CHAPITRE SIXIEME
particulières , cldonl certaines personnes ont le sccicl . Un écrivain assure que ces empiriques sont d ordinaire des maréchaux ferrants2: serait-ce parce qu ils joindiaicnt à l’omelette quelque cautérisation de la blessure?
Les remèdes d’ordre naturel, proposés contre la rage, sont innombrables. On peut en voir la liste dans 1 article Rage, de M. Brouardel 3. On peut en voir aussi un grand
1. Cf. Rolland, Faune populaire, t. IV, p. ^6. Sur ces omelettes, cf. Andry, op. cit p. 333. Comme exemple de ces recettes d'omelettes et des pratiques qui en accompagnaient la préparation, nous donnons la suivante d’après A. de Garsault, Le Nouveau parfait maréchal. Paris, 1781, in-4, p. 229.
<c Vous prendrez trois œufs, dont vous ôterez soigneusement les germes ; vous aurez de la racine d’églantier ou rosier de haies, que vous ferez arracher du côté où le soleil donne; faites-la râper le plus menu que faire se pourra, après en avoir ôté la première peau : cassez un de vos œufs par le petit bout, pour en faire sortir le jaune, sans qu il y ait une grande ouverture à l’œuf; vous l'emplirez trois fois d huile de noix de la meilleure, tirée sans feu ; jetez cette huile avec vos œufs ; ajoutez une bonne pincée de poudre d’églantier, c’est-à-dire autant que les cinq doigts, à demi écartés, pourront en prendre; mêlez bien le tout ensemble, après quoi vous la mettrez dans une poêle que vous aurez eu le soin de faire rougir sur le feu : vous ferez bien cuire cette omelette, en sorte qu’elle soit sèche ; après qu’elle sera faite, vous la ferez manger au malade ; s’il est blessé et qu’il y ait une galle dessus la morsure, vous frotterez la plaie avec un linge et du vin chaud, jusqu'à ce que le sang y vienne ; quand la plaie sera saignante, vous y mettrez un morceau d’omelette qui doit être brûlante pour bien faire son effet. Le malade mangera le reste ; il faut qu’il soit à jeun, pour prendre ledit remède, et si, par hasard, après l’avoir avalé, l’envie de dormir lui prenait, il laudrait qu'il y cédât sur-le-champ partout où il se trouverait; neuf jours après qu’on aura pris le remède, il faudra avaler de la thériaque délayée dans du vin.
« Nota . — Qu'il ne faut point mettre de sel dans ladite omelette, ne point boire en la mangeant, et ne manger de deux heures après l'avoir prise. »
2. De Chesnel, Dictionnaire des superstitions (Coll. Migne), col. 977.
3. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 3e sér., t. II. (1874), p. 240.
RECETTES ET REMÈDES PROFANES
nombre dans les observations d’Andry l. Un des remèdes qui, au siècle dernier (en 1750), fut un moment en vogue on France, était une « poudre de Tunkin », dont le secret avait été apporté de l’Indo - Chine 2 3. Quelques-uns des remèdes qui, par tradition, s’emploient encore dans nos campagnes, par exemple les écailles d huître calcinées !, sont simplement des survivances de l’ancienne médecine 4 5. De même pour les hannetons séchés et pilés, pour les décoctions d’écrevisses, etc. — Plusieurs de ces remèdes anciens doivent encore leur autorité aux petits livres que le colportage répand encore dans les campagnes
Certaines familles , en dehors même du prétendu « parentage » de saint Hubert, avaient des recettes conservées par tradition. Ainsi, près de Brioude (Haute-Loire), au village de Bournoncle-Saint- Julien (commune de Beaumont), la famille Pialoux administre un remède aux personnes mordues par des chiens enragés (ou supposés
1. On en trouvera, aussi une liste dans A. de Garsault, Le Nouveau parfait maréchal. Paris, Bailly, 1781, in-4, p. 481.
2. Andrv, p. 361, et Lenel d’Ivoiry, Manueldes Enrayés (Lyon, 1782),
3. Voir, par exemple, La Médecine et la Chirurgie des pauvres, 12e édition, Avignon 1868, qui donne de longs détails sur les diverses préparations faites avec ce remède.
4. Sur l’emploi d’écailles d’huîtres pilées ou calcinées, voir Andry, op. dt, p. 62 et 330 ; et cf. L’Armerye, Dictionnaire françois-breton,
5. Par exemple : Le secret des secrets de nature, hpinal, Pellerin, p. 4: « Pour guérir les chiens enragés. Il faut enfermer les chiens enragés et ne leur rien donner à manger l’espace d un jour, puis il faut mêler en leur breuvage un peu d'ellébore ; et lorsqu ils seront purgés, il les faut nourrir avec du pain d’orge ; on guérira ainsi ceux qui seront mordus par des chiens enragés. » — La nouvelle science des gens de campagne, Épinal, Pellerin, p. 48 : « Remède lort facile contre la rage . Prenez un hareng salé et nouveau, tout cru, pdez-le dans un mortier jusqu’à ce qu’il soit comme de la pâte, que vous appliquerez en forme de cataplasme sur la morsure, continuant cette application pendant trois jours. »