‹ La rage & st-HubertChapitre 131 sur 168 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

dessus exprimées. Tout considéré, j’estime qne c’est une chose à abroger avec prudence par les Prêtres et par les Prélats, à cause que la chose a tout l’air de superstition U

On peut penser que le curé Thiers trouve aussi le remède « superstitieux » ; mais il est intéressant qu’il cite des « Instructions synodales du diocèse de Grenoble » comme condamnant l’usage :

« Les curés auront soin d’abolir la coutume profane et superstitieuse de faire appliquer par les prêtres les clefs de l’église, ou autres clefs, pour guérir les chiens qui sont enragés ou pour empêcher qu’ils ne le deviennent , surtout dans les paroisses dédiées sous l’invocation de saint Pierre1 2. »

Ces rites se mêlaient souvent d’autres pratiques ; celles-ci par exemple, que rapporte le curé Thiers (t. II, 1. IV, ch. n), se rattachent au culte si ancien et si général des fontaines :

Ceux qui mènent leur chiens malades de la rage aux Eglises ou Chapelles de Saint-Pierre, de Saint-Hubert ou de Saint-Denys, les plongent dans les puits ou fontaines voisines, ou leur jettent de l’eau sur le corps, ensuite de quoi ils leur font appliquer à la tète les Clefs de ces églises ou chapelles, ou un fer chaud, et leur font dire des Evangiles, leur faisant mettre le bout de l’étole sur la tête ; ce qui est une Superstition profane, une vaine observance, un faux culte.

Il y a des lieux à la vérité où l’on ne dit pas des évangiles sur la tète des chiens, mais sur la tète de ceux qui les mènent, en vûe néanmoins de la guérison des chiens ; et, en cela, il y a moins de Superstition, mais il y en a toujours, parce que cet usage n’est pas autorisé de l’Eglise, et que l’application de ces clefs, ou de ce fer chaud, n’a aucune vertu ni naturelle, ni surnaturelle pour produire les effets que l’on espère.

1. Jacques de Saintebeuve, Résol. de plusieurs cas de conscience. t. II, p. 49.

2. Thiers, Traité des superstitions, t. I, liv. V, ch. m et. t. II, liv. IV, ch. ix.

LA CAUTERISATION SACREE

Le rite de la clef a aussi été employé bien des fois sans le nom de saint Pierre. Nous pouvons citer :

En Wurtemberg-, à Westhausen en Souabe, on conservait autrefois un fer à marquer , long- d’un empan, sur lequel était gravée la forme d’une croix. Un chevalier du nom de Ruprecht l’aurait rapporté de Terre-Sainte. On le faisait rougir et on marquait les animaux au front *.

La clef de l’église où est enterré Bellin, évêque de Padoue, à quinze milles de Rovigo; on la faisait chauffer1 2 3.

La clef du tabernacle, à l’église de Gandoulès, au diocèse de Montauban : Le patron de cette paroisse est saint Pierre. On « signe » les hommes avec cette clef qu'on a fait légèrement chauffer. Quant aux bestiaux, on les marque au front avec une clef qu’on a fait préalablement rougir. Mgr Barbier de Montault remarque très justement à cet égard :

Pourquoi s’est-on servi de la clef du tabernacle, qui est nécessairement très petite, au lieu de celle de la porte de l'Église ? Je n’en vois qu’une raison, à savoir qu’un curé a bien pu persuader à ses paroissiens qu’il était aussi avantageux et plus commode de se faire traiter chez soi, sans être obligé d’aller au loin demander le secours de saint Pierre ou de saint Hubert. Puis il a dû ajouter mystiquement : Si vous avez confiance dans la vertu des clefs des saints, comment n’en auriez -vous pas à fortiori dans la clef qui clôt le lieu ou réside, dans nos églises, le saint des saints 5 ?

Voici, pour finir, un exemple qui rentre dans la catégorie des fers sacrés. Au début de ce siècle, un voyageur suisse rencontre en Toscane, à Costanco, une femme qui vient y faire soigner ses enfants mordus. « Elle me dit que l’on gardait dans cette ville un clou de la vraie croix, dont l’attouchement sur les blessures de la rage en provenait

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