CHAPITRE TROISIÈME
légende que nous avons rapportée plus haut, cette clef lui aurait été apportée du paradis par saint Pierre lui-même. D’après les écrivains qui rationalisent les légendes, c’est en signe d’estime que l'évêque de Liège aurait reçu du Saint- Siège cette clef qui est encore conservée dans le trésor de l’église de Sainte-Croix à Liège.
Le don le plus précieux, dit M. Demarteau, que faisait alors le pape aux rois ou aux grands évêques qu’il tenait à honorer d’une marque suprême d'estime, était celui d’une clef- reliquaire, dans la poignée ouvragée de laquelle on renfermait un fragment des chaînes de saint Pierre. Saint Grégoire le Grand, par exemple, avait envoyé une dizaine de clefs de cette sorte au roi des Wisigoths Kécarède, au roi de France Childebert, au patriarche Anasthase, à l’évêque Colombus, etc. Les papes Vitalien, saint Grégoire III, saint Léon III, saint Grégoire VIT Limitèrent L
Ce serait donc un cadeau analogue à celui de la Rose d’or que le pape envoie de temps à autre aux princesses de notre temps.
Ces clefs sont originairement les clefs qui servaient à fermer les grilles ou cataractæ de la confession1 2 de saint Pierre à Rome. On les donnait d’abord comme souvenir de pèlerinage à des personnes qui naturellement en fournissaient d’autres ; plus tard, on en envoya en cadeau à de grands personnages, comme le dit M. Demarteau. Un passage des lettres de saint Grégoire le Grand 3 nous apprend qu’on distribuait aussi de la limaille des chaînes de saint Pierre dans de petites clefs d'or. Des textes assez nombreux de cette époque parlent de clefs de saint Pierre, sans qu’on
1. Demarteau, dissert, de 1877, p. 20 ; cf. dissert, de 1882, p. 10. — Voir aussi les passages des œuvres de Grégoire le Grand cités à la table des matières (s. v. Claves ) du tome LXXVII de la Patrologie laline de Migne.
2. La langue ecclésiastique donne le nom de confession à l’autel élevé sur la tombe d’un martyr.
3. Epist. I, vu, 26. — Cité par Mgr Barbier de Montault, loc. rit. p. 50.
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
puisse distinguer s’il s’agit de clefs de grandeur naturelle ou de clefs minuscules simplement emblématiques. « On avait donc foi (dit Mgr Barbier de Montault), en ces clefs qui provenaient de Rome, soit qu’elles eussent servi à ouvrir et à fermer la confession de saint Pierre, soit qu’elles eussent été faites à l’imitation de celles-ci et remplies de limaille. Des unes et des autres se dégageait une vertu secrète qui motivait la confiance et augmentait la dévotion. »
La clef conservée à l’église de Sainte-Croix de Liège comme ayant appartenu à saint Hubert et qui donne une base matérielle à la légende, n’est ni une clef minuscule ni une clef d’or. Aussi, au xvn° siècle, le R. P. Roberti, un des historiens de saint Hubert, ne crut-il pas à son authenticité : elle était « d'une matière et d’un travail trop grossiers pour croire qu’elle fût la même donnée à saint Hubert par le prince des apôtres » . Et le P. Roberti pensait que la véritable clef ayant disparu pendant les guerres ou les pillages, on l’aurait remplacée par celle que l’on montre aujourd’hui. Les écrivains modernes sont d’un autre avis : ils pensent, il est vrai, que la clef provient, non de saint Pierre, mais d’un successeur de saint Pierre, c’est-à-dire de « Pierre vivant en ses successeurs ». D’après M. Demarteau, « les archéologues n'hésitent pas à lui reconnaître le caractère de Part du temps». M. Demarteau en donne une image dans sa dissertation de 1877 l.
1. M. Demarteau la décrit ainsi : « La clef de Saint-Hubert offre, de l’extrémité du manche à l’extrémité du panneton, une longueur de 37 centimètres. Son manche, creux et de forme ovale, en mesure un peu plus de 8 de diamètre ; il est divisé, au milieu, par une bande horizontale qui en fait le tour et qui se trouve elle-même coupée verticalement par quatre autres bandes allant de l'anneau supérieur à la naissance delà tige. Des huit compartiments ainsi formés, les quatre d’en haut représentent chacun saint Pierre un livre à la main ; les quatre d’en bas, la Majesté de Dieu ; sur les bandes, des figures d’animaux et de plantes, le tout grossièrement ajouré. Dans l’intérieur est enfermé un fragment mobile des chaînes du premier pape, parcelle de quatre millimètres ; on ne connaît plus que celle-là dans une clef de cette sorte. Le manche