CHAPITRE TROISIÈME
n’ai pu obtenir, malgré mes instances, copie de cette formule de bénédiction qui m’eût intéressé à un haut degré. » Mgr Barbier de Montault pense que « la forme actuelle de la clef de saint Hubert doit être relativement moderne, et le cornet lui-même dépasse tout au plus la fin du moyen âge ». Et quant à l'opinion qui voudrait faire du cor figuré à l’extrémité la représentation du sceau même du saint, il la réfute en quelques mots : « Mais il reste à démontrer que le disque, marqué d’un cornet, est fait à l’image du sceau de saint Hubert. Qu’il ail eu un sceau, je n’en doute pas ; que ce sceau ait représenté, comme meuble héraldique ou autre, un cor de chasse, là est la question. Pour un évêque de ce temps, il serait au moins singulier et inouï qu’en souvenir de sa vie mondaine, il eut gardé un signe aussi peu chrétien ! Les sceaux publiés par le commandeur de Rossi dans le Bulletin d'archéologie chrétienne ont une autre tournure et d’autres symboles h »
L’emploi des clefs de saint Hubert était assez fréquent en France et en Allemagne, mais il ne paraît pas qu’elles provinssent toujours de Saint-IIubert d’Ardenne. On donnait le nom du saint de la rage à des clefs destinées à marquer les animaux ; cela est évident pour celles de ces clefs qui ont été décrites par les archéologues et qui ont bien la forme d’une clef, non d’un cône. Tel est le cas de la clef de saint Hubert à Oyré (Vienne), dont Mgr Barbier de Montault a donné le dessin. Elle est conservée dans la chapelle de Saint-Hubert, à quatre kilomètres du bourg d’Oyré, et lieu de pèlerinage. « Chauffée à blanc, celte clef servait à cautériser les morsures de la rage dans la chapelle du pèlerinage. » — Tel est aussi le cas d une clef de saint Hubert qui est en usage dans la ville de Loudun, au diocèse de Poitiers. C’est dans l’église de Saint-Hilaire; un petit autel est dédié au patron des chasseurs; le tableau de retable rappelle sa conversion. « Le sacristain de l’église était en
l. Mgr Barbier de Montault, loc. cil., p. 70.
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
possession de donner la clef de saint Hubert aux chiens, c’est-à-dire de la leur appliquer au front, après l’avoir chauffée jusqu’au rouge1. » Loudun a même vu de notre temps une concurrence laïque au remède du sacristain. « Un taillandier s’est avisé d’entrer en concurrence en s’attribuant le droit de marquer les chiens. Il s’est donc fabriqué à lui-même une clef, et, pour cinquante centimes, il l’applique à chaud chaque fois qu’il en est requis. » Pour le public, c’est toujours une « clef de saint Hubert », et il paraît que les deux clefs, sacrée et profane, ont le même succès. — C’est encore une clef en forme de clef que l’on a trouvée à Arrières (Puy-de-Dôme). « Elle a été trouvée murée dans un vieux bâtiment, où l’on pense qu elle avait été placée en 1793. Elle ne mesure pas moins de 0m,46 de longueur, sans doute afin de permettre d’approcher sans danger des animaux mordus 2. »
Nous avons vu citer d’autres clefs de saint Hubert, mais sans qu’on en dise la forme ; par exemple, dans le Berry3 4 5 6, en Champagne \ en Bavière 3.
À Grœningen en Franconie (Wurtemberg), (le pays est pourtant protestant), il y a une clef de saint Hubert célèbre dans tout le pays0. On ne dit pas qu’elle vienne de Saint- Hubert d’Ardenne, car, d’après la légende locale, elle a une origine miraculeuse. 11 y a longtemps, bien longtemps, on la trouva dans le creux d’un chêne avec un billet où était écrit en lettres d’or la manière de s’en servir. Ce billet est perdu depuis longtemps, mais cela ne fait point de tort à la clef; car, si on doutait de sa vertu, on serait regardé