Mémoires de Saint-Simon, éd. Chéruel, t. VII, p
EMPLOI THÉRAPEUTIQUE DES RELIQUES
temples les plus vastes, et que l’entrée en est parfois interdite au public, cette eau est recueillie et conduite au dehors, pour être ainsi utilisée, dans une gouttière qui traverse les parois de l'édifice.
Chez la plupart de3 sectes, le premier gourou (le fondateur de la secte), est regardé comme une incarnation de la divinité et, très souvent, ce privilège a passé par héritage à ses descendants directs, les gourous actuels. L’eau dont ces hommes dieux se sont servis pour se laver les pieds ou pour se rincer la bouche, jusqu’à la salive qu’ils rejettent en mâchant le bétel, sont de même recueillies et absorbées par les dévots.
Chez les Hovas de Madagascar il se passe quelque chose de ce genre, le jour de la « fête du bain » (fandroàna), qui a lieu le 22 novembre, une des plus grandes fêtes du pays, car toutes les affaires chôment pour quelque temps après ce jour. « Le jour de la fête, la reine prend un bain, le seul de l’année, dit-on ; et, lorsqu’elle a regagné ses appartements, on asperge les personnes admises dans la salle de bain avec l’eau ayant servi aux ablutions royales. Heureux sera celui qui aura été le plus trempé 1 ! »
Il ne serait pas difficile de trouver des procédés de ce genre chez les sauvages. Pour se procurer de la chance à la chasse à la baleine, les habitants de l ile Kadjak, près de l’Alaska, emploient le rite suivant. « Ils gardent les corps de leurs hommes célèbres — on pourrait dire : de leurs saints — dans des cavernes éloignées, où ils se réunissent avant la chasse. Le corps est placé dans un ruisseau voisin, et ils en boivent l’eau dans la pensée de s’assimiler de la sorte les qualités du mort 2. » C’est ici simplement un
1. Lettre de Madagascar, du journal Le Temps, n° du 17 décembre 188G. — D'après le récit d'un missionnaire, ie R. P. Jouen, c'est la reine qui, après avoir pris son bain dans une tente dressée au fond de la grande salle du palais, asperge elle-même l'assistance. « Au sortir du bain elle s’écrie par trois fois : Masina aho ! « Je suis purifiée I » Puis, avec une corne de bœuf préparée à cet effet, elle puise de l'eau dans le bain et en asperge l'assistance. » Ann. de la Propag. de la Foi, t. XLI, 1869, p. 61.
2. Holmberg, Vœlker des russischen Amerika, Helsingfors, 1855, t. I, p. III. — Cité dans Mélusine, t. III, col. 245.
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exemple sauvage de la pratique de l’infusion des reliques.
L’identité psychologique du genre humain répète souvent, comme on voit, les mêmes croyances et, par suite, les mêmes pratiques. Arlequin était plus philosophe qu’il ne pensait, quand il disait dans une comédie italienne : Tatto'l mondo e fatto corne la nostra casa, « le monde entier est fait comme notre maison ! »
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Page 8. — Une variante de la croyance rapportée par Barton se trouve dans Lane, An Arabic-Englisli Lexicon, Vil, fasc. 2, p. 2626, col. 3 : * Un chien qui a mangé de la chair humaine est, par suite, saisi de ce qui ressemble à de la folie ou à de la possession démoniaque, de sorte que, s’il mord un homme, celui-ci est saisi du même mal, déchire ses vêtements, en blesse d’autres, et à la fin meurt de soif en refusant de boire. ® Les mots arabes que Lane donne pour « rage j et « enragé, > dérivent du nom du chien. De même, chez nos Arabes d’Algérie, le mot pour enragé, mkloub , signifie littéralement quelque chose comme « enchienné. * (Dussourt, cité plus haut, p. 199, n° 2.)
Pages 61 el 103. — Un autre exemple de démoniaque qui aboie, se trouve dans la vie de saint Paul le Simple, anachorète de la Thébaïde. On avait amené à son maître, saint Antoine, un jeune homme possédé du plus mauvais démon, et qui aboyait comme un chien. Saint Antoine, ne réussissant pas à le guérir, l’amène à saint Paul, comme plus puissant thaumaturge. Saint Paul l’exorcise avec de grandes peines et fait sortir le démon de son corps, sous la forme d’un dragon long de soixante-dix aunes, qui va se jeter dans la mer Rouge. Cité dans Weingarten, Der Ursprung clés Mœnchtums , p. 40.
Page 87. — Voici un nouvel exemple d’insuccès mis sur le compte, non du saint, mais des malades. En 1682, à Fresnessur-Apance (aujourd’hui département de la Haute- Marne),
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Nicolas Mongin, maréchal- taillandier, et Claude Méquien, bouclier, sont mordus par un loup enragé. Ils allèrent se faire taillera Saint-IIuberl-d’Ardennes , et n’en moururent pas moins après leur retour. On attribua cela à ce « qu’ils avoient manqué, en retournant, à l'observation de leur règlement, ce qui causa leur mort. » Ils en tirèrent pourtant un certain prolit : « Et parce qu’ils avoient été taillez, ils moururent assez paisiblement, sans pouvoir nuire à aucune personne. » (Archives municipales de Fresnes-sur-Apance ; registres de la paroisse.) Cet accident ne diminua pas la foi à saint Hubert dans le pays ; car, ajoute M. Jules Viard (de qui je tiens ce texte) : » Il y a quinze ans encore, on voyait à Fresnes des médailles fabriquées par des ferblantiers du pays, représentant, au droit, un cerf surmonté d’une croix, et saint Hubert à genoux devant lui. »
Pages 99-103. — C’est, du reste, un usage traditionnel d’abréger les souffrances de ceux que l’on voit lutter contre une mort inévitable. Ainsi on croit qu’un moribond, couché sur de la plume de pigeon, râle indéfiniment sans pouvoir mourir ; et par suite de cette croyance, sans avoir égard aux souffrances de ses derniers moments, on ôte les oreillers de dessous sa tête ; quelquefois même on le retire du lit pour le mettre par terre. La croyance est si forte en Angleterre que, pour cette raison, il est dangereux de laisser un mourant seul avec des domestiques. (Holland, Faune populaire , t. VJ, p. 137, et Nation de New-York, 23 décembre lo86, p. 524.) — A Malmédy, on vient dans le même but à une chapelle de Notre- Dame-des-Malades : neuf jeunes filles viennent offrir chacune un cierge avec leur prière, ce qui constitue une neuvaino instantanée, dans le but d’abréger l’agonie du malade.
Page 102. — Balzac, l’auteur du livre sur la rage, publié à Tours en 1810, était le père du romancier qui a rendu ce nom célèbre.
Page 103. — Il y a quelques mois, dit un journal de médecine américain, un enfant, atteint d’hydrophobie, dans l’État d’Illinois, a été étouffé sous un oreiller ; et à cette occasion on citait un autre exemple d’ « assassinat thérapeutique, * accompli un peu auparavant dans le même Etat, et pour la
ADDITIONS ET CORRECTIONS
même cause. (Neio-York Medical Journal , article cité dans la Nation de New-York, du 25 novembre 1880, p. 433.)
Page 105, ligne 6, au lieu de : seulement — lire : surtout
Pages 110-111. — Sur cette croyance qui se trouve chez les Gallas, on peut voir aussi un passage des Annales de la Propagation de la Foi, t. XXX (1858), p. 51.
Page 112. — Sur le windigo et un cas de cannibalisme chez une femme furieuse, on peut voir aussi quelques mots du R. -P. Laverlochère , des missions de la Baie-d’Iludson, dans les Annales de la Propagation de la Foi, t. XXI II (1851), p. 209.
Page 185. — La marque des chiens avec la clef de saint Hubert a encore été appliquée à la fin du siècle dernier par ordre d’une autorité municipale. « Je viens de lire dans les feuilles publiques que les autorités de Mannheim ont ordonné de brûler les chiens au front avec la clef de Saint-IIubert, pour les empêcher d’enrager. » G. Ch. Voigt, Gemeinnützige Abhandlungen, Leipzig, 1792, p. 14. — Note communiquée par M. Reinhold Kœhler.
Page 147, ligne 15, au lieu de : première — lire : prémice
Page 152, ligne 7, lire : Lauenbourg
Page 153, ligne 26, lire : Dienne. — M. Paul Le Blanc m’apprend aussi que dans un inventaire du château de Dienne (Haute-Auvergne), dressé en 1580, parmi les chambres du château, désignées toutes par des noms divers (chambre des Neuf-Preux, chambre de Saint-Jean, etc.), se trouve une * chambre de Saint-Ubert « (sic).
Page 178, ligne 1, lire : Paolret ann alchouez
Page 182, ligne 8, lire : invoque
Pages 196-197. — On peut voir aussi une longue liste de remèdes contre la rage dans A. de Garsault, Le nouveau parfait maréchal-, Paris, 1781, p. 481. Cette liste commence ainsi : Le bain de mer — le bain d’eau salée — la saumure avalée
Page 204, n. 1. — Voici un autre exemple de la même
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croyance, provenant de la Corée. Deux jeunes filles chrétiennes sont torturées pour leur foi. « Au milieu de leur supplice, elles étaient comme inondées d’une joie toute céleste, elles ne jetaient ni cris ni soupirs... Le juge, attribuant à la vertu d’un charme une aussi admirable constance, leur fit écrire sur 1 épine dorsale des caractères antimagiques ; puis on les transperça, par son ordre, de treize coups d’alènes rougies au feu. Elles demeurèrent comme impassibles.... * (Annales de la Propagation de la Foi, t. XVI, 1844, p. 155.) Les mandarins et les indigènes non chrétiens attribuaient souvent cette apparence d’insensibilité à l’eucharistie, prenant ainsi pour un effet physique ce qui était un effet moral et spirituel. * Là [dans les prétoires du Tonkin] était proclamée la divine vertu de l’Eucharistie, et c’étaient les mandaîins qui en faisaient 1 aveu, en se disant pour expliquer leur défaite : Celui-ci a sans doute mangé de ce pain enchanté qui ensorcelle les âmes. » (Ann. Prop. de la Foi , t. XXVII, 1855, p. 267.) De même en Chine : « Aussi, bien des payens blâmaient-ils la constance de ces chrétiens et la traitaient-ils d obstination insensée. D autres croyaient en trouver le sec î et dans certaines pilules que les chefs de religion distribuent aux fidèles dans les assemblées religieuses. » ( Ibid t. XXX, 1858, p. 465.)
L auteur fait appel a la bienveillance du lecteur pour corriger de grossières fautes d’impressions comme cusinier pour cuisinier (p. 16, 1. 18), auquel pour à laquelle (p. 97, 1. 27), etc. — Le nom du théologien cité p. 82, doit être écrit : Jacques de Saintebeuve.