CHAPITRE TROISIÈME
comme un impie et comme un ennemi de la religion. L’instrument a la forme d’une gouge. Il y a environ cinquante ans, l’autorité civile voulut mettre fin à l’emploi de « la clef de saint Hubert » et elle demanda qu’on lui livrât la clef. On lui remit une fausse clef, faite sur le modèle de la vraie. L’autorité s’aperçut de la fraude et emprisonna quelques jours plusieurs habitants de Grœningen ; mais rien u’y fit; la clef resta cachée. Plus tard, après diverses aventures dont une assez comique (la clef était tombée dans le fumier), la clef reparut au jour et on recommença à s’en servir. On ne cautérise pas la morsure, mais on marque à la main gauche, au-dessous du pouce, la personne mordue, et les assistants disent un Pater. C'est le forgeron qui fait l’opération et reçoit pour cela un bon pourboire. On vient, ou du moins on venait de loin à Grœningen pour se faire marquer ; autrefois môme on venait en chaise de poste chercher la clef à Grœningen pour marquer des hommes et des bestiaux.
Dans une abbaye du Jura, à Rozières, on avait deux croix do fer avec lesquelles, de temps immémorial, sans que l’on connût l’origine de la coutume, on marquait hôtes et gens mordus. Il n'existe plus aujourd’hui aucun vestige de ce monastère ; mais le fait nous est conservé dans un inventaire rédigé en 1714 par un prieur du couvent. Ici saint Denis est associé à saint Hubert.
La manière de marquer soit personnes, soit animaux mordus est telle : On fait chauffer la croix... en sorte qu’elle soit toute rouge; après quoi le prêtre qui doit marquer prend une étole, qu’il met à son col sur ses habits propres, prend le coin convenable et en touche et brûle assez légèrement l’endroit où la personne aura été mordue et blessée en quelque part que ce soit (car si c’était en quelques partie honteuse, comme au derrière, la modestie veut qu’on marque telle personne en quelque place et lieu écartés où personne ne le voie). Le prêtre en marquant dit cette petite oraison : per mérita S. Dionisii et S. Huberti sanette Dominas... Pourquoi le patient mordu fait son offrande à sa dévotion, et va dire
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
devant l’autel de saint Denis cinq Pâte r et cinq Ave Maria ou autres prières.
Si le prêtre marque des animaux, on leur bande les yeux pour ne pas les effaroucher ; il prend la croix simple qui n’a qu’un croison, ilia fait bien chauffer et rougir pour en marquer et brûler non seulement le poil de la bête, mais même un peu la peau des bêtes mordues en disant l’oraison ci-dessus. Après quoi celui à qui appartiennent les bêtes fait son offrande et dira cinq Pater et cinq Ave Maria, à l’honneur des glorieux saint Denis et saint Hubert.
Si des troupeaux de bêtes avaient été mordus tous ou une grande partie, un religieux va à leur village, pour marquer leurs bêtes l’une après l’autre, ainsi que je l'ai vu pratiquer céans, et ensuite la communauté ou les échevins donnent en offrande quelque chose pour l’église ou donnent pour dire quelques messes L
Ou a signalé encore d’autres « clefs de saint Hubert » de formes qui ne sont ni celles d’une clef ni même celle d’un cône. A Liège, c’était un anneau ; à Utrecht, une croix de fer 1 2.