La rage & st-Hubert
b il est « un mal qui répand la terreur », c est bien la maladie, d’origine encore inconnue, qui rend le chien fou1, c'est bien celte démence, étrangement contagieuse par la salive. Les découvertes de M. Pasteur ont ajouté un remède certain et bénin au remède héroïque de la cautérisation au fer rouge, trop souvent impraticable parce qu’il doit être immédiat. Un mal aussi répandu et aussi désespéré que la rage a donné lieu à bien des croyances et à bien des pratiques, et comme ce mal était jusqu’à M. Pasteur resté à peu près en dehors de la médecine, puisque celle-ci était impuissante, ces croyances et ces pratiques se sont conservées jusque sous nos yeux mêmes, tandis que pour les aulies maladies, le médecin a, peu à peu, remplacé « 1 homme à secrets », le sorcier, le thaumaturge.
La médecine est sortie de la sorcellerie, comme la science est sortie de l’empirisme : les hasards de l’observation, les tâtonnements dans l’essai des vertus des plantes et des minéraux, les théories philosophiques sur la sympathie et les
1. Dans plusieurs provinces, pour« chien enragé », on dit « chien fou » et quelquefois « chien malade. » (E. Rolland, Faune populaire de la l1 rance, t. IV, p. 74.) De même en anglais et en allemand.
LA RAGE
2 introduction
rapports mystérieux des choses et des êtres, avaient suscité une foule de remèdes et de pratiques qui fuient la p: mière pharmacopée et la première thérapeutique. Mais comme l’homme vivait dans le surnaturel et par le sui naturel, qu’il ne voyait dans les êtres et dans les forces de la nature que des personnalités et des volontés semblables a la sienne, comme il projetait son imagination sur la nature cl qu'une observation restreinte ne faisait quaugmencr ses illusions, il joignait à ces premiers remèdes des nies propitiatoires, des paroles mystérieuses, des cérémonies qui devaient conjurer les mauvais esprits et requent esprits secourables. Ce qui inspirait confiance, ce qui semblait guérir, c’était justement l’élément mystérieux, surnaturel religieux du traitement : c’était encore la sorcellerie instinctive des peuples non civilisés, ce n’était pas encore la médecine. Puis, quand la médecine estnee, les vieilles pratiques se sont conservées et conlinuées, par une tradition non interrompue, dans les couches profondes des sociétés qui sont civilisées à leur niveau supérieur et moyen. Les croyances, les pratiques et les superstitions du peuple ont été la science des âges précédents ; c’est là leur interet pour l'histoire de l’humanité ; c’est aussi la raison d être d’études où l’on s’occupe de détails vulgaires, d apparence futile ou ridicule.
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