CHAPITRE QUATRIÈME
C’est à cela que se borne le rite curatif aujourd’hui. Nous disons aujourd'hui , parce qu’autrefois, le forgeron du village, carillouneur de l’église, posait une clef rougie sur la blessure; <c mais cela ne se pratique plus ». Cette désuétude est caractéristique, et montre bien l’association et le développement des idées. Un procédé curatif d’ordre naturel est associé à une pratique hiératique qui évoque une puissance ou une vertu surnaturelle ; on attribue la guérison à l’élément surnaturel, et on réduit peu à peu le traitement à sa partie hiératique et surnaturelle.
Aujourd’hui, à Lacour-Saint-Pierre, on n'applique plus la clef rougie au feu qu’aux animaux mordus et c’est, paraît-il, le forgeron qui détient la clef. Mais « le forgeron actuel montre si peu d’enthousiasme pour son utile fonction (écrivait-on à Mgr Barbier de Montault), qu’il parlait même de ne plus la continuer ».
L’emploi de clefs dans les cas de ce genre est probablement fort ancien, car il en est fait mention dans le livre de Grégoire de Tours sur les miracles de saint Martin (III, 33). Au pays de Bordeaux, les chevaux étaient attaqués d'une grave maladie. On se rendit à un oratoire de Saint-Martin, faisant des vœux pour demander leur guérison et offrant au saint la dîme de ceux qui échapperaient au mal. On s’avisa alors de marquer tous les chevaux avec la clef de l’oratoire. Ceux qui furent marqués n'eurent point de mal ou bien guérirent.
On ne manqua pas de raisons pour expliquer l’invocation à saint Pierre et l’emploi de sa clef pour la guérison
de la rage. Mgr Barbier de Montault en donne trois1. La
Saint-Sacrement ? Ce sont deux dévotions différentes, qui ne doivent pas être confondues. Il serait donc mieux d’avoir un tronc particulier pour saint Pierre, et l’argent qu’on en retirerait serait affecté, en raison de la piété des donateurs, à l'entretien de l’autel du patron, de son luminaire ou encore à la solennisation de sa fête : telle est la tradition romaine. » Loc. cit., p. 48.
1. Loc. cil., p. 49. Sur le pouvoir des clefs de saint Pierre, voir auss
LA CAUTÉRISATION SACRÉE
première est historique. D’après la Légende Dorée , Simon le magicien avait dressé un gros chien pour harceler et mordre saint Pierre : celui-ci s’en débarrassa par le signe de la croix. La seconde est traditionnelle : c’est l’envoi, par le pape, de clefs provenant de la confession de Saint-Pierre, et ces clefs étaient regardées comme de véritables reliques. La troisième raison est symbolique : la clef représente le pouvoir absolu, car elle a été remise à saint Pierre par Jésus-Christ « pour lier et délier ».
Les théologiens n’ont pas tous approuvé ces pratiques ; elles n’en sont pas moins restées d’un usage assez fréquent jusqu’à notre temps. Voici en quels termes s’exprime Jacques de Saintebeuve : ses paroles montrent qu’on touchait bien d’ordinaire avec un fer chaud. C’est par atténuation — et toujours dans l’opinion que la guérison venait non du fer chaud, mais du rite — qu’on a remplacé la marque douloureuse par un simple attouchement.
Il y a de la superstition d’amener des hommes et des femmes dans l’Église, ou des bestiaux à la porte de l’Église, pour les faire toucher par le Prêtre avec un fer chaud pour la rage : car cet attouchement n’a aucune vertu naturelle ni surnaturelle pour produire l’effet qu’on en attend. Cela se pratique dans Avignon, à la vûë du Prélat : cela se pratique aussi en France en beaucoup d’endroits, et on ne l’empêche pas, non qu’on estime que cela ait une vertu infaillible, mais parce que l’on considère la chose comme un acte de religion, par lequel on se met sous la protection de saint Pierre (on appelle ce fer chaud la clef de saint Pierre) duquel on espère l’intercession pour être préservé de la rage.
Et après avoir cité l’opinion de Cajetan sur les pratiques de ce genre, de Saintebeuve conclut:
Cela est en pratique dans plusieurs endroits, on ne peut l'excuser en soy d’une superstition superflue, quoiqu’on puisse peutêtre excuser de péché ceux qui le pratiquent pour les raisons cy-
Guénebault, Dictionnaire iconographique (Paris, 1843), t. II, s. v. Pouvoir des clefs .