‹ La rage & st-HubertChapitre 155 sur 168 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

lois), et ce remède inspire la plus grande confiance dans la contrée. La famille Pialoux tient ce remède de Marc de Gouzel, seigneur de Lauriac, qui le lui donna au moment d’émigrer, au temps de la Révolution1. Une particularité de ce traitement consiste en ce qu’après avoir pris le breuvage, dont la famille Pialoux a le secret, il ne faut pas dormir de vingt-quatre heures. M. Paul Le Plane, qui me communique ces renseignements, y ajoute ce souvenir personnel :

Mon grand-père habitait alors sa propriété de Bournoncle, et j'avais neuf à dix ans, lorsqu’on nous dit qu’un médecin de la Haute-Loire avait conduit au père Pialoux son fils, qui venait d’être mordu par un chien enragé. Je me souviens, comme si c’était hier, de l’arrivée de ce docteur et de son enfant ; il était de mon âge et tout pâlot comme moi. Comme il ne faut pas dormir après avoir pris le breuvage, des femmes le promenaient dans les rues de Bournoncle en le tenant sous les bras. Lorsque je ferme les yeux, je le vois encore,... clce souvenir meglace, car j’ai toujours eu la peur de la rage et des chiens enragés. Les bonnes femmes de Bournoncle ne contribuaient pas peu à me terrifier avec leurs histoires. Je me souviens surtout qu’elles racontaient qu’on achevait les personnes enragées en les étouffant entre deux matelas...

Une famille de Tullins, en Dauphiné, avait aussi un remède contre la rage , que l’on disait conservé depuis plusieurs centaines d’années. Cette famille s’en faisait

1. Voici en quels termes Legrand d’Aussy dans son Voyage fait en 11 SI et I1SS dans les ci-devant haute et basse Auvergne. Paris, an III, in-8, t. Ut, p. 316, parle de ce remède et de son possesseur : « Près de Brioude, un de ces hommes qu'on désignait sous le nom de nobles, s'est dévoué à guérir les personnes mordues par des chiens ou des loups enragés. Ces accidents sont très communs en Auvergne, soit pendant l’été quand les ruisseaux sont à sec, soit pendant l’hiver quand ils sont gelés. Le citoyen de Lauriac (ainsi s'appelle l’homme bienfaisant dont je parle) a trouvé son spécifique contre la rage; et de toutes les parties de l’Auvergne, on accourt à lui ; il reçoit les malades dans son manoir, les nourrit, les loge, les guérit. C’est, pour la contrée, un dieu bienfaiteur. »

RECETTES ET REMEDES PROFANES

gloire et l'administrait gratuitement aux personnes mordues, et on se rendait à Tullins de plus de vingt lieues à la ronde1. Andry mentionne aussi, plusieurs fois, des remèdes de paysans. Un grand nombre de remèdes des siècles passés contenaient de la rue; la rue est une plante à propriétés âcres et irritantes, au goût aromatique, et que la médecine n’emploie aujourd’hui qu’avec prudence. En Haute-Bretagne, m’apprend M. Orain, les paysans considèrent le plantain d’eau [Alisma plantago L.) comme un remède souverain contre la rage.

On trouve aussi, dans les pays de l’Orient, des gens qui prétendent avoir un remède secret. « Ils ont aussi (il s'agit de nos Arabes d’Algérie) leurs jongleurs et leurs charlatans pour se prétendre guérisseurs. A quelques lieues d’Orléansville, il existe un Arabe, très connu dans le pays comme possédant un secret, qu’il fait payer très cher, à l’aide duquel il prétend, non pas seulement guérir de la rage, mais encore en préserver2 3. »

Comme dernier remède, nous signalerons celui que Balzac préconisait, en 1810, dans son Histoire de la rage. C’était de supprimer « les chiens libres », parce que la plupart des accidents viennent des chiens errants. Des ordonnances de police avaient essayé de mettre fin au vagabondage des chiens à Paris, en 1556, 1725 et 1741 J ; mais la menace des plus fortes amendes avait été inutile, et les chiens continuaient à sortir autrement que tenus en laisse. Balzac croyait qu’en établissant une capitation et une sorte d’état civil de la population canine, on supprimerait tous les accidents dans leur racine, et son livre se termine par un « projet de loi pour la taxe canine, et observations sur le mode d’exécution ». L ne proposition

1. Abbé Rozier, Cours complet d’agriculture. Paris, 1789, in-4, t. VIII, p. 513.

2. Dussourt, Observations sur la rage, flans les Mémoires de médecine militaire, 2° série, t. XVII (1856), p. 161.

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