COMMENT ON SE PRÉSERVE DE LA RAGE
Rappelons d’abord qu’il n’y a pas encore longtemps c’était une croyance générale — Balzac la partage encore en 1810 — que les cbiens qui viennent de lieux inteslés, transmettent les maladies dont ils ne sont pas atteints eux-mêmes. Pour cette raison, c’était l’usage en temps de peste de tuer tous les chiens : ainsi la mesure a été appliquée, par ordre de l’autorité publique, lors de la peste de Marseille, en 1721, et de celle de Dijon, en 1722 *.
Les pratiques que nous allons énumérer sont d'ordres bien divers, et il est difficile de les rapporter à une idée générale, sinon celle-ci : qu’on domine la nature, les objets animés et inanimés, par l’emploi de paroles ou d objets sacrés, doués de vertus particulières.
Voici d’abord, d’après un de nos vieux livres, les recettes
de commères du xve siècle :
Qui veult affranchir son chien de devenir enragié, si lui donne à mengier, tous les jours au matin, un morseau ou deux qui auia esté porté à l’offrendc le dimance derrain (dernier) passé, et, si le reffuse, sachiez pour vray qu’il est mal disposé...
Quant on craint que son chien ne soit mors de chien enragié, faites-le mengier et boire parmi un trépié, et il sera ce joui asseuré de la rage *.