été faites, il n’est pas possible, aujourd’hui encore, d’assigner à la rage une lésion caractéristique, spécifique à quoi on puisse reconnaitre à l’autopsie d’un animal s’il était ou non atteint de la maladie, « Si la constatation des lésions macroscopiques des centres nerveux,la constatation des lésions caractérisques du ganglion noueux du vague des animaux morts de la rage sont encore les moyens les plus simples et les plus sûrs de diagnostiquer la rage chez l'animal mordeur et de pouvoir l’affirmer vraisemblablement, leur absence, en tout cas, ne suffit pas pour exclure d’une façon absolument décisive
TI
l'infection rabique. »(J. Crocq,Journal neurol.,1900.)
Nous ne connaissons ni la nature ni l’action du virus rabique, et c’est encore là un des côtés mysté- rieux d’une maladie qui n’a cessé d’intriguer le monde scientifique depuis que ses manifestations cliniques sont connues.
ÉTIOLOGIE
Dans ce chapitre, nous aurons surtout en vue les causes qui peuvent égarer le diagnostic en faisant passer inaperçue la ‘contamination. La personne inoculée avec la salive d’un animal rabique ne se préoccupe généralement de la chose que lorsque l’inoculation a été faite par une morsure d’un animal manifestement malade. Dans ce cas, elle n’hésitera pas à aller suivre le traitement à l'Institut Pasteur. Mais il est des circonstances où le malade n’aura pas conscience d’avoir été infecté. On ne croit guère aujourd’hui encore, dans nos campagnes, que la contamination puisse se faire autrement que par une morsure, et on ne pense pas à celle qui peut résulter du léchage d’une plaie superficielle, d’une excoriation de la peau, servant de porte d'entrée au virus. Le D: Ricochon cite à cette occasion un fait curieux. Une bande de moissonneurs poursuivait un chien enragé. L'un d’eux lui donne le coup de grâce avec un échalas de vigne que le chien eut le temps de mordiller et dont le moissonneur s’accompagna jusqu’à son champ. Avec ce bâton, il se fit au doigt une légère écorchure dont il n’eut pas d’ailleurs la
mo
moindre appréhension, ce qui n'empêche pas que, deux mois plus tard, sans avoir été mordu, il fut pris de rage furieuse et succomba dans les quarantebuit heures.
Les muqueuses saines, à part peut-être la pituitaire, ne semblent pas absorber le virus rabique. Il n’en est plus de même quand elles présentent des solutions de continuité. Gauthier publie dans ses Mémoires 2 cas où il obtint la rage chez des chiens en leur faisant ingérer de la viande d'animaux moris de la rage. Pace, cité par A. Marie, rapporte le cas d’un individu mort de la rage un mois après s’être fait introduire dans le nez la langue de son chien. On comprend que dans ces conditions, les malades eux-mêmes ne se doutent pas du danger qu'ils courent.
Les coups de griffes peuvent se montrer tout aussi dangereux. L'observation de Demmler en est un exemple. st |
OBSERVATION I
(Demmiler. — Progrès médical, 1906.)
En 1887, étant médecin chef de l'hôpital d'Haïphong, je fus prié par le médecin de la colonisation de voir un jeune homme de quinze à seize ans atioint. disait-il, de « mal de gorge », Mis en présence du malade, je fus d’abord frappé par l'éclat du regard et du facies (yeux brillants, facies d'excitation) en l'absence de tout phénomèue fébrile. Quand
je voulus examiner la gorge, ce malade, à l’aspect de la cuil-
x ee 35 DES
lère, eut un moment d’appréhension insolite et de spasme manifeste. J ‘aperçus en même temps, au coin de la narine, une légère cicatrice d'éraflure. Mis en éveil par tous ces signes, je demandai aux parents la provenance de cette. légère lésion. On me répondit, sans y attacher d'importance, que, trois semaïnes environ auparavant, en jouant avec un petit chien, le jeune homme avait été griflé au visage. Ce chien était le deuxième d’une portée qu’allaitait la mère. Avec beaucoup de prudence, j'insistai sur l’interrogatoire et j'appris que la mère avait été abattue quelque temps après à cause de sa méchanceté'et de son état maladif (on ne prononçait pas le mot rage) et que les petits étaient morts ensuite. Sûr de mon diagnostic, persuadé qu’en léchant ses petits, la mère avait dû déposer sur leurs griffes des germes rabiques, je ne dissimulai pas aux parents mes inquiétudes. Elles ne tardèrent pas à être justifiées. Le lendemain, des symptômes de rage bien confirmés éclatèrent chez le jeune homme, affectant surtout une forme délirante. Il succomba au bout de deux ou trois jours.
Remlinger cite les observations de trois personnes mourant de la rage à la suite de coups de griffes. Dans la dernière, la plus intéressante. il s’agit d’un vétérinaire appelé à soigner un jeune chien, sans appétit depuis deux jours. Au cours de l'examen, il reçoit à la lèvre inférieure un coup de griffe formant une plaie de 2 centimètres immédiatement cautérisée. Le chien meurt huit jours plus tard sans avoir présenté d’autres symptômes qu’un amaigrissement progressif. Inoculations du bulbe positives.
PR dE
Le blessé commence le traitement antirabique à l'Institut de Budapest mais trop tard, et meurt de la rage.
Le chien et le chat peuvent se lécher leurs pattes et les humecter de salive virulente, ou bien c’est en marchant dans leur bave répandue à terre, quand la maladie est déclarée, qu'ils peuvent se souiller et rendre ainsi dangereux leurs coups de griffes.
Dans l'observation de Remlinger, nous avons vu que le chien n’avait présenté pour tout symptôme qu'un amaigrissement progressif. La rage canine présente souvent en effet un polymorphisme qui peut dérouter et éloigner de l'esprit toute idée de rage chez l’animal. Dans le peuple, on ne connaît que la rage furieuse caractérisée par l’hydrophobie «& le grand symptôme », mais on ignore complètement la rage paralytique. On ne saurait trop se mettre en garde contre cette idée fausse que l'on se fait de la rage du chien sur la foi même du mot qui sert à la qualifier. La maladie n’est pas toujours accompaguée de fureur. Le seul symptôme pourra être la faiblesse musculaire ou la paralysie. L'animal reste couché, assoupi. Il ne cherche pas à mordre car il ne le veut pas et ne le peut pas, sa mâchoire étant paralysée. En pareil cas, les personnes de la maison pourront rester plusieurs jours en contact avec une bête enragée sans se douter le moins du monde du danger auquel ils sont exposés, car. il faut bien savoir que la bave est aussi virulente que dans la forme furieuse, |
nn
Il y a plus, le chien pourra être dangereux pendant la période d’incubation, alors même qu'il ne présentera aucun symptôme alarmant, et que, au contraire, il manifestera une exagération de ses sentiments d’affection envers ses maîtres. Roux et Nocard, Nicolas ont montré que la salive est virulente un, deux et trois jours avant qu’il soit possible de noter le plus petit changement dans l’état général ou les habitudes du chien en expérience, si ce n’est un excès de gaieté contrastant avec l'aspect sous lequel on se représente généralement un animal enragé.
Gobhier à vu des chiens mordeurs ne pas présenter de signes de rage pendant les deux, trois jours qui
suivaient la’ morsure et qui étaient cependant rabiques.
Youait rapporte qu un enfant qui voulait enlever à un chien sa pitance du matin reçut de celui-ci une légère morsure qui ne paraissait en aucune façon dangereuse. Huit jours après, lés symptômes de la rage apparurent chez le chien ; la maladie suivit son cours et l’animal mourut. Au bout de peu detemps, l'enfant tomba malade, les symptômes caractéristiques de la rage se manifestèrent d’une manière non douteuse, ils suivirent leur cours habituel et l'enfant succomba. :
Pampoukis cite le cas d’un chien qui, après avoir mordu une femme, continua à se bien porter pendant huit jours. À ce moment, la maladie s’est déclarée et il a mordu deux enfants qui ont suivi le traitement et ont guéri; mais la femme qui avait été mordue la
Bregeon re à 3
première, croyant qu’elle était en sûreté parce que la morsure avait eu lieu huit jours avant l'apparition de la maladie chezle chien, ne suivit pas le traitement ; soixante-neuf jours. après elle fut, prise de rage et mourut au bout de deux jours.
Dans un cas. de Zaccaria, la salive se montra.virulente treize jours avant l'apparition des symptômes chez le chien.
D'un autre côté, il semble établi que la rage peut évoluer dans certains cas chez le chien sous une forme ‘atténuée et curable, comme Bouley l’admettait il y a
déjà plusieurs années. à
C’est aujourd’hui-un fait acquis, lout au moins en ce qui concerne la rage expétinenisles Il existe un certain nombre d'observations, rares à la vérité, qui. démontrent que, exceptionnellement, la maladie peut évoluer vers la guérison, À ce point de vue, il nous semble intéressant de signaler les expériences de Decroix et de Remlinger, expériences offrant toutes les garanties possibles, car elles furent le résultat d’inoculations.
Expériences pe DEcrorx La
I. — Un chien est inoculé avec la bave d'un chien reconnu enragé à l'autopsie. Ce chien fut enfermé dans uneécurieavec un autre chien également inoculé. Ce ‘dernier mourut de rage calme douze jours après l’épreuve. Quant au premier, il présenta d'abord quelques signes anormaux: vomisse-
ments après les repas, tristesse, insensibilité aux caresses,
irritabilité. Puis survint une grande agitation qui diminua dans les jours suivants et fut remplacée par une grande faiblesse qui força l'animal à rester couché. Cependant, les jours suivants, l'animal est plus éveillé, moins triste. IL put se lever. La gaieté reparaît, la voix est redevenue normale. L'animal, guéri, fut relâché.
IT. — Decroix inocule à une chienne la rage d’un homme, Quinze jours après apparaissent tous les symptômes de la maladie : agitation, besoin de mordre, perte d’appétit, diffi- culté de la déglutition, voix rabique, regard sombre et flamboyant tour à tour. Tous ces symptômes diminuèrent progressivement. Avec l'appétit, les forces et la gaieté revinrent
et l'animal guérit complètement.
EXPÉRIENCES DE REMLINGER
I. — Le 7 novembre 1903, un chien de rue reçoit dans la veine jugulaire 5 centimètres cubes d'une émulsion laiteuse
de virus fixe.
21 novembre. — L'animal est inquiet et agité. Appétit diminué.
22 novembre. — Excitation moindre. Parésie du train pos-
térieur. Yeux hagards, inappétence complète,
23 novembre. — Aggravation. Excitations auditives et tactiles provoquant des crises convulsives. +
24 novembre. — Plus d’excitation. La paralysie a atteint les membres antérieurs. Dyspnée.
25 novembre. — La paralysie a atteint les muscles du cou. Respiration affaiblie. Perte de connaissance. On attend la
mort de l'animal d’un moment à l’autre,
A-partir de ce moment, une amélioration survint qui alla progressivement jusqu’à la guérison complète qui eut lieu
vers le 15 décembre.
Expériences de contrôle.
A. — Avec le sérum de ce chien émulsionné avec du virus fixe, on inocule deux lapins sous la dure-mère. Tous deux succom bent l’un le quatorzième, l’autre le quinzième jour.
B. — Trépanation du chien avec du virus fixe. Aucun symptôme morbide. Après deux mois. il est vivant et bien portant.
II. — Le 28 novembre 1903, un chien ds rue reçoit 8 centimètres Cubes d'une émulsion laiteuse de virus fixe.
Le 10 décembre {douzième jour). — Légère parésie du train postérieur, inappétence. 3
11 décembre. — Paralysie plus a: accusée. Anorexie absolue.
Cet état reste stationnaire les j jours suivants.
À partir du 15 décembre, l'amélioration survient qui persiste jusqu'au 18, date à laquelle on peut considérer l'animal comme guéri.
Les expériences de contrôle A et B ont confirmé la rage
- chez cet animal. Pour B le témoin choisi a contracté la rage.
De ces faits, il ressort que la rage expérimentalechez le chien peut guérir. Il est probable qu’il en est de même pour la rage clinique bien que sa guérison p’ail pu être encore saisie sur le vif. De nombreux arguments toutefois, tels que l’unicité du virus sont de nature à faire admettre que ces deux
variétés ne se comportent pas de façon différente. Hypothèse que semblent confirmer les observations suivantes. |
Youatt rapporte avoir vu évoluer chez un chien tous les symptômes de la rage. « Ce chien était évidemment enragé et de la manière la plus indéniable, je ne pouvais m'y tromper. Mais au bout d’un certain temps, les symptômes s’atténuèrent peu à peu pour disparaître complètement. »
Le D' Chardon cite un cas de guérison chez un chien qui, reconnu enragé, fut plongé dans l’eau jusqu’à ce qu'il ne présentät plus signe d’existence.
Tabourin écrit: «On a observé à l'École de Lyon plusieurs cas de guérison de rage par les seuls efforts de la nature. »
Le D' Ménécier a observé également plusieurs cas
de guérison spontanée à la fourrière de Marseille. Ayant inoculé la salive d’un chien enragé à d’autres animaux, ceux-ci moururent de la rage alors que le chien mordeur guérit.
- Trasbot a vu une chienne qui, après avoir manifesté successivement tous les symptômes rabiques: tristesse, exaltation de la sensibilité, hallucinations, paralysie de la mâchoire inférieure, se remit lentement et guérit. |
Des faits analogues ont été constatés à l’Institut Pasteur, dans ces dernières années. Des chiens ont survécu, auxquels on n'avait inoculé aucun préservalif. HER | On voit d'ici l'importance de cette notion, au point
de vue spécial qui nous occupe. Il est classique de dire qu’une personne mordue par un chien est à l'abri de tout danger, si l’animal qui a causé la blessure est encore en vie huit jours après avoir oceasionné celte dernière,car alors il ne saurait être question de rage,
11 y a mieux, l'animal pourra être encore dangereux alors même que, par miracle, il aura échappé à la mort. Remlinger a montré que la salive est virulente chez le chien guéri de la rage. Il inocule, dans l’œil, un chien de rue avec du virus fixe lé 27 septembre. Le 23 octobre début assez brusque d’une rage à caractères mixtes, furieuse et paralytique. Cependant les jours suivants les symptômes s’amendent. À partir du 28 octobre, le chien commence ‘à s’alimenter et le 5 novembre, il peut être considéré comme guéri, Tous les trois ou quatre jours, du 30 octobre au 20 novembre,un tampon d’ouate hydrophile imbibé d’eau stérilisée a été monté sur une - pince à forcipressure, promené en tous sens dans la gueule du chien, puis exprimé avec soin. Le liquide obtenu était inoculé chaque fois dans.les muscles de la nuque de deux cobayes.
Il s'agissait bien de rage chez ce chien, puisque des deux cobayes inoculés le 30 octobre, alors que l’animal était encore très malade, l’un a succombé vingtneuf jours plus tard à une rage paralytique classique. Des deux cobayes inoculés avec la salive du 10 novembre, c’est-à-dire cinq jours après la guérison du chien, l’un est mort de rage-au soixante et unième
jour. Le diagnostic ‘a été confirmé par deux passages chez le lapin. Et, ajoute Remlinger, il est très probable que ce chiffre de 5 est inférieur à la réalité.
On conçoit très bien qu’une personne inoculée dans de pareilles circonsiances ne prenne aucune précaution. L'animal mordeur ne peut, avec les idées reçues actuellement, lui paraître suspect puisqu'il n’était plus malade au moment de la blessure.
Ce ne sont pas d’ailleurs les canidés seuls qui peuvent transmettre la rage. Les herbivores peuvent le faire, dans des conditions analogues, les véhicules et les vecteurs du contage. La chose estd'autant plus importante ‘à connaître que, chez eux, la maladie peut évoluer d’une façon tout à fait différente de la manière ‘classique. C’est ainsi qu’elle peut simuler une angine suraiguë avec symptômes pharyngiens intenses. Si l'animal n'est pas examiné par un vétérinaire averti, mais par un empirique comme cela a : souvent lieu à la campagne, la nature du mal pourra être méconnue. Les troubles pharyngiens pourront être mis sur le compte d’un corps étranger volumineux de la gorge et inciter à une exploralion qui pourra être des plus dangereuses.
Dans ces dernières années, l’attention a été attirée sur la réceptivité du rat et de la souris an virus rabique et Sur le rôle que pouvaient jouer ces animaux dans la pathogénie rabique. França a obtenu des résultats positifs en injectant du virus fixe entre les muscles de la nuque chéz la souris. Chez ces rongeurs, comme le montrent les expériences de Rem-
— 44 — | linger, la maladie est souvent d’origine alimentaire. 11 n’est pas impossible non plus que, mordus par un chien ou un chat enragés, ils ne guérissent de leurs lésions. C'est du moins l’avis de Remlinger. On ne saurait donc. attacher trop d'importance à la morsure de ces animaux. Une observation de Remlinger semble inviter à la prudence en pareil cas. Il s’agit d'une jeune fille qui fut prise tout à coup d’hydrophobie et chez qui fut diagnostiquée la rage. Au seplième jour, survint une paraplégie qui suivit une marche rapidement ascendante. Mort le surlendemain, soit neuf jours après le début des accidents. Cette jeune fille qui n'avait jamais été‘mordue ni léchée par un chien ou un chat enragés ou suspects, se rappelait que, six mois auparavant, alors qu’elle se trouvait dans la cave de sa maison, elle avait été mordue au doigt par une souris qui s'était jetée sur elle et lui avait paru singulièrement agressive.
Enfin, nous savons aujourd’hui, par les résultats des méthodes expérimentales qu'il n’y a guère d'espèces animales qui échappent à la rage et ne puissent la transmettre. Dans une de nos observations, nous voyons un écureuil se faire l'agent de contagion.
Qu'il nous suffise de dire combien ces diverses causes pourront êlre un sujet d’embarras pour le médecin, surtout quand la maladie déclarée chez l'individu affectera une des formes anormales que nous décrirons dans un prochain chapitre, ou bien quand le malade lui-même égarera le diagnostic soit
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pour ne pas effrayer les siens, soit par peur pour lui-même (il existe encore un préjugé dans nos cam pagnes, qui veut que l’on se débarrasse des personnes enragées), soit enfin par incurie ou ignorance. À ce dernier propos, nous rapporterons l'exemple suivant montrant la négligence des autorités municipales à la campagne, et l'ignorance de quelques cultivateurs en matière de rage.
Un cultivateur du Puy-de-Dôme nommé F..., avait une chienne qui disparaissait le 13 août 1888, après avoir mordu dans la ferme, une vache, un bœuf et une génisse.
La vache fut prise de rage et mourut le 15 septembre.
Le bœuf et la génisse succombérent également, l’un à la fin du mois de septembre, l’autre le 1°" janvier 1889,
Cette chienne allaitait un petit chien qui, vers le 1e novembre 1888, changea de caractère, devint agressif et mordit les enfants et la femme du fermier On le tua.
Un des jeunes enfants mourut de rage le 3r jan- - vier suivant,
Un chat de la ferme, mordu par le chien succomba également à la rage. : |
Après la mort de l’enfant, le médecin qui le soignait, conseilla de faire le voyage à Paris à F... et à sa femme qui, malgré tous ces accidents successifs, avaient encore la conviction que leurs animaux
n'étaient point morts de la rage.